SCÈNE XV
FPxÉDÉRIG, PÉTEPxS.
PÉTERS, à part et s' excitant.
Ah! tout le monde se m&t contre moi;, nous allons voir.
FRÉDÉRIC, à part. 5oii caractère me plait, il ne s'efFraye pas. {Haut) Approchez^ monsieur.
PÉTER s, ditn ton mutin.
Me voilà , mondeiir.
FRÉDÉRIC
Qu'est-ce que c'est que ce lon-là !
PÉTERS^ de même. > C'est ceLîi qui convient à un homme qui est chez lui et que Ton veut vexer; qu'est-ce que c'est donc que ça !
FRÉDÉRIC
Sais-tu que je suis ici pour l'interroger I
PÉTERS
Oui, vous vous entendez avec le bailli... Allez vous devriez rougir ; et si jamais je me trouve face à face avec le Roi, vous passerez un mauvais quart d heure.
FRÉDÉRIC
Vous vous trompez.
Air : Gnjr a que Paris.
Frédéric prétend avant tout Que l'on n'outrage point un juge, Et qu'on exécute partout Ses lois qui sont notre refuge ; Ainsi, monsieur, au nom du roi l Répondez-moi (fjuater.)
PLTERS.
Qu'on exécute ses lois, c'est jîiste : vous m'y faites penser! Où est donc le registre de l'auberge. (// prend un registre qui est sur le banc Vous^re et se met devant Frédéric.)
Même air.
Un' de ses lois dit , pour raison , Qu'chaqu' voyageur mett' sur un' page Son état, son âge et son nom, Et surtout le but d' son voyage. * Ainsi, monsieur, au nom du roi !
Répondez-moi. {qualcr. )
FRÉDÉRIC
Comment î
PÉTERS
Je suis le maître d'auberge ; c'est moi qui vous interroge...
FRÉDÉRIC, un peu déconcerté.
Eli bien! qu'esl-ce qu'il a donc ^ ce petit bonhomme !
PÉTERS
Si vous refusez de répondre^ la loi est formelle^ je vous fais arrêter.
FRÉDÉRIC; à part.
Oh ! le malin démon !
PÉTERS
Votre nom , monsieur î
FRÉDÉRIC, riant.
Mon nom... mon nom... il est sur l'ordre du Roi.
PÉTERS
Oui , je sais bien, il y a dessus, M. Dufour; mais voire compagnon, à qui je me sois informé^ dit que vous vous appelez le baron d'Herlem... Ce matin vous étiez officier, à présent vous voilà secrétaire : donc vous avez un nom supposé, donc l'ordre est faux ou surpris, donc le but de votre voyage est suspect^ donc mon devoir est de vous faire arrêter.
FRÉDÉRIC, à part.
Le petit coquin va me découvrir.... ( haut ) Cela suffit, monsieur Faubergiste, c'est chez le bailli lui même que vous allez me suivre.
PÉTERS
Attendez, il y a encore une loi.
FRÉDÉRIC j, impatienté.
Ah ! il a une provision de lois à ses ordres ; je crois qu'il sait le code prussien mieux que moi.
PÉTERS
Celle-ci^ c'est une loi de la maison: Lorsqu'un voyageur cesse d être notre hôte, il ne peut sortir qu'il n'ait payé sa dépense.
FRÉDÉRIC
Il n'y a rien a dire, et quoique je n'aie pas dîne'... tenez. {Il lui dorme une piecs d'or),
PÉTERS
De l'or... je ne puis pas vous rendre^ il faut que j'aille changer. {Il la regarde en tous sens.) Tiens... c'e^t rVédéric qu'ils ont voulu faire là...
Air : du Carnaval.
Ça peut m'servir un jour à le reconnaître, C'bon Frédéric, qui n'vint jamais ici; J'gage qu'à mes yeux si je l'voyais paraître, Sur c'te pièc' là, j'dirais ben vite : c'est lui ! Jarni ! qu'Ies rois sont heureux sur la terre l L'or et l'argent reproduisent leurs traits, Et les gens mêm* qui leur déclar'nt la guerre , N'sont pas fâchés d'posséder leurs portraits.
Eh ! mais... c'est drôle ; il me semhle que j'ai vu cette figure-là quelque part... (Jei^ant les jeux sur Frédéric) kYk ?iion dieu !
FRÉDÉRIC
Qu'est-ce qu'il a donc ?
PÉTERS, tremblant de tous ses membres.
Ah! ahl là , là! j'en ai fait de belles ! je suis perdu î
FRÉDÉRIC
Eh bien ! vas donc changer.
PÉTERS , balbutiant.
Certainement, monsieur l'officier... parce que vous de-i vez... assez me connaître... pour croire que mon intenlion... {tombant à ses pieds ) ah ! sire, je tombe à vos genoux,
FRÉDÉRIC
Ah! le petit mallieureux!
PÉTERS^ criant à tue tête* Je suis un misérable, sire...
FPiÉDÉPaC.
Il va me faire connaîire !
PÉTERS
Que votre majesté... sire^
FRÉDÉRIC
Tais-tuî.
Me pardonne , sire.
FK ÉDÉRIC.
Eh! tais toi donc, bourreau; veux-tu ameuter tout îe village?.,. Levez-vous, monsieur; obéissez !... et surtout pas un mot qui puisse faire soupçonner que vous me connaissez...
' PÉTERS
Je me tais,