DERBY, EDITH
DERBY
Enfin , chère Edith , tout est prêt pour notre départ.
EDITH , à part.
Comment lui dire?
DERBY
Venez, suivez-moi.
EDITH , avec effroi et s' éloignant , Monsieur!..
DERBY, étonné.
Eli ! mais , quel est ce trouble ? Cet effroi qui se peint dans vos regards...
EDITH , troublée et le regardant timidement. Pardon, Monsieur... je ne puis m'expliquer... mais je ne partirai pas.
DERBY , très étonné.
Vous ne partirez pas, Edith ? pour quel motif, et que voulez-vous dire?
Qu'il est temps de faire cesser mes incertitudes; oui, c'est à vous que je le demande; à vous , dont j'ai souvent admiré la noblesse , la générosité ; ayez pitié de mes tourraens; je ne vous accuse pas... non, si je croyais tout ce que l'on m'a dit, je serais déjà loin de vous, et vous ne me reverriez jamais, mais c'est de vous-même que je veux apprendre la vérité : parlez, je m'en rapporte à votre franchise.
DERBY
Vous ai-je jamais donné lieu d'en douter?
EDITH, baissant les yeux.
Lord Derby me le demande?
DERBY, 5Wr/7m'.
Lord Derby !... Je le vois , mon neveu m^a tralii; et peut-être même , Edith , les soupçons qu'il a fait naître dans votre ame vous éloignent déjà de moi.
EDITH , vivement.
Ah! je voudrais ne jamais vous quitter; mon bonheur serait de vous prouver ma reconnaissance, de vous enlourer de mes soins; mais le puis-je, lorsque vos projets, votre rang, votre pouvoir sur mon avenir, tout est mystère pour moi. De grâce, dissipez mes doutes , détruisez des soupçons qui me désespèrent, et je vous suis à l'instant même.
DERBY, avec calme.
Edilh, j'aurais été lieureux^que, sans cherclier à pénétrer les motifs de ma conduite, votre confiance en moi eût été assez grande pour me laisser maître absolu de votre sort : c'était la seule récompense que j'attendisse. Que craignez-vous, Edith? regardez - moi : aije l'air de vouloir vous tromper ?
EDITH , timidement.
Non , sans doute 5 mais enfin les torts qu'on vous suppose...
DERBY
Mes torts? je vais vous les rappeler, Editli. Dès votre enfance j'ai veillé sur vous ; plus tard je n'ai voulu m'en rapporter qu'à moi seul de la tâche si douce de former votre raison, d'éclairer votre esprit; pour vous, j'ai créé cette solitude, j'ai embelli cet asile; pour vous, j'ai négligé le monde, j'ai renoncé à l'ambition; mes seuls instans de bonheur étaient ceux que je passais auprès d'Edith... et rappelez-vous alors quels étaient mes discours, quelles étaient mes leçons! je vous enseignais l'amour des devoirs et de la sagesse : est-ce là le langage d'un séducteur? et votre mère, dont je vous parlais sans cesse, dont je vous rappelais les vertus, estce en invoquant ce nom sacré que j'aurais pu tramer des projets criminels?
EDITH , attendrie , et le regardant.
Non, non... jamais! ces accens... ce regard... je ne veux croire que vous, je suis prête à vous suivre.
DERBY
Et vous m'obéirez en tout?
EDITH
Je le jure.
DERBY
Bien! c'est mon neveu seul que je punirai, car son amour pour vous n'aurait point dû lui faire oublier le respect qu'il me doit.
EDITH, avec trouble.
Son amour!...
DERBY , lui prenant la main.
Il ne m'a fallu qu'un instant pour lire dans son coeur 5 dans le votre; il vous aime , et, sans doute , vous ne le voyez pas avec indiiFérence... [un mouvement d'Edith.) J'en suis fâché , Edith; car Georges n'est pas digne de vous: il a mérité ma colère... il m'a trompé.
EDITH
Lui 5 Monsieur?
DERBY
Du moins je le soupçonne; mais je saurai bientôt à quoi m'en tenir, et s'il a abusé de ma confiance, s'il s'est joué de ma tendresse... Edith , il ne faut plus penser à lui , je l'exige : vous me le promettez?
EDITH j en baissant les jeux.
Quoi qu'il m'en coûte, Monsieur... j'obéirai.
DERBY 5 avec joie.
Ah! j'ai retrouvé son cœur, et je reprends mes droits.., tiens, lis. (Il lui donne une lettre^
EDITH
Comment! {elle lit ^ jette un cri de joie^ et 'veut se précipiter aux genoux de Derby ^ celui-ci la relève et la serre dans ses bras.)