SCÈNE XVII
Les Mêmes , PIGEONNEAU , essoufflé,
PIGEONNEAU
Monsieur Terrier ! monsieur Terrier î
TERRIER
Eh ! bien ?
PIGEONNEAU
V'ià vol'vaJet de chambre qu'arrive à flanc élrier. . . la voiture n'est plus qu'à une demi-lieue, ainsi, dans dix minutes, vous embrasserez vot' chère femme.
Mad. FIRMIN , et tout le monde,
11 était marié î
TIENNETTE
Comment , mon parrain , vous êtes marié ?
TERRIER
Oui , mes amis, depuis huit jours. . . voilà la surprise que je vous réservais.
TIENNETTE
Oh ! que je suis contente I
FAUVEL
Et moi donc ?
TOUS
Vive madame Terrier !
PIGEONNEAU
J'suis pour madame Terrier , moi , (sous le nez de madame Firmin ), en v'ià une fameuse , heim ! madame Firmin f
Mad. FIRMIN , lui donnant un soufflet, C t'insolent !
PIGEONNEAU
Bon! sur la même joue... que c'est bête : elle «'pouvait pas r donner sur l'autre.
Mad. FIRMIN.
C'est vrai , aussi... quand j'ai tout fait pour raccommoder ces jeunes gens.., ils sont-là pour le dire...
TRRRIER.
Oh ! en effet , madame Firmin y a mis une grâce...
Mad. FIRMIN.
N'est-ce pas , monsieur Terrier ?
TERRIER
Oui , quand je vous ai dit que votre mariage désespérait quelqu'un qui m'intéressait j vous avez deviné tout de suite , que c'était Tiennette , ma filleule , et vous les avez réunis... je n'oublierai jamais...
Mad. FlRMiN , açec dépit.
Certainement,., j' suis trop heureuse... moi-même^ de l'occasioii : (à part) dieux! faut-il qu'un homme soit trompeur ! j' resterai veuve pour leur apprepdre. PIGEONNE A.U , avançant.
Eh ben , et mou, , {Elle le repousse avec dédain,)
TERRIER , donnant un papier à FauveL Fauvel , voilà ta nomination : tu penses bien que je n'ai pas voulu te prendre ta place , il m'a suffi de feindre devant Pigeonneau.
PIGEONNEAU
Tiens, j'étais dedans , moi.
FAUVEL
Ma foi , mon cher Terrier , je m' rends justice , ça n' me va pas, j' donne ma démission en ta faveur, sois not' maire.
TOUS
Oui , oui !
Nous verrons , mès enfans , nous verrons.
PIGEONNEAU, étendant les bras.
A table! j' suis toujours pour monsieur et madame Terrier ^ moi... et pour les petits Terrier ^ quand il y en aura.
VAVDEVILLE.
Air : voila comme tout s'arrange,
TERRIER
Las de ne trouver a Paris Qu'ambition , coquetterie , Je revenais dans mon pays Gherchercandeur et modestie, Je retrouve au milieu des champs , De la villie tout le tapage , Et l'orgueil chez les paysans !
Vous pouvez dire , mes enfans.
Ah ! qu'il est bien de son village.
FAUVEL
Mathurin , nouvel héritier ,
IN' veut plus rester dans sa commune,
A dix pour cent chez un banquier
Il va placer sa p'tit' fortune ;
Y s' croit ben sûr de ses r'venus^
Parc' que V banquier roule équipage , Mais Mnt burin voit son crésus Lever r pied avec i>e.s e'cus.
Ah î qu'il est bien de son village.
Mafl. FÎHMIN.
L'amant qui croit avoir charmé.
Parce qu'une belle l'agace.
Le mari qui se croit aime', Parce que sa femme l'embrasse , Le marchand qui vous fait crédit.
En jugeant d'après le visage , Celui qui croit qu'un riche habit West porte' qu' par un homm' d'esprit , Ah ! qu'il est bien de .-on village.
TIENNETTE
Les hommes s' plaign' toujours de nous ,
Pourtant quand une jeune fille
Ecoute ces propos si doux ,
Qu'on lui tient quand elle est gentille ,
Et lorsqu'elle croit qu'un amant.
Plutôt que de d'venir volage,
Ou de manquer à son serment,
S' laiss'rait mourir de sentiment.
Ah ! quelle est bien de son village.
PIGEONNEAU
Un jeune homm' qui s' croyait malin , Parce qu'il v'nail d' la capitale, Près d' ma Jeann'ton faisait 1' câlin.
Mais moi qu'est d'une humeur brutale.
Vu que j'étais t'un p'tit peu gris , A grands coups d' poing jeP rendis sage, Et comme il jettait les z'hauts cris , Moi d' disais c' beau mossien d' Paris , Ah ! qu'il est bien de son village.
TERRIER, au Public, Le Vaudeville, k ce qu'on dit, Naquit à Vire, en INormandie , Et de son village il partit :
De bien des gens c'est la manie.
Par les uns il fut brillante, ïel autre attrista son langage , S'il plaît ici par sa gaîté , Puissiez-vous dire avec bonté , Ah ! qu'il est bien de son village.
FIN
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