U) SCENE XI
Les mêmes, UN OFFICIER suivi de quatre soldafs. Maria , les jeunes filles.
l'of fi C I E R , s ' avança n L Le bourgmestre de Safdam i'
VâN BETT , açec force.
C^esl moi. (^enflant la voi'ûû.) C'est moi, monsieur, et je suis fort étonné que sans me prévenir...
l'officier.
Je me suis présenté trois fois chez vous , monsieur le bourgmestre, pour vous notifier les ordres dont je suis porteur. Ne vous ayant pas rencontré , j'ai dû suivre les instructions qui m'ont été données.
VAN-EETT.
Ah! diable. . . c'est différent si vous avez des instructions. {Jux oiwriers.) S'il a des instructions, en effet. . .
LE CZAR
Des instructions. . . et de qui?. . .
BROWN
Oui , de qui ? van-BETT.
Ah! c'est cela, de qui a-t-il des instructions ?.. . il n'a peut-être pas plus d'instructions que moi.- [AVofficier.) Vou& entendez bien , monsieur , qu'un bourgmestre n accorde pas sa confiance sans voir de ses propres yeux. . .
l'officier.
(]'est trop juste. {U p/rseufe im papier à l'an-Belt.) yoicl l'ordre de leurs seigneuries.
VAN BETT, iournant laiête.
Je vous écoute, monsieur. . . article par article.
l'officier , insistant.
Voici l'ordre de leurs seigneuries.
VAN-BETT, aprds avoir regardé le cachet. Il a des instructions, l'officier.
Les magistrats d'Amsterdam , instruits que depuis quelques mois , des étrangers parcouraient les chantiers de la Hollande et leur enlevaient un grand nombre d'ouvriers et de matelots , ont résolu d arrêter ces enibauchages multipliés. LEFORT, au Czar.
Ceci nous regarde.
VAN-'BETT, aoec surprime.
Comment , on a eu Taudace de faire. . . de ces sortes de chose là !.. . Mais les bourgmestres de Hollande ne savent donc pas icur affaire!, . ah ! je réponds bien qu'à Sardam. • •
l'officier.
C'est A Sardam précisément que le pins grand nombre d'enrôlemens se sont faits.
Y AN BETT, stupéfait.
Hein!... à Sardam... mais alors , messieurs, suis-je bourgmestre, ou ne le suis-je pas. . . si je suis bourgmestre, je dois savoir quelque chose... et je ne sais rien. . . de rien.
L^OFFiCIER.
L'ordre porte que tout çtranger trouvé sur notre territoire sans autorisation soit arrêté et détenu.
VAN -BETT
Arrêté et détenu. . . c'est bien le moins.
l'officier.
En conséquence , j'ai fait cerner par mes troupes tous les endroits publics van-bett.
A merveille. . . je n'aurais pas mieux fait* . .
LEFORT, bas au Czar, Comment pous tirer de là .P. . .
LE CZAR , bas.
Morbleu , l'aventure est piquante.
LE MARQUIS , bas.
Il faut couper les oreilles à ce faquin de bourgmestre,
VAN-BETT
Un moment. . . ne nous pressons pas. . . je crois, monsieur l'officier. . . que sans sortir d'ici nous trouverons notre affaire. . . j'ai des soupçons depuis ce matin.
l'officier.
Des soupçons. . .
VAN-BETT
Oui , je vois cinq à six figures qui me sont inconnues. - ça doit êire des embaucheurs.
BROWN
Comment , monsieur le bourgmesire. . .
VAN-BETT, élevant la Qoix.
Silence ! {Au Marquis.) Yoyons, toi qui fais le ricaïiiieur . quel motif t'amène à Sardam :* . qui es-tu.''
LE MARQUIS
Le marquis de Châîeauneuf, envoyé de sa majesté le roi de France et de Navarre.
VAN-BETT , élormé.
Envoyé de sa majesté ' ah !. . mon Dieu!., je tombe bien pour le preinicr . . Mille pardons , monseigneur, ce n'éîait pas à vous que je m'adressais, c'était à celui-ci. . . {montrafit Lefort)... Qui es-tu, loi .qui chuchotles toujours ivec ce grand !. . . toi. . 1 habit brun. . . qui es-iu?
LEFORT
L'amiral Lefort , ambassadeur du czar de toutes les I\ ussîes. V A N-BETT , pîus étonné.
Un amiral ?.. un amiral !.. Je vous demande bien pardon, . excellence , mais quand on est à la têîe d'une administration comme celle-ci.. . (^Jperceoanl lord Simpley.) Ah! je tiens Tembauchetfr . . . oui , parblea î. . il a voulu m'embaucher moi-même , en me faisant un tas de contes. . . il m^a même offert de l'argent. . . deux mille guinées !.. et jusqu'à présent je n'ai pas encore vu de quelle couleur... Il a eu des conférences avec cet autre fripon (// désigne Flimann. ) Oui es-tu , toi , voyons ? simpley.
Lord Simpley, envoyé de sa majesté britannique. VAN-BETT, confondu.
Allons. . . on me demande des embaucheijrs. . . et je ne trouve que des seigneurs. . des milords ... voilà une taverne qui n'est pas trop mal composée... il paraît que tout le corps diplomatique s'y est donné rendez-vous. l'officier, à Van-Bett.
Je vous fais mon compliment , monsieur le bourgmestre , vous êtes parfaitement instruit.
VAN'BETT
Attendez. . . J'y suis. . . oui, ventrebleu!. . . Ce Pierre Flimann , ce Pierre Michaloff . . . Arrêtez-moi ces deux hommes-là... flimann.
Moi ?
VAN-BETT
, Vous-même.
BROWN
Yous exlravaguez !
VAN-BETT, désignant Flimann.
Arrêlez-moi cet homme la.
SIMPLEY , bas à Van-Bett, Que faites-vous p c'est le Czar.
VAN-BETT , confondu.
Lui f . . . Oh ! alors . . . ( montrant le Czar, ) Arrêtez-moi celui-ci- LE marquis, has à Van-Bett.
Que faites-vous ? c'est le Czar.
VAN-BETT , hors de lui.
Lui ? Ah! ça , laissez -moi dotic tranquille. . . ils seraient tous czars, maintenant, si je les écoutais... ils se sont donnés le mot. . . Eh bien, ambassadeurs, souverains, matelots, danseurs , buveurs , fumeurs , arrêtez-moi tout le monde. . . J'y verrai plus clair demain matin.
LE CZAR, vivement.
Le premier qui approche . . .
VATN^-BETT.
Tu le révoltes. . . Alfends , attends. ( à l'officier, ) Faites avancer vos gardes. (mV/w/.) Que chacun arrête son homme, moi , je m'empare du plus mutin. (// va sur le Czar,) LE CZAR , le repoussant aoec force.
Va-t-enau àiab[e\(^Van-Bett-tombe dans les hra^de Broivn.)
VAN-BETT
Oh ! le scélérat ! . . . Oser lever la main sur un hourgmestre. . . Tu seras pendu le premier. Balayez-moi toute cette canaille-là , et surtout n'oubliez pas le coquin qui m'a donné le coup de poing.
LEFORT , couvrant le Czar de son corps et montrant son cordon bleu qui est caché sous son habit.
Arrêtez ! respectez les jours de mon maître
LE CZAR
Lefort î
SIMPLEY , frappant du pied.
Lefort ! son maître ! damnation ! . . . c'est le Czar î
TOUS
Le Czar !
LEFORT , avec force.
Lui-même.
CHŒUR
Air : Cest notre ami Blondel, Eh quoi / le Czar parmi nous ?
Ah ! quel jour heureux pour nous !
Tombons tous à ses genoux ,
A ses genoux. {Ils s'inclinent autour de lui.) LE CZAR , gaiment* Allons , je vois qu'il n'est plus possible de garder l'incognito. { aux ouvriers^ Mes amis, que mon nouveau nom ne vous effraye pas , je serai toujours Pierre Michaloff , votre compagnon de travail , de plaisirs , qui veut assurer le bonheur de tous ses camarades de Sardam.
FLIMANN , hors de lui.
Ah ! mon dieu ! . . . . comment c'est toi ... . pardon .... {Reculant. Le Czar lui tend la main. ) Oh! que je suis content. . . Michaloff , mon meilleur ami , qui se trouve empereur !
SIMPLEY , à Van-Beit , lui montrant Flimann. Que diable aussi veniez-vous me dire .f* . . .
VAN-BETT
Laissez-moi donc tranquille, c'est vous au contraire qui êtes venu m'crabrouiiler. . . Parbleu ! si vous m'aviez demandé le Czar , je vous aurais dit tout de suite. . . voilà . . .
Il est clair qu^il ne faut que cinq minutes d'allenlion pour voir que voilà sa majesté. . . D'abord je l'aurais reconnue rien qu'au coup de poing. . . J'ai bien vu que ^a ne partait pas d'une main ordinaire, {se tournant humblement vers le Czar.) Sire , sire, quel beau jour que celui. . .
LE CZAR
C'est assez , monsieur le bourgmestre.
VAN-BETT
Non , sire , ce n'est pas assez. Quel beau jour que celui.., qui luit. . . Puisque vous le voulez , je n'en dirai pas davantage. 11 faut que toute la ville vienne vous rendre les hommages. le czar.
Miséricorde ! toute la ville ! . . . Je pars à l'instant. ( à lord Simpley.) Lord Siinpley , un traité d'alliance est signé entre la France et la Russie ; que le roi^ votre maître , accède aux propositions failes à Riswick et la paix est conclue. ( à Maria. ) Petite Maria , je ne vous oublie pas , vous épouserez Flimann. maria.
Est-il possible ?
Quoi! sire , un garçon charpentier . .
LE CZAR
Je l'emmène avec moi , et je le mets à la tête de mes chantiers sur la New^a. flimann.
Sur la Nevv^a ? mais n'y a pas une chaloupe.
LE CZAR
Dans dix ans on y verra la capitale de la Russie.
VAN-BETT
C'est d'y mettre les ouvriers le plus tôt possible,
CHŒUR
Air : Il est je le parie. (Du Bal champêtre.) Guidés par son génie , Allons, bravant les flots i Enrichir sa patrie Des fruits de nos travaux'.
FLIMANN, au Public.
Dans ce voyage , Nous r'doiitons un naufrage ; Un seul coup de vent Renverse an bâtiment !
Mais souvent...
Votre indulgence enchaîne Les vents , les ouragans ; Vous seuls pouvez sans peine , INous donner le beau tems.
CHOEUR
Votre indulgence enchaîné, etc.
FIN