‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 187 sur 233 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

ALFRED, DUPRE , ponant une casserole d'argent sur une assiette ^ et croyant parler à Emma.

DU PRÉ

Pardon de vous avoir fait attendre : voilà. {Il voit Alfred et reste stupéfait.) Encore... Oh! pour le coup !

ALFRED

Eh bien! qu'est-ce que tu m';^pporles donc là?

DtiPRÉ^ troublé.

Moi, Monsieur, je ne sais pas... c'est-à-dire... c'est le bouillon que vous m'avez demandé.

ALFRED

Je t'ai demandé un bouillon ?

DUPKE.

DamI j'ai cru entendre... en montant...

ALFRED

Du tout... A.h ! je vois , c'est encore une attention de ta part... t^l'est très-bien... mais j'aurais mieux aimé un verre de punch... C'est égal , je n'ai rien à te refuser aujourd'hui... ( // prend un bouillon et boit^ tandis que Dupré le regarde d'un air effaré , en tenant l'assiette. ) Ça me donnera la force de te raconter ma catastrophe.

DUPRÉ

Comment , Mojisieur , vous n'avez donc pas été chez la comtesse?

Si fait... malheureusement je n'ai pas pu y rester" 5 on fait une si triste mine dans un salon, quand on n'a plu& d'argent...

DUPRÉ , tremblant.

Quoi ! celui que vous aviez pris là...

ALFRED

Un maudit as de trèfle^ qui' m'a tout emporté.

DUPEÉ^ laissant tomber V assiette.

Juste ciel !,..

ALFRED

Pauvre garçon !.. j'étaissûr que ca te ferait cet efï'et-là..« {Riant. ) C'est moi qui serai obligé de le consoler !.. DUPRÉ^ à part.

Impossible.

ALFRED

Allons, Dupré ^ de la philosophie ; regarde comme je supporte cela j moi... Que veux-'u ? il était écrit que je passerais la nuit chez moi... c'est beaucoup mieux ^ le calme et le sommeil me feront tout oublier, jusqu'au souvenir de ma femme et du cousin. Bon soir , mon ami , je vais me coucher.

DUPRÉ , voulant V arrêter.

Monsieur, Monsieur, il est de bien bonne heure. ( On entend sonner de la chambre à coté ; il tressaille. ) Oh î il ne manquait plus que cela !

ALFRED

Qu'est-ce donc?

Kien , Monsieur.

ALFRED

On a sonné dans ma chambre...

DUPRÉ. -

{ ela ne se peut pas , Monsieur.

ALFRED le prenant par le éras.

Oh ! pour le coup , ce n'est pas un rêve... écoute, il y a quelqu'un d;ins ma chambre. ( // va pour entrer. ) DUPRÉ j le retenant.

Monsieur, Monsieur^ je vous supplie , n'entrez pas; je vais tout vous dire,

ALFRED

Ily a donc quelqu'un?

DU PRÉ, d'un air agréable.

Oiû, Monsieur, ne vous fâchez pas... Comme d'ordinaire voire apj)artement est vacant la nuit, j'ai cru pouvoir...

ALFRED

Comment drôle! une chambre qi e je paie aussi cher! Et quel est Tinsolent?..

DUPRÉ

ÎMonsienr... IMonsienr, je vous en conjure, c'est une femme... soyons polis, ça ne coûte rien... et puis nous sommes chevaliers français, c'est iine femme.

ALFRED

Une femme c!)ez moi!., est-elle jeune.... jolie?

Du tout, monsieur... du tout.,, je ne vous conseille pas de chercher à la voir, dans votre intérêt.

ALFRED

N'importe, une femme niériie toujours des égards... je vais lui dire que je lui abandonne volontiers cet appar» tement.

DUPuÉ , à genoux.

Ah ! monsieur... je tombe à vos pieds !

ALFRED

Qu'est-ce que cela signifie ?

DUPRÉ

Accablez-moi... je le mérite, la vérité est que je vous

ai menti.

ALFRED, le faisant lei^er.

Ah! monsieur Dupré! je me lasse à la fin de tous vos sors discours^ parlez vUe^ quelle cette personne?

DUPRÉ

Une jeune dame dont j'ignore le nom... mais qui a les meilleurs répondans... une berline... des domestiques... un cachemire... figure célesie, et qui, à ce qu'il paraît , est à la poursuite d'un M. Fidouard de Sainval,

ALFRED

Edouard de Sainvalî... (à part) le cousin !

DUPÏIÉ.

Eli ! m^rîs , vous voilà toi il éiïui !

ALFftËD.

CVsi qu'clFectivement... celle i encontre. ., si tti suais, mon ami ^ com])ien je snis enchanté {h part ), j'éJouiFe de fureur... oh ! si je pouvais... ( haut ) El elle a demandé Edouard de Sainval...

X>UPRÉ.

Oni , monsieiir. Vons sentez d'après cela qu'elle n'est visible que pour lui, et il y aurait de l'indiscréiion...

ALFRED

Ah! juge de mon bonheur, mon ami^ cet Edou^ird de Sainval que l'on atlend, que l'on désire, c'est oioi-mêmeo

DUPiiÉ, étonne.

Vons, monsieur... ah! ça, vous avez donc des noms de rechange pour les occasions...

ALFRED

Du tout, Edouard est mon véritable nom : j'avais pris l'autre pour dérouter les soupçons... parce que la famille m'en veut beaucoup... tu conçois... un amour contrarié... un hymen secret. Celte pauvre petite femme, elle va être d'anc joie... {le prenant par la main). Ah! çà, mon cher ami ^ tu vas me faire 1« plaisir de t'en aller.

DUPRÉ

Quoi, monsieur, vous laisser...

ALFllED.

Avec ma femme.., le grand mal...

DUPUÉ.

Oui , mais je ne suis pas sûr...

ALFRED, le mettant à la porte.

Ah ! écoule donc... je suis le maître chez moi... \,e. mois est payé d avance... je ne serais pas fâché de me trouver nn peu dans mon ménage.

DUPiii:, entraîné.

Mais, monsieur... ( à part) Je trt.mble d'avoir fui une nouvelle sottise... Allons vite consai:er...

âlfued, lui fermant la porte au nez.

Allons donc , quand on t'en prie poliment.

( // pousse le [^errou.)

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