M""' FIRMIN, TERRIER
Terrier sort de F auberge; il aperçoit madame Firmin^ et se retourne , comme s'il parlait à quelqu'un.
TERRIER, a la cantonnade, '
C'est bon... vous direz à M. le préfet que j'irai le re-^ mercier.
Mad. FIRMIN , a part.
C'est sûr, il est noramë.
TERRIER, avec empressement.
Ehl c'est vous, ma chère madame Firmiii.
Mad, FIRMIN 5 faisant une référence.
Pardon , je suis honteuse de vous déranger, mossieu, Terrier -, mais vous avez bien voulu m' témoigner queuque intérêt.
TERRIER
Ah! pas autant que vous m'en inspirez.
Mad. FIRMIN.
Vous devinez c' qui m'amène... c' pauvre Fauvel me désole.
TERRIER
Ne parlons pas de ça ; il paraît qu'il a eu des torts.
Mad. FIRMIN.
Air : Vaud. de la Somnambule,
Il sollicitait une place
Avec Fespoir de l'obtenir.
Il vient d'apprendre sa disgrâce , ^
Et r chagrin pourrait bien le saisir.
TERmi.B. , d'un air galant.
L'ambition sans doute est naturelle , Mais cette perte est un petit malheur , Car la meilleure place est celle Qu'il occupe dans votre cœur.
Mad. FIRMIN, minaudant, (J part.) Vlà qu' ça commence. (Haut.) Ah l ah! Mossieu Terrier, vous avez ben d' la bonté... Mais c'est justement sur ça que je viens vous consulter : Fauvel me presse toujours pour le mai iage.
TERRIER
Comment!... est-ce qu'il n'est pas décidé, le ma^ rlage ?
( 29 ) Mad. FIRMIN.
Ah! c'est àdire... y a un projet, c'est vrai... maïs, voyez- vous, une veuve... est si à plaindre... et puis voulez vous que je vous dise ? j ai des inquiétudes sur le caractère de Fauvel.
TERRIER
Ah ! vous commencez à vous en apercevoir.
Mad. FIRMIN.
Oui, aujourd'hui surtout. Je n' sais pas c' qu'il a, je n' le trouve plus T même. Enfin, mossieu Terrier, j' viens à vous avec confiance; j'suis une pauvre femme toute ronde, toute unie... Vous connaissez Fauvel d'enfance..» es défauts , ses qualités. {Lui jetant un regard en dessous,) Là , vrai , m' conseillez-vous d' l'épouser ? TEREîER , feignant d^ être agité.
Ah ! ma chère madame Firmin, il ne faut pas me demander cela, à moi.
Mad. FIRMIN, avec honhommie.
Pourquoi donc •
TFRRIER, de même.
Ah! dame!. . . jolie comme vous êtes. . . c'est m'exposer.
Mad. FiflMiN, à part.
Nous y voilà !
TERRIER, avec mystère.
Tenez... personne ne nous écoute... s'il faut vous parler franchement , je ne peux pas vous voir contracter ce mariage avec plaisir.
Air : Depuis long-temps f aimais Adèle.
Quelqu'un m'a dit en confidence.
Que cet hymen l'afflige bien ; On se berçait d'une espérance ,
Mad. FIRMIN , ai^ec coquetterie.
Doit on désespérer de rien ?
TERRIER
Si vous connaissiez son martyre,
Mad FIKMIN.
P't'êt' que ses vœux s'raient exaucés.
TERRIER
Mais quelquefois ou a tort d'en trop dire ;
Mad. FIRMIN.
Pourtant il faut en dire assez. {bis.)
(^A part,) C'est d' lui qu'il veut parler, c*est clair. {Haut,) Ah ! dame , vous m'parlez en énigme... moi je n' peux pas comprendre.
TERR 1ER , d 'un air piqué.
Ah! ce n'est pas bien, madame Firmin vous
faites comme cela je croyais que vous m'auriez
deviné.
Mad. FIRMIN, pipeînent.
Quoi ! mossieu Terrier. . . vous voudriez me faire croire ?. . .
TERRIER, affectant du trouble.
Rien , rien , je ne veux rien vous faire croire ; vous entendez bien que dans ma position... la délicatesse... Pamitié que j'ai pour Fauvel... toul cela m'empêche d'exprimer... Mais enfin, si le bonheur de cette personne... (la persoime en question) vous intéresse, venez à la petite fête que je donne à mes amis, ma chère madame Firmin, et nous reprendrons cet entrelien.
Mad. FIRMIN.
Il serait vrai !
TERRIER
Je ne vous dis que cela... nous reprendrons l'entretien. {A part,) J'aperçois Fauvel, sauvons-nous. [Il lui baise la main,) Adieu, madame Firmin; songez à ce que je vous ai dit.
Mad. FIRMIN, soupirant.
Oh ! Dieu ! ( A part,) Il est pris
TERRIER , à part.
Je la liens!
(// sort,)