‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 199 sur 233 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Lord DERBY, BIDULPH, CHRISTINE, GEORGES^ caché.

DERBY, à Bidulph, Approchez, Monsieur.

BIDULPH , saluant.

C^est sir Belton que j'ai Phonneur de saluer?

DERBY

Lui-même... Vous êtes , dit-on, envoyé par le scKérifFde ce comté?

BIDULPH, un papier à la main.

Oui , Monsieur , Ralpli-Mac-Iplison Bidulpli , officier ordinaire de sa seigneurie , comme il est dit dans la sommation , et je viens , si vous daignez le permettre y pour visiter votre maison.

DERBY , surpris.

Comment , Monsieur?

CHRISTINE , à pari,.

Qu'est-ce que cela signifie?

DERBY

Visiter n^a maison î

BIDULPH

Dans toutes ses parties... appartemens, caves, grenier,*^ et dépendances... je me flatte que vous n'apporterez aucune résistance...

Pourquoi donc une pareille visite, Monsieur? je trouve bien singulier...

BIDULPH

Cela ne doit nullement vous affliger , c'est une mesure générale à laquelle tout le comté est soumis ; et quand on vous suspecte par mesure générale , cela n'a rien d'offensant.

DERBY , souriant.

Je serai toujours le premier à obéir aux lois ; mais , vivant tout-à-fait isolé , ne m'étant lié avec personne dans ce pays, je ne conçois pas...

BIDULPH , secouant la tête, Ehî ebî précisément, il n'y a rien de si dangereux que ces gens qui vivent seuls et qui ne disent rien... on ne sait jamais ce qu'ils pensent... Enfin, Monsieur, on vous soupçonne...

2Ô DERBY

Et de qaoi donc ?

BIDUIiPH.

D'avoir donné asile à un jeune liomme que la justice poursuit.

DERBY

Un jeune homme ! et quel est son crime?

BIDULPH

Epouvantable !.. inouiî.. il a eu Faudace de se battre avec le cousin du lord cbancelier , et bien plus, l'insolence de le blesser dangereusement !.. Le cousin du lord cbancelier !.. Il y a des gens qui ne respectent rien ! vous pensez bien qu'à la première nouvelle , des ordres ont été donnes , et que les recherches les plus scrupuleuses... Je vous avoue qu'on a tout de suite pensé à vous: votre manière de vivre, cette maison qui est toujours exactement fermée, défendue de tous cotés par des verroux, des barres de fer... elle serait plus propre qu'une autre à receler des criminels d'état, DERBY , offensé.

Quoi, Monsieur 5 vous pourriez supposer...

BIDULPH

Ecoutez donc , on ne vous connaît pas... comme il est dit dans la sommation... personne n'a pu me décliner votre véritable nom.

DERBY , sérieusement.

Vous avez raison , je ne dois pas le cacher plus longtemps, puisque l'incognito m'expose à des méprises aussi étranges.

CHRISTINE , à part.

Enfin , je vais savoir, (elle prête Voreille. )

DERBY, s' approchant de Bidulph„ Apprenez donc. ( il lui parle à Voreille,)

BIDULPH , frappé.

Ah ! mon Dieu ! est-il possible î...

DERBY j lui montrant un papier.

Voyez plutôt.

BIDULPH , s' inclinant avec respect.

Ah! qu'est-ce que j'ai fait \k1 [bas à Christine,) Comment, vous ne me prévenez pas?

CHRISTINE 5 à part avec dépit.

El de quoi donc?., me voilà i)ien avancée!

BIDULPH , saluant toujours.

L'ami intime du lord cliancelier... un des premiers... (Derhy d'un signe lui ferme la Z>owc^e. ) Mille pardons , Milord , si j'avais prévu, si j'avais pu me douter... ,Te ne sais pas ce que j'ai, depuis quelque temps je ne fais que des sottises... comme il est dit dans la som.... DERBY, V interrompant.

Maintenant, Monsieur... cherchez partout, visitez ma maison.

BIDULPH

Je m'en garderai bien, Milord... avec un homme comme vous...

DERBY

Mais puisque la mesure est générale...

BIDULPH

Générale... générale... pour une certaine classe, comme de raison j mais la justice doit savoir à qui elle parle... Vous m'assurez que vous n'avez point donné retraite au coupable ?

DERBY

Je vous l6 jure! i

BIDULPH

Votre parole me suffit ; je vais continuer mes recherches avec la même impartialité. Tout ce que je vous demande, Milord, s'il vous parvenait quelques renseignemens sur notre homme, c'est de me faire prévenir surle-champ , à la taverne de l'Aigle-d'Or, en face la poste , àl'entréedu village... ce n'est qu'à deux pas de chez vous.

DERBY

Fort bien !

BIDULPH

Monsieur le schériflF doit s'y rendre d'ici à une heure,

pour interroger quelques témoins que je lui ai préparés; si pendant que nous y sommes, Milord, vous aviez quelqu'un à faire arrêter, ne vous gênez ;pas.

DERBY, souriant.

Je vous suis obligé.

BIDULPH

C'est à cause de l'occasion que je vous dis cela, [saluant, ) Vous n'oublierez pas , Milord , à la taverne de l'Aigle-d'Or, au fond de la cour, la porte à gaucbe : votre très humble serviteur.

( Derhy raccompagne un moment et revient sur ses pas. )

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