‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 233 · MADELINE , M. TARDIF · texte numérisé non relu

MADELINE , M. TARDIF

MADELiNE^ courant à lui.

Mon parrain... vous n^êtes pas malade?

M. TARDIE.

Du tout... c'est comme un fait exprès! et ils finiront par me faire perdre la tête.

MADELINE

Qu'y a-t-il donc?

Laisse-moi le temps de me reconnaître ; car les ëvé~ nemens se pressent avec une rapidité'... il semble que lont le monde se soit donné le mot pour se dépêcher... Autrefois^ on faisait les alFaires avec calme et réflexion... aujourd'hui, on les enlève à la coursel.. Voyant qu'il fallait lot ou tard déménager, j'avais pris un parti... je voulais aclicier cette belle maison qui fait le coin de la rue de Paris.

MADELINE

I C'est une bonne idée que vous aviez là.

Yoilà pourquoi^ ce maiira^ j'étais soi ti de si bonne heure...

Anenf benief^ , en me levant... j'arrive tout essoufflé à l'a ii^ dience des criées... je veux surenchérir , on ne veut pas.

MADELINE

El pourquoi donc?

Sous prétexte qu'elle a été vendue hier... ça n'est pas possible... elle avait été affichée pour le i8.

Justement , c'est aujourd'hui le 19.

Tu crois ! eh bien ! je te demande si ce n'est pas une fatalité... je ne peux jamais arriver le jour même... C'est comme l'autre semaine ^ mes rentes sur le grand livre... je les ai vendues le lendemain du bon moment... Désolé de ma spéculation ^ je retourne aux messageries j prendre la diligence de Melun... il y avait une heure qu'elle était partie... enfin ça n'est fait qup pour moi.

MADELINE

Non, mon parrain... mais pour rendre la partie égale , vous devriez toujours vous mettre en route la veille... par ce moyen, vous arriveriez en même temps que les autres.

C'est ça j pour passer sa vie à s'essouffler; pour agir comme un brouillon... je suis comme il faut être... ce n est pas ma faute , mais celle de mon siècle qui est trop vif

Air : jL soixante ans.

Pour arriver chacun fait son possible, Moi. . . ma devise est : ne nous pressons pas. Aussi ma vie est un ruisseau paisible , Qui, vers le but s'écoulant sans fracas, Fuit à regret , et revient sur ses pas.

Des.autres, l'existence active Est un torrent que l-orage a grossi. . . Qu'y gagne-t-il ?. . . plus son cours est hardi, Plus il s'élance , et plus tôt il arrive A rOcéan , où tout finit pour lui.

A propos de vivacité... dis donc, Madeliiie^ j'ai rencontré tout-à-l'heure Julien^ ton amoureux; et j'ai causé une heure avec lui... Sais-tu que ce gaillard-là est bien heureux d'épouser une jolie lîlle comme toi... Et puis, tu essibonne, si douce... c'est un vrai trésor que je lui donne là... Aussi, il est pressé comme un diable; et il veut toujours que je fixe une époque pour votre mariage. madeline.

Au fait... voilà trois mois que vous le faites attendre.... et que vous remettez de jour en jour.

Eh bien ! calme toi... cela va maintenant dépendre d toi seule.

MADELINE

De moi^ mon parrain!

Oui... c'est une idée qui m'est venue, tout-à-l'lieure, et que je suis bien fâché de ne pas avoir eue plutôt; mais c'est toujours comme ça, les bonnes idées n'arrivent que les dernières... {P tenant une prise de Labac.)\Ll comme c'en est une d'où dépend ma fortune...

MADELINE, vwemejit.

Votre fortune!... et vous me dites cela avec une tranquillité!... Parlez vite, je veux savoir ce que c'est.

Attends au moins que je m'asseye.

MADELINE , luî appTOcliant un fauteuil.

Tenez, mon parrain*., là, sur ce fauteuil... Mais parlez donc. . Est-ce quelque danger, quelque malheur, qui vous menace? J'en suis toute tremblante.

Celte chère enfant!... Voici de quoi il s'agit... { Il est assis , Madeline est debout et s'appuie sur son fauteuil.) y aynis un oncle, qui toute sa vie était resté garçon^ et qui s'était trouvé si malheureux du célibat^ qu'il voulait absolument me voir marié... Il mourut auparavant ; mais...

Air : // me faudra quitter l empire.

Il me laissa son héritage , En m'ordonnant en des termes exprès , De prendre femme et d'entrer en ménage Dans les dix ans qui suivraient son décès.

MADELINE

Il savait bien qu'vous aimiez les délais.

M. TAHDIF.

Je me suis dit : » Suivons mes destinées , » Au célibat s'il faut être enlevé, »Et si l'hymen un jour m'est résetvé , » Prenons d'abord gaîment ces dix années,

» C 'est touj ours cela de sau vé ; » Comme garçon prenons ces dix années ,

«C'est toujours cela de sauvé. »

Mais, hier, en parcourant mes papiers pour l'achat de cette maison, je suis tombé sur mon extrait de baptême... et j le croirais-tu?... j'ai yu que j'avais cinquante ans dans un mois.

• MADELINE

Dans un mois... et quand votre oncle est mori^ vous aviez?...

Quarante ans... ainsi de compte fait^ me voilà à la fin de la dixième année, terme de rigueur... Et il faut renoncer à huit mille livres de rente, qui sont presque toute ma fortune, si je ne suis pas marié le premier janvier... Je vous demande si, dans une affaire aussi importante, on a jamais vu presser les gens h ce point-là?

MADELINE

Comment!... vous aviez dix ans devant vous !

Oui, sans doute... mais qu'est-ce que dix ans, quand ils sont passés?... J'ai perdu les six premières années, à me dire : « J'ai le temps; »... les deux autres, à me dire : « Ah! ça, il faudrait y penser. » — Et voilà deux ans , que je m'en occupe sérieusement... il y a quatre demoiselles de la ville sur lesquelles j'avais des vties.

MADELINE

Quatre... ce n'était pas mal pour commencer.

Oui... mais c'était Lien un autre embarras... je ne savais laquelle choisir; et pendant que j'he'sitais , la première s'est mariée, la seconde est partie pour Parisjla troisième est morte... et la quatrième.. ^

MADELINE

Eh bien!... la quatrième?...

M.TAUDIF.

Oh! la quatrième est encore à marier... Mais il y a ici de jeunes officiers qui sont fort aimables... enfin... je suis encore arrivé trop tard.

madelike. C'est jouer de mallieur.

Aussi, je n'en viendrai jamais à bout... mais^ je me suis dit, ce matin : « Madeline a de J'esprit, de Tintelli- 5> gence; il n y a qu'elle qui puisse me trouver ça. » Et pour te stimuler encore davantage , j'ai annoncé tout-àl'heure à Julien que son mariage se ferait le même jour que le mien... ainsi, je ne m'en mêle plus... Vous voilà intéressés tous les deux à avoir de Tactivité pour moi.

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