‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 195 sur 233 · EDITH, CHRISTINE · texte numérisé non relu

EDITH, CHRISTINE

EDITH 5 sortant de la maison à droite. Christine... ali ! ma bonne, je te cberchais... tu me vois dans un trouble, dans une joie I

CHRISTINE

Qu'est-il arrivé , obère enfant?

EDITH

J'ai tant de choses à te raconter !... je ne sais par où commencer.

CHRISTINE , avec empressement.

Il y a donc du nouveau? enfin, après six mois de silence... ce n'est pas malheureux!... voilà de quoi passer agréablement notre matinée.... Voyons, mon enfant , mettons-y de l'ordre , et ne nous pressons pas.

EDITH , avec impatience.

Mais écoute-moi donc... c'est moi qui ai quelque chose à t'apprendre, et lu parles toujours! [en souriant. ) Pour te punir , j'ai bien envie de ne pas te montrer toutes mes richesses.

CHRISTINE

Vos richesses ?

EDITH

Oui, ce que l'on vient de m'apporter... une grande caisse remplie de robes , de chapeaux, de parures d'une élégance...

CHRISTINE, avec défiance.

Et c'est encore sir Belton?...

EDITH

Peux-tu le demander?... il est si bon, si aimable!... J'ai parlé, il y a quelques jours, de toiletle, d'ajustémens nouveaux : un de ses doniesliques a été aussitôt

expédié de Londres, exprès pour moi... En vérité, avec lui, je n'ai pas même le temps de désirer. CHRISTINE , à paré.

Il ne néglige aucun moyen.

EDITH, 5e rapprochant d'elle.

Ce n'est pas tout... il y avait au fond de la caisse un petit coffret rouge, dans lequel j'ai trouvé un collier, des bagues , des diamans.

CHRISTINE

Des diamans!

EDITH

Oui , ma bonne , des diamans... je n'en ai jamais vus , mais je les ai reconnus tout de suite ; c'est d'un brillant , d'un éclat...

CHRISTINE , à part.

Des diamans î pauvre petite , elle est perdue î

EDITH

Eh bien ! tu n'es pas enchantée comme moi de la générosité de sir Belton ?

CHRISTINE

Si fait... mais cela ne m'étonne pas... je me doute, qu'il a des projets...

Oh! des projets charmans! tu ne sais pas... il me les a déjà confiés.

CHRISTINE

Comment?... il vous a confié...

EDITH

Oui; comme il paraît que nous devons habiter encore long-temps cette campagne isolée , et qu'il a des raisons, à ce qu'il dit, pour n'y recevoir personne, il craint que l'ennui ne nous gagne : il sait que j'ai du goût pour la peinture, que je suis Folle de la musique... eh bien ! ce pavillon va être transformé «n atelier ; il y a déjà fait porter des couleurs, des pinceaux, les tableaux des meilleurs maîtres, que nous copierons ensemble... une harpe, un piano, des livres!... juge, ma

bonne, quel plaisir de travailler près de lui, de le voir sans cesse I

CHRISTINE, inquiète.

Vous Taimez donc beaucoup ?

EDITH , souriant.

Sans doute; ne m'as-tu pas répété souvent que je devais le chérir comme le seul protecteur que j'eusse au monde?

CHRISTINE , à part.

Autre maladresse que j'ai faite là. {haut.) Je conviens que sir Belton est encore jeune, qu'il est même fort bien...

EDITH

Mais non... je ne trouve pas cela... il a au moins trente-six ans... sa figure est souvent triste et sévère... CHRISTINE , à part.

Au moins , l'amour ne l'aveugle pas.

EDITH

Mais quand ses yeux se fixent sur moi... tiens . Christine, je voudrais pouvoir te peindre son regard... je ne sais... j'éprouve alors...

CHRISTINE , vivement.

Du trouble , de l'agitalion?

EDITH

Non... mais un sentiment de respect , de tendresse...

CHRISTINE

J'espère au moins que vous ne le lui dites pas?

EDITH

Si vraiment... je lui dis tout, moi... oh!... tout (s'ar^ rêtant, ) c'est-à-dire, il y a cependant une chose que je n'aurai peut-être pas le courage de lui avouer.

CHRISTINE

Quoi donc ?

EDITH , embarrassée.

Oh! c'est une aventure bien singulière qui vient de m'arriver , il n'y a qu'un instant; et c'est drôle, à toi , cela ne me fait rien de te le confier 5 tiens, voilà

ce que c'est: [avec un peu cP émotion. ) j'avais ouvert la jalousie du petit salon poui' mieux admirer les cadeaux de sir Belton , lorsque tout à coup j'ai aperçu dans le chemin qui borde le parc un jeune homme....

CMRISTINE.

Un jeune homme!

11 avait les yeux tournés de mon côté ; dès qu'il m'aperçut, il s'avança pour me saluer; moi je voulus m'éloigner, refermer la jalousie... mais je ne sais, je m'y pris si gauchement que dans mon trouble mon mouchoir s'échappa de ma main et tomba à ses pieds.

CHRISTINE

A ses pieds !

EDITH

On n'a pas idée d'unsmalheur comme celui-là! Je vis qu'il le ramassait et qu'il voulait me parler 5 j'ai bien vite poussé la fenêtre et je me suis sauvée.

CHRISTINE

Il faut être bien impertinent ! saluer les gens que Fon ne connaît pas !

EDITH , avec embarras.

Oh! pour cela, il n'a pas tort : je crois que nous nous sommes déjà vus.

CHRISTINE

Comment ?

EDITH

Oui... deux ou trois fois , lorsque nous habitions, sur les frontières d'Ecosse , cette ferme où sir Belton est venu nous chercher.

CHRISTINE

Mais vous n'êtes pas sûre que ce soit le même; et puisque vous n'avez jeté sur lui qu'un coup d'oeil...

. Ohî c'est égal , je l'ai reconnu tout de suite.

cimiSTim y d part.

^ Surcroît de danger I... Allons, me voici entre deux sêducieuYS, ( haut et affectant de la tranquiLLllé,) Eh bien! ma chcre enfant, eh bien! c'est un mouchoir perdu, et voiîà tout!... car pour ce jeune homme, j'espère bien qu'il ne sera pas assez audacieux,...

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