‹ M. Thiers altéré par lui-même complément indispensable de toutes lesChapitre 1 sur 1 · COMTE ALFRED BOULAY DE LA MEUHTMI APRIU · texte numérisé non relu

COMTE ALFRED BOULAY DE LA MEUHTMI APRIU

M. XmEKS

La comparaison de deux éditions de VHisioire de la RivolU" Hon française de M. Ttiiers offre de curieux résultats. L'auteur arrivé au pouvoir modifie ses idées, voit les événements sous un nouveau jour, aussi désire-t-il faire de nombreux changements à son livre. Une crainte le retient : il redoute la comparaison que nous entreprenons aujourd'hui, il a peur de voir ses palinodies démasquées. Les reproches sont bien forts et bien cruels quand ils s'appuient sur des preuves irrécusables. M. Thiers s'est donc contenté de prendre des demi-mesures: Il a introduit dans son ouvrage de légers palliatifs, il a changé quelques mots , retranché quelques épithètes, rarement des phrases. II espérait que ces petites modifications échapperaient aux yeux de la critique , perdues qu'elles sont au milieu de changements destinés à améliorer le style.

Quand M. Thiers, alors inconnu, voulut publier son Histoire de la Révolution, il éprouva de grandes difficultés. Il ne trouvait pas d*éditeur; pourtant il finit par en rencontrer un qui se chargea 9 à ses risques et périls , de faire paraître cet ouvrage, à la condition qu'au nom du jeune auteur serait joint celui de M. Félix Bodin. Les deux premiers volumes parurent

SOUS ce patronagOi M. Thiers s'en affranchit au troisième ; mais n'osant pas encore marcher sans appui > en constatant dans une note le succès du Rwjedë M. Mignet, il a bien soin de le nommer son amt, comme pour se mettre sous sa protection (l** édit., t. III, p. vij).

V Histoire de la Révolution, tout d'abord, ne réussit que médiocrement; l'édition ne se vendit point toute entière. Pour donner de la vogue àcel ouyragej îyallait que l^aûteur devînt ministre. Alors, grâce à sa position élevée, les éditions ou tirages se succédèrent rapidement^ et sont arrivés au treizième.

Désireux de faire disparaître la première édition, on dit que l'auteur-miniçtre en fit rachctwp^a-éehanger les exemplaires à Paris et dans les départements.

Je vais comparer cette première édition, commencée en 1823, avec la sixième qqi a paru en 1837, ornée de gravures.

Je ferai précéder ce travail de quelque3 considérations sur les causes qui ont amené la Révolution. M. Thiers, dans èoû ojivrage , a regardé comme non avenue toute i'Ristoire de France. En lisant son livre, on dirait qu^avant les événements qu'il raconte as , ou du moins qii'it

iji'avait rien i lu. On croirait que la

réyokition a < ts secondaires , et non

laçonséquen

, Il est une é qui né voit dans lliis-

tojrp que des )às la puissante action

des idées , elle n'aperçoit pas là marche incessahte du progrès. Ço^ur elle, tout événement, quelle qu'en soit l'imporlânce, est le résultat du hasard : il dépend uniquement du beau ou Inau- Yais^temps, de quelques cartouches de plus ou de moSnâ qui auront été brûlées^ d'un sommeil trop lourd ou trop léger, en un ^ot, d'une faible circonstance toute fortuite. Il n'en est poîpt a^l3i ! Il est jies événements essentiels qui arrivent forcément, p^rce qu'ils sopt préparés par ropinioii publique, qui arrivent malgré tout , parcQ qu^ils répondent à un besoin. Quelques hommes d^élite lés conçoivent d*abordV puis les

mlmm écMtéèB lei désirent et les oMfenfaefit. téi éfrMOltÉtt^ ces peuvent entraver ou accélérer leur marche, mais elles n'dlA pas assez de puissance pour les atréteri

La Révolution française est un de ces événements. Mû est M suite et la conséquence forcée de notre histoire. H serait àb^ surde de croire, ainsi que veut rétablir M; Thiers , Qu'elle est née des fautes commises sous lé règne de LMis XT et de Louis XVI t elle a ses racines dans la lutté engagée entre la féodalité et la royauté.

Au moment de la grande puissance des seigneurs féodàûlV la France était soumise à un gouveruemént oligarchique, te roi n*avait qu'une fkible Influence sur les grands vassaux du royaume. La bourgeoisie se voyait soumise à des levées; à desr corvées et à des tailles; elle souffrait impatiemment la domi^ nation de tous ces orgueilleux et turbulents seigneurs. Aimant le repos, cherchant à améliorer sa position matérielle, elle s& jetait dans les bras de la l'oyauté. Ses ititérâts la tiapprOchaienC du trôné; elle dépeusait tous ses eSbrts pour Aire triotophër, dans tout^ lés occasions, I& ôatisè dn roi; le roi était l'ébîiemi naturel de là féodalité.

Cet état dé Éhôses devait dbrer tant que ^influence des ^^ gnéurs Se ferait ^ntihCTeât ce qui à eu lied. Mais sitôt que liai' pui^ânce àciivé de raristôcratié a été détruite , Itt i* oyâûté et là: bourgeoisie se sôht trouvées en présence ; élîes n'avoiietat plh^ d'ennemis communs à combattre; leur tihlôn devait dbnë (èëà^ Sé^. ÎSIen plus, il devait y aVôir guerre, parde que lés îûtërêts de Ces deux puissances se trouvaient opposés. Telle est là 6àUSd de la Révolution française.

La bourgeoisie, làSsè de se toir ttiâttrlÉ;ér par lés sélgnetifs, et né pouvant espérer les rent^erser à éltè Sédlé, s^étàit seiVi dé là royauté pour détruire là féodalité. Là royauté àyàht pleine-' ment triomphé, la bourgeoisie souffrît ittpatiéihttrétlt la dôfiitnatlôn du toi; elle résolut donc de la seébuer. PirM sëS mérn-^ bres, les unà, comme la plupart dés députât de TAssembléd législative, voulaient une monarchie constituUonn^e, lesau^

très y plas ardents et deviuiçant leur siècle ^ désirèrent la véfablique.

L'idée républicaioe n'était point encore mûre. La république fut orageuse et n*eut qu'une courte existence. Les écrits nV vaient pas été assez préparés ; les questions n'avaient point été résolues. Quelques hommes d'élite seulement s'étaient occupés de ce mode de gouvernement ; ils avaient soupiré après te règne de la liberté et désiré le gouvernement de tous par tous. Le nom de ces hommes mérite d'être conservé et entouré de respect.

Le premier est le sage historien Philippe de Gomines, qui, sous le modeste titre de Mémoires , a écrit l'histoire de France sous Lo^is XI. C'était Tépoque de la grande lutte entre le pouvoir royal et la féodalité. L'idée de république ne pouvait naître*, aussi de Commines parle-t-il avec beaucoup de respect du roL Pourtant il reconnaît le grand principe de la souveraineté du peuple en matière d'impôt.

a Y a-t-il roi ni seigneur sur terre, dit-il, qui ait pouvoir, outre son domaine, de mettre un denier sur ses sujets, sans octroi et consentement de ceux qui le doivent payer» sinon par tyrannie et violence?... Notre roi est le seigneur du monde qui le moins a cause d'user de ce mot : J*ai privilège de lever sur mes sujets ce qui me plaît j car ni lui ni autre l'a; et ne lui font nul honneur ceux qui ainsi le dient pour le faire estimer plus grand. ( Liv. v, chap. 19 ). »

Environ soixante ans plus tard, vers I56l , Etienne de La Boétie développa un noble esprit de liberté républicaine dans un discours sur la Servitude volontaire.

Ce libre penseuf reconnaît «qu'à parlera bon escient, c'est un extrême malheur d'estre subject à un maistre, duquel on ne peult estre jamais asseuré qu'il soit bon, puisqu'il est tousjours en sa puissaince d'estre mauvais quand il vouidra. >* Les rois ne valent rien. » Geulx qui naissent roys ne sont pas communément gueres meilleurs (que ceulx qui ont acquis le royaume par le drcicl de la guerre); ains estants nays et nourris dans le

saobg de la tyrannie, (iront avecques le laict la nature du tyran» et font estât des peuples qui sont soubs eulx» comme de leurs serfs héréditaires; et selon la complexion en laquelle ils sont plus enclins, avares, ou prodigues^ tels qu'ils sont, iIs,font du royaume conune de leur héritage. Celui à qui le peuple a donné FEstat, devroit estre, ce me semble, plus supportable; et le seroit^ comme je crois, n*e$4oii que deslors qu'il $e veoid eslevépar dessus les aultres en ce lieui flatépar je ne sçais quoy que Von appelle la grandeur ^ il délibère de n'en bouger point : commune^ ment celuy là faict estât y de la puissance que le peuple luy a bail* lée, de la rendre à ses enfants : or, deslors que ceulx là ont prins cette opinion , c'est chose estrange de combien ils passent, en toutes sortes de vices> et mesme en la cruauté , les aultres tyrans; ils ne veoyent aultre moyen « pour asseurer la nouvelle ty^ rannicy que d*estendre fort la servitude^ et estranger tant les subjects de la liberté^ encores que la mémoire en soitfresche^ qu'ils la leur puissent faire perdre (1). » La liberté « est toutesfois un bien si grand et si plaisant, que, elle perdue, tous les maulx viennent à la flle, et les biens mesmes qui demeurent aprez elle perdent entièrement leur goust et saveur, corrompus par la servitude. » Écoutons le conseil que donne de la Boétie : « Soyez résolus de ne servir plus; et vous voy là libres. — Quoy ? si pour avoir la liberté, il ne luy fault que la désirer; s'il n*a besoing que d'un simple vouloir, se trouvera il nation au monde qui l'estime trop chère, la pouvant gaigner d'un seul souhait? et qui plaigne sa volonté à recouvrer le bien lequel on debvroit racheter au prix de son sang? et lequel perdu, toutsles gents d'honneur doibvent estimer la vie desplaisante et la mort salutaire ? » Ces nobles idées de liberté étaient partagées par un grand nombre d'hommes éminents; l'impartial historien deThou nous ea fournit la preuve, a Parmi les seize, dit-il, les honnêtes gens

(1) Nous engageons fort nos lecteurs à réflécbir sur les deux pbraseï écrites en italiques.' . .__

et eeu!x qui n'ètment pas d^imbéeilles fanatiques s'étaient formô je ne sais quel plan de république. II y a eu de tout ten^ en France des citoyens qui ont soupiré pour la liberté, w

Un de ces citoyensi François Hotman, publiait dii vitant de de Tbou un ouvrage intitulé : Pranco-Gallia. Ce travail eut te plus grand succès. L'auteur, par aversion de la royauté abso^ Itièy s'était ttàt un système de gouvernement mixte, dans le^ quel le roi devait être soumis à l'autorité d'une assemblée na^ tionale. Cette idée se répandit rapidement et passa dans le parti de la ligue, lequel, conformément à son origine toute municipale et plébéienne^ désirait une monarchie élective et la sou* verainelé du peuple.

' ta main de fer de Richelieu et fabsolutisme de Louiis XtV ne détruisirent pas les idées républicaines. Une censure sévère empêcha de les émettre dans les ouvrages publiés à cette époque; mais elles ne vivaient pas moins ardentes et actives dans le cœur d6^ hommes les plus distingués. Sous un pré"* lexte romain ou grec^ nos auteurs dramatiques les exposaient et même les développaient sur la scène. D'autres les confiaient â des manuscrits ou à des liotes : c'est ainsi que fit Mézerai» Suivant Camille Desmoulins. « A là marge de son exemplaire de d'Aubigùé, on est bien surpris de trouver ce vœu écrit dô la main de Mézerai, il y a cent soixante ans. Duo tantum hùsc 'optù} unUin ut moriens populum Francofum liberuni relinquam; 'alteriifnj ut itacuique etertiat^ sicut de repUbUï:à metébitur.» ' Sous Louis XV et Louis XVI, le pouvoir manquant d'énergie» la corruption des mœurs indignant lés natures généreuses, les idées républicaines se firent jour de toutes parts. Tout l'appareil des lettres de cachet et des prisons d'État ne put intimider les auteurs; Tesprit républicain se glissa dans tous les ouvrages. La littérature des 17» et 18* sièclesest trop connue pouf que je fiasse des citations; et puis» tous les auteurs qui ont écrit sur la Révolution en ont parlé.

Je me bornerai^ en terminant^ à rendre hommage à Mably» homme de bien^ logicien froid et intrépide qui| le premier, fit

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dbtrer dans le langage usuel les mots de patHif^ de tito^en^ et les formules volonté générale^ êofav&rdneté du peuple*

I«r volume des deux éditions.

Dès Ventrie en matière nous voyons le jeune auteur s'enlhou* oiasmer pour les hommes qui aiment la liberté, enthousiasme qui se calme chez le minisire.

« Nous avons Tavantage d^avoir eAtenda et observé ees vieillards , dont les uns, violents et tourmentés encore , révèlent toutes les fureurs des partis •, dont les autres , sereins et augustes, aiment la liberté comme dans les premiers jours^'espérance, et aujourd'hui môme ne regrettent aucune des souffranceâ qu'ils ont endurées pour elle. (V* édit. p. 2.)»*

Nous avons Pavantage d'avoir en-* tendu et observé ces vieillards qtii i tout pleins encore de leurs souvenirs , tout agités de leurs impressions y nous révèlent l'esprit et le caractère des partis, et nous apprennent à les comprendre. ( $« é(Ût. p«

Ces mots : hommes sereins et augustes^ aimant la liberté^ dé« signaient surtout Lafayette. Quand M. Thiers était simple écrivain^ ce général lui] paraissait un héros; quand il est devenu homme politique, il a jalousé sa popularité; de là le retranchement que nous signalons. Plus loin il fait le portrait du gé-> nérai : nous le voyons encore l'amoindrir dans la sixième édition.

« Lafayette n'avait pas ce degré de passion et de génie qui toujours fait abuser de la puissance. ( 1'% p.

« Lafayette n'avait pas les passions et le génie qui font souvent abu* ser de la puissance. (6°, p. lii.^ ««

La première rédaction est un éloge : La passion et le génie de Lafayette ne dépassaient jamais de justes bornes. La seconde est une injurieuse imputation : l'auteur parait refuser la pas^ sion et le génie. Une ligne après, on lit dans la première édi-

— la —

tiOD : il avait un esprii fin et étendu. Dans la sixième édition^ étendu est retranché. Plus loin :

« Lafayette^ malgré son infàtiga-l « Lafayette, malgré Me vigilance, (i". p. 124.) ». I gilance. (6% p. iii.) ».

(oate sa vi*

L'arrivée de M. Thiers aux affaires a été, bien plus encorey défavorable au peuple.

Il reconnaissait autrefois que la nation était éclairée^ maintenant il retranche systématiquement cette épithète (l'« et 6% p. 4, id. p. 6). Il nous montre même la nalion dogmatisant avec ignorance au lieu de sans mesure qui se trouve dans la pre« mière édition (!'• et 6% p. 6).

De peur de paraître reconnaître la souveraineté du peuple, ayant dit que les premières autorités de FÉtat disputent un objet (le pouvoir) [en présence du maître légitime (la nation) (!'«, p. 27) , il remplace le mot maître par le mot beaucoup plus vague propriétaire (6«, p. 25).

Le peuple n'étant plus souverain ne saurait avoir une juste ambition^ c'est bien assez de lui accorder des prétentions : aussi ambition populaire {V^, p. 35), est-il remplacé par pr^ton^ions nationales (6«, p. 32).

On doit encore remarquer ici que le mot national a été mis à la place du mot populaire* Une tactique de l'auteur, pour amoindrir le peuple , est de ne plus mettre son nom que le moins possible. Il le retranche complètement (ire 9 P* 129, 6e9 p. 115), ou le remplace par citoyens (Ire, p. 94, 6«, p. 85), po;?ulace, multitude, foule (F*», p. 126 et 127,6®, p. 113^ 1'©, p. 163; 6e, p. 144), parti populaire (l'«, p. 251, 6«, p. 225).

Les membres les plus populaires 1 « Les membres les plus signalés de l'Assemblée, (i", p. 105.) ». | de l'Assemblée. (6% p. 93.) ».

L'abolition des restes barbares de la féodalité « était la der-t

— lanière justice due au peuple {V^^ p. 139) » esti[remplacé par « due à Yhumanité (6«, p. 124). »

Par suite de la môme tactique, quand il y a une fâcheuse imputation à faire peser sur le peuple, nous voyons parfois son nom apparaître dans la sixième édition, tandis qu'il ne se trouve pas dans la première. Après avoir rendu compte des séances de l'Assemblée constituante, il dit qu'il ne convenait pas à la populace de s'arrêter dans de justes bornes (1'®, p. 339), populace a été remplacé par peuple (6«, p. 304); et dans le récit des journées des ô et 6 août, au lieu de fureur de la multitude il y a fureur populaire (1'®, p. 193, 6«, p. 172).

Le mot régiment a été substitué au mot soldat, qui a également quelque chose de trop démocratique. Au lieu de ses soldats, son régiment (V^j p. 89, 6«, p. 80).

Depuis que, grâce au courage du peuple, M. Thiers est au pouvoir, il craint ce courage , aussi voudrait-il le mettre en doute. Dans les premiers moments de TAssemblée nationale, disait-il autrefois , « le courage du peuple n'était qu'un rêve heureux, et point encore une réalité sanglante. » Après 1830 , le second membre de phrase a complètement disparu (lf«,p. T8, 6e, p. 71).

<c Ce peuple, que les bons citoyens s'efforçaient de retenir, ne voulait plus piller ; et avec sa mobilité ordinaire , il se montrait maintenant désintéressé , il respectait l'or, ne prenait que les armes , et arrêtait lui-môme les brigands. (i'%p. 99.)»*.

« Le peuple se montrait maintenant ennemi du pillage ; avec sa mobilité ordinaire, il affectait le désintéressement, il respectait Tor, etc.

Jeune homme, M. Thiers reconnaissait que les bons citoyens se sont mêlés au peuple et ont tâché de le retenir quand ses passions, sujettes à Texagération, l'entraînaient trop loin. Douterait-il de ce fait depuis 1830, époque à laquelle lui et ses amis se sont trouvés avec le peuple ?

Pourquoi montrer du désintéressement, a*t-il été remplacé par affecter le désintéressement? Le peuple tout entier à ses passions ne sait pas dissimuler, affecter^ il se montre tel qu'il est. Le désintéressement est une de ses vertus, vertus que ne

- 4ft —

peut comprendre raristocratîe d'argent Fendant les journées de juillet, ne TavoDs-nous p^3 vu, de nouveau, s'emparer d^ armes et respecter Vor? Ne Tavons-nous pas vu fusiller sur place des voleurs?

Les Qouptves de passages f avouables ao peuple aont eneore jDombreuses* £a voici plusieurs. <

« Ce n^esk plùa désormais par éa reftas, car raristocratte ne peut plus rien contesta, ^est par des regrets imprudmts^ p&t de vaines tentative^ pour recouvrer le passé, qu'on va te^ir te peuple en baleine, et le p(»rter amc derniers esLcès (1^, p. iI9, 6», p. 106). »

Ces lignes, qui servent d*excuse aux troubles causés par le peuple , ont été complètement supprimées dans la sixième édition.

Le peuple excité « voit dans cbaque bomme un ennemi, ei se laisse tout persmder par le besoin de croire et d^agir (Ire, p«l24,6^p. 111). » Ces derniers mots, qui pallient et expliquent bien des faits, ont été retranchés, t'historien, devenu ministre, fait peser sur je peuple tout le poids de ses action^;, il désire laisser ignorer que ce peuple a été poussé par d'infâme^s instigateurs ennemû de la chose publi^ue^ comme il le dit luimôme quelques pages plus loin (!'*, p« l^)« Ilveut qu\)n oubUe que les meurtres et le pillage ont été commis. J)ar^e8 brigands qui, lé 5 octobre 1789, u voulurent mettre le feu àTHÔtel-de- Ville, d'où partaient chaque jour des ordres gwi arrêtaient leurs fureurs (l'S p. 185). » Ces derniers mots ont été supprimés dans la sixième édition (6«, p. 165).

Ailleurs :

<f Mids le peuple ne reooavre pas ses droi^ avec la même modération qu'on met à les lui rendre ; et ceux qui ont profité , pour l'opprimer, de son défont de raison, doivent souffrir de ce même défont quand U se soor lève. Des violences , etc. (l'%p.

« Malheureusementi on pen{^ ne sait/amoif rentrer avec niodération dans l'exercice de ses droits. Des violences, etc. (6% p. 152) ».

La jusUcaet rimpartidité exigent qae je eite imo eonpare faRe en faveur du peuple^ c'est la seule que j'ai trouvée.

f( BaOly fut obligé de s'ensevelir jour et nuit ( dans le comité des subai$ta&cesX po^f Y noomr le peuple, WlPilieudi^Oji^tragç;^ U'% P* i2i>^

« Bailly fut obligé de ^ea occu* per (des subsistances ) jour et nuit (6*, p. 108) i.

Probablement ce changement a été fait afin4e rmdieiarééit plus concis et plus net. L'auteur y trouve l'avantage de retrancher une foi3 de plus le mot pmple, et puisi^'est une rotation de inoins^ onlit page 404 : « BaiUy s'occupa de nourrir te peuple qui devait l'en payer par tant d'ingratitude. ^

La liberté a été aussi maltraitée que te peuple. M. Thiers lui a tourné le dos en arrivant au pouvoir. U évite d'en parler. H retranche lé mot que Mirabeau prononça à l'Assemblée consti* tuante^ quand la cour s^environnait de troupes : « n faut suspendre les travaux pom' s'assurer si on est libre (1*^% p. 93, 6^, p. 84).» Ce mot, r^té à la chambre dés députés dans plusieurs occasions, surtout à propos des fortificationsi aurait été trèsdangereux.

Ailleurs, parlant de Necker :

« Taficfis qaTd ne songeait qu'aux inaoees, il ae comprenait pas qiie rasseoiblée ne sopgeàt qu'à la liberté (i'% p. 480) ».

«Tandis qu*il ne songeait qu*à des questùons finandères, il ne comprenait pas fue rassemblée. ne songeât qu^à d^s questions politiques.

Pour faire oublier ces altérations du texte primitifi ra don^ nant le chai\ge^ et peut-être un peu par jalousioi notre auteur a renforcé les reproches adressés aux aristocrates. Ils étaient d'abord les « détenteurs de tous les droits nationaux (V^t p* 6)i» il en fait les tMurpat^urs (6% p. 6).

Quand il p^le du jeune Gazalès :

« Il est à regretter qae âon esprit si juste ait été consacré à une cause qui n'a en de bonnes raisons à fournir qu*après avoir été persécutée.

« On doit regretter que son esprit «i juste ait été consacré à une cause qui n'a eu quelques raisons à foire valoir qu'après avoir été persécutée.

Ed revanche, faisant partie de la nouvelle cour, il a affaibli les passages dans lesquels il attaquait Tancienne cour etla monarchie, et ceux où il se montrait trop partisan des manifestations nationales*

« La cour, désormais liguée avec Taristocratie, continuait ses menées.

« Qui certainement tendaient à employer violemment la force. (1", p. 92) ».

« Les courtisans formaient des plans y faisaient courir des projets , exigeaient des engagements pour leur exécution; et suivant l'usage des cours, TorgueÙ, se relevant sur une simple espérance , en devenait plus menaçant que jamais. (l'Sp. 178- 179) ».

(c Pendant ce temps la cour pouf ' suivait des préparatifs secrets. (6«, p. 82) ».

Qui certainement faisaient craindre l'emploi de la violence. (6% p. 83) ».

« Les courtisans formûent des plans , faisaient courir des projets , chercbaient à enrôler du monde, et, se livrant à de vaines espérances, se trahissaient par d'imprudentes menaces. (6«, p. 1S9) ».

Il repousse la responsabilité royale. Les fautes commises sous le règne de Louis XVI^ avait-il dit, « devenaient les siennes parce qu'il était le chef de l'Etat (Ire, p. 33),» Il substitue les mots : « parce qu'il les laissait commettre (6% p. 30).»

Yoici le retranchement le plussigniGcatif fait dans un esprit monarchique, il montre un revirement complet d'idées et d'opinions. On lit dans la première édition : La monarchie exige donc une grande concession des esprits; il faut qu'ils RENOif- CENT A FAIRE LE BIEN, et Consentent seulement à empêcher le mal. (l'«, 157). » Paroles écrasantes qui ont été supprimées. Elles étaient trop vraies. On ne trouve plus dans la sixième édition que ces mots : La monarchie bien ent^due exige donc de grandes concessions de la part des esprits (6®, p. 139)».

Puisque M. Tbiers faisait des côùcessiôns à là cour citoyenne, à plus forte raison a-t-il dû en faire à la famille d'Orléans. Philippe-Egalité était trës-épargné dans V Histoire de la Révolution française^ néanmoins la force des faits nécessitait de nom« breuses manifestations de blâme. L'auteur, reçu comme corn* mensal au Palais-Royal, ancien Palais-Egalité, a fait tous ses efforts pour amoindrir les reproches que la vérité historique avait arracbés à sa plume.

Le duc d'Orléans « fut accusé de diverses menées » et d'avoir excité le pillage de la maison Réveillon (l'o, p. 24). Le mot accuser étant trop fort, fut remplacé par imputer. « On lui imputa diverses menées » et on le rendit responsable de l'événement du faubourg Saint*Antoine (6», p. 38).

« Les ennemis du parti populaire accusèrent le duo d'Orléans d'avoir voulu essayer sa milice rebelle (i'% p. 44) ».

« Les ennemis du parti populaire accusèrent le duc d'Orléans d'avoir voulu essayer ces bandes révolutionnaires (6«, p. 59) ».

Le 4 mai 1T89, à la procession de l'Assemblée nationale :

(c On observa que le duc d'Orléans, placé à la suite de la noblesse , et précédant immédiatement le Tiers- État , aimait à demeurer en arrière et à se confondre avec les premiers députés populaires : insouciant et gai, Tavenir semblait lui sourire; ne désirant me fortement, ses vœux étaient comblés s'il obtenait quelque chose, peu contrariés s'il n'obtenait rien ; U jouissait ainsi des rêves de Tambition sans en éprouver les tourments (l'% p. 46) ».

« On observa que le duc d'Orléans, placé à la queue de la noblesse, ai* mait à demeurer en arrière et à se confondre avec les premiers députés du Tiers (6% p. 45) ».

« Le jardin du Palais-Royal était le rendez-vous des étrangers, des débauchés, des oisifs, et surtout des plus grands agitateurs. Les disoours les plus hardis étaient proférés dans les cafés ou dans le jardin même. Des hommes qu'on supposait dévoués au

duo d'OrléanSyS'y ibontraient les plus ardenls^ Leâ irichessesde oe prince, ses prodigalités connues, ses emprunts énormes, sou voisinage, son ambition, quoique vaguo; tout a dû le faire ac«coser. L'histoire, sans désigner aucun nom^ peut assurer du moins que Tor a été r^ando. Si la partie saine de la nation voulait ardemment la liberté , la multitude inquiète et souf* frante voulait s'agiter et faire son sort meilleur.

« Il 7 a eu des iasUgateiirs qui ont excité cette multitude , et qui ont souvent dirigé ses coups et ses pillages. Sans doute te n'est point avec de l'or et des mancôuvres secrètes qu*on met en mouvement toute une nation ; mais une fois excitée , c'est souvent par ce moyen qu'on la dirige dt t4tt*0& Tégare (i'SP* 87-88)»*

<t II y a eu aussi des instigateurs qui ont quelquefois excité cette multitude et dirigé peut-être quelques-uns de ses ôoups. Du reste , cette Influence n'est point à compter parmi les causes de la Révolution ^ car ce n est pas avec un peu d'or et des manœuvres secrètes qu'on ébranle une nation de vingt-cinq millions d'hoiûmes (6% p» 79-80) i».

Avec quel art ce passage est modifié ! Le Jeune homme avait raison de rendre d'infàmôs instigateurs responsables des pillages et des désordres commis par le peuple. Il nous montrait la multitude eicitée et emratnée par les brigands, qui voulaient brûler l*Hôtel-de-Ville. Le ministre d'un roi de la famille d'Or-^ léané, de peur de voir rejeter sur Philippe-Egalité les excès qui ont eu lieu, aime tnieux les laisser peser entièrement sur lé peuple. Il y aura toujours guerre entre la démocratie et le trône. Quelle jésuitique adresse M. Thiers met à tourner la question, afin de sauver son protégé et de plaire à Son pro^ tecteur !

Une des grandes préoccupations de notre auteur est de réha^^ biliter Mirabeau. Compatriote du fougueux orateur, U a été en rapport avec les membres de sa famille, et a reçu complètement leur influence. Les notes 7 et 10 prouvent ces rapports. On lui à cohâè des papiers qui, diMl, seront bientôt publiés^ Quatorze atis aptes dn trouve la même phrase en tôte de la ^ note. M. thiers nie toute union entre Mirabeau et le doc

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d'Oriétiig« Le défmté de Marseille ne s'^t yenda qu'à la cour, et encore ee sont ses opinions qui Tont poussé à conclure ùti marché avec elle. « Mirabeau ( qui dépuis assez longtemps l'abouchait avec la famille royale ) Gt enfin des conventions avec la cour^ par le secours d'un intermédiaire. Il énonça ses principes dans une espèce de profession de foi, il s'engagea à ne pas s'en écarter» et à soutenir la cour tant qu'elle demeurerait sur la même ligne. On lui donnait en retour un traitement assez considérable. La morale sans doute condamne de pareils traités, et veut [et on veut (6e édit.» p. 200) que le devoir soit fiiit pour le devoir seul. Mais était-ce là se vendre ? (1"*, page 835). » Ceat fort joli l Ce n*est point se vendre que d^accepter de Targent pour soutenir un principe et des personnes que Ton a combattus avec le plus violent acharnement. Votre morale, Mé Thiers, est élastique et commode; grâce à elle> on ne pourra pas vous accuser de palinodie. En effet) ce n'est pas être girouette que de se servir du peuple pour arriver au pouvoir, et de le renier une fois qu'on y est.

Après la ftiite du roi à Varennes « Barnave et les Lameth firent ce qu'ils avaient tant reproché à Mirabeau : ils prêtèrent secours au trône et s'entendirent avec la cour. îl est vrai qu'ils ne reçurent aucun argent ( 6«, p. 295 ). >» Comment l'auteur ose-t il rapprocher ces deux faits ? Ici c'était du pur dévoûment; là de la spéculation. Ces derniers étaient guidés par lecœur, le premier par la bourse. S'ils n'avaient pas ouvertement reproché à Mirabeau le prix de son alliance^ c'est un titre de plus pour eux : cela prouve leur urbanité.

«Cet homme extraordinaire, après avoir audacleusementattaqué et vaincu les vieilles races, osa retourner ses efforts contre les nouvelles qui l'avaient aidé à vaincre, les arrêter de sa voix et la leur faire aimer en l'employant contre elles (6«, p. 275). » Ce serait là un très-beau titre de gloire, s'il avait agi ainsi spon* tanément et dans le but d'être utile au peuple. Ce titre de gloire» du reste, a été mérité par le général Lafayette. Pour*" quoi l'auteur ne l'a^t-il pas remarqué? Le 28 février, Làiàyette

dispersa le peuple, qui, conduit par Santerre, était allé attaquer le doojon de Yincennes. Le même jour, les habitués du chftteaa desTuileries s'y étaient rendus au nombre de plusieurs centaines. Ils portaient des armes cachées. Lafayette survint; fit évacuer le château et s'empara des armes (6% p. 267). Voilà, je crois, une conduite bien plus noble que celle de Mirabeau louvoyant entre la nation et le roi, aBn de ne perdre ni sa popularité ni sa pension.

Loin de moi de vouloir rabaisser Mirabeau ; c'est une des plus grandes et des plus étonnantes figures de la Révolution. Fougueux orateur, personne ne sut mieux que lui s'emparer de ses auditeurs, et leur imposer sa volonté et sa pensée. Mais il fautque justice soit rendue à chacun, l'histoire doit être impartiale. Qui ne sourira en lisant ce mot sur Mirabeau mourant : « Cependant sà conscience était satisfaite-^ V estime publique s'unissait à la sienne, et l'assurait que, s'il n'avait pas encore assez fait pour le salut de l'État, il avait du moins* assez fait pour sa gloire (6», p. 272) ».

Il semble que M. Thiers n'avait pas assez exalté Mirabeau dans la première édition. Ayant défectionné, ets'étant rallié à la monarchie, il cherche à rehausser encore davantage le héros de la défection. Dans la sixième édition (p. 275), il a retranché la phrase suivante ;

Ainsi finit cet homme extraordinaire, « qui dut être beaucoup loué, beaucoup blâmé et faire beaucoup de bien et de mal, ar le génie n'est qu'une plus grande aptitude à l'un et à l'autre (1^, p. 306-307) >.

Il est un changement qui doit bien plus surprendre que tout autre, portant sur des paroles attribuées à Mirabeau :

« Mon ami , dit-il à Cabanis , je mourrai . aujourd'hui : il ne reste plus qu'à s envelopper de parfums, qu'à se couronner de fleurs et s environner de musique , afin de se livrer paisiblement au sommeil (i^", p.305)«.

(c Mon ami , dit-il à Cabanis , je mourrai aujourd'hui : il ne reste plus qu'à s'envelopper de parfums , qu'à se couronner de fleurs, qu'à s'environner de musique, afin d'entrer paisiblement dans le sommeil éternel {6e, p. 274).»

Le sens est bien changé : quelles sont les paroles de Mirabjeau? Si ce sont les paroles inatérialistes de la sixième édition, c'est là un trisle titre de gloire. L'immoralité espérant le néant!

Relevons encore le mépris que M. Thiers affecte envers la philosophie. Lorsqu'il parle de la célèbre I>éclaration des droits de l'homme, triomphe des idées philosophiques, invoqués par la politique pour arriver au juste, il cherche à amoindrir le fait. Pourtant, malgré lui, il s'est vu débordé par l'éloge.

« Cette idée (la Déclaration des droits) avait quelque chose d'imposant qui saisit l'assemblée. L^élan des esprits les portait atout ce qui avait de la grandeur; cet élan produisait leur bonne foi^ leur courage, leurs bonnes et mauvaises résolutions. Ils saisirent donc cette idée et voulurent lamettre à exécution... La France rompant avec le passé, et voulant remonter à l'étatde nature, dut aspirer à donner une déclaration complète de tous les droits de l'homme et du citoyen. On parla d'abord de la nécessité et du danger d'une pareille déclaration.

« On parla beaucoup et inutilement, car il n'y avait aucune nécessité de la faire, et elle n'était bonne qu'à satisfaire les esprits philosophiques. Il n'y avait point non plus de danger^ car le peuple ne comprenait rien à ces formules générales. Ce n'est pas en effet la Déclaration des droits qui produisit l'exaltation des esprits; c'est cette exaltation au contraire qui produisit la Déclaration des droits.

« On discuta beaucoup et inutilement sur ce sujet, car il n'y avait ni utilité, ni danger à faire une déclaration composée de formules auxquelles le peuple ne comprenait rien; elle n'était quelque chose que pour un certain nombre d'esprits philosophiques, qui ne prennent pas une grande part aux séditions populaires»

a II fut enfin décidé qu'elle serait faite et placée en tête de Pacte constitutionnel... Il n^y avait là qu'un mal, celui de perdre quelques séances à un lieu commun philosophique. (l'% pages 163, 154 et 155, 6-, p. 136, 137, 138).»

Le mot philosophie est vraiment travesti d'une singulière façon dans l'Histoire de la Révolution.

li'autear, après avoir parlé de la comeimcê êatisfaite de Mirabeau et de Vestime publique qui s'unissait à la siennCf a|oute :

« La philosophie et la gaîlé se partagèrent ses derniers instants (ï'% p, 303).!» Ce passage a été retranché dans la sixième édition (p. 272).

M. Thiers a sagement pensé que la pMlMophie et la gatté de Fauteur du Biblion Erotihon, du nideau levé, de Ma Couverêion, ouvrages dignes du marquis de Sade, feraient sourire 4t pitié tous les gens sensés. Certes, c'est bien assez d'avoir conservé la conscience et Vestime, Ces mots peuvent*ils s'appliquer à l'homme dont Joseph Chénier a dit t « Il n'eut de l'orateur que l'éloquence»?

-Nous avons vu que Lafayette avait eu à souffrir des correc« tionset changements faits aux nouvelles éditions. Il n'est pas le seul : Necker, le grand partisan de la paix universelle, a dft aussi encourir la réprobation de M. Thiers, devenu l'homme de la guerre. En 1823, Necker était un « financier AaWfe, un économe intègre ; » en 1837, il n'est plus qu'un « financier économe et intègre. » Autrefois simplement «génie moins /ferme que Turgot, » il est maintenant « génie moins vaste ( 1'* et 0% p. 8).»

SIeyès, esprit froid, mais vaste , profond , vigoureux , et opiniâtre comme tous ces génies systématiques (P*, p. 60).

K Sieyès, esprit vaste» systématique et vigoureux dans ses déductioui (6% p. 54),

« Par conviction et par l'erreur d'un esprit absolu» ne voulait ni des deux chambres, ni de la sanction royale. (r% p. 158; 6% p.14l).» Maintenant que M.Thiers est au pouvoir, il se garde bien de dire que, par conviction, on peut ne pas vouloir les deux chambres et la sanction royale : aussi ces mots ont-ils été supprimés dans la sixième édition.

Il serait plus difficile d'expliquer pourquoi Lally-Tolendal a perdu sa sensibilité.

If UU^Totaodft), m»in m par loa malheura do tm pèr9 et «M H^ quoBtai rôQlm^Uo^ (6% p, 6é), n

n LaMy-Tolèiidal, «eniftle el éioqueiit, célèbre déjà par le» malheur^ de son père et ses touebantes réolar^ tnatioiis (I**, p. 10).»

En 1823, M. Thîers avait acordé me imagination g%ganteiqu$ ( ift, p. m ) à Auacbarsis CiQotz, qvi * imm^, au mm fia genre humain, à faire partie de la féd^atipq, » E« 1857, son imaginaUon fut taxée de Jolk ( 6., p, m )p épitbète contredite par lea lignes qui la «uitent i « Cm WÔaW qui paraissent tWIt culea à ceux qui ne les ont paa vuea, émeuvent prQfpu4éB»ent ceux qui y assistent. u

Il nous reste encore à relever quelques changemQnte tfi^ significatifs qui nous montrent bien la métamorphose piwittite chet réorivain par la possession du pouvoir.

Après le pillage de la maison RévwUoq et Tinterveption t^rt dive et cruelle des troupes t

« Oo lai eppposa (h la mt) \%- 1 » Oïlfi^ppw<luVle (la cour) mi lentiondeUisseroommencQrlapeu- voulu laisser le peupla s engager, pie pour faire un exemple, et de plus pour ftilre un exemple et exercer ses de s'assurer de ses troupes^ en les troupes (6f, p.SO). « exerçant dans cette émeute (P% p.

L'auteur, de peur d'attaquer le pouvoir qui, depuis 1830, 3'est plusieurs fois rendu coupable de la faute qu'il reprodie à la cour de 1789, glisse maintenant sur ce passage et Tamolqdrit autant que possible. La marne tactique se re(par(|ue k Wih pos des passages suivants :

I^ dimanche, J7 juillet 1791, le peuple s'étapt porté, au Cbamp-de'Mars,Baillys'y rendit,

« Fil déployer le drapeau rouge, et, en vertu de la loi martiale, somma les rebtUe» de «a retirer, ^iamma" iion, ^ei ^^m ait ditf ^M jM$te«

(( Fit déployer le drapeau rouge e& vertu de la loi martiala. L'aMfrfîii

4e la fçrç0^ am fium mi 4i(i liait

juste (6VP.502)».

« Il s'avança avec ce courage impassible qn il avait toujours montré, reçut sans être atteint plusieurs coups de feu, et fit enfin les sommations d'usage (i'% p. 558). »

« B s'avança avec ce courage impassible qu'il avait toujours montré, reçut sans être atteint plusieurs, coups de feu , et au milieu du tumulte ne put faire toutes les sommations voulues (6% p. 505;.»

Ce changement a pour but évident d'excuser le gouvernement de 1830. Plusieurs fois il a employé la force, et souvent on lui a reproché de n'avoir pas fait toutes les sommations voulues. Quel est le texte le plus vrai ? je crois que c'est celui de 1823, parce qu'il a été écrit dans un moment où Timpartialité de l'auteur n'était contrariée par aucune considération per* sonnelle.

Continuons à citer :

c( Une législation tout entière à donner à un grand peuple excite si fortement les esprits, inspire des projets si vastes, des espérances si chimériques, qu'on devait s'attendre à des mesures ou vagues ou exagérées, et quelquefois hostiles ( 1'% p. 85 ). >» Quelquefois a été remplacé par souvent hostiles (6% p. 76).

Le peuple se porta à l'Abbaye, le 30 juin 1789, pour en tirer des gardes françaises, emprisonnés par ordre de la cour.

« Placé entre le peuple d'une part, et le pouvoir de l'autre , qui était suspect puisqu'il allait agir dans sa propre cause, l'assemblée ne pouvait manquer d'intervenir et de s'exposer à empiéter en se mêlant de la police publique (i", p. 90). »

« Placé entre le peuple d'une part, et le gouvernement de Tautre, qui était suspect puisqu'il allait agir dans sa propre cause, l'assemblée ne pouvait manquer d'intervenir , et de commettre un empiétement en se mêlant de la police publique (6% p. 81).»

L'assemblée était, il est vrai^ placée entre le peuple et le pou^ voir exécutif, mais non le gouvernement j puisqu'elle faisait partie intégrale et majeure du gouvernement. Son devoir était donc d'intervenir, et ce n'était point empiéter ^ c'était simplement s'exposer à empiéter. M. Thiers lui-môme dit qu'elle prit une résolution tout à la fois adroite et sage et qu'elle établit la

concorde et la pais. Ses cbangements ne sont donc pas heureux; mais il importait au ministre de l'ordre de choses actuel de restreindre la puissance des assemblées et de l&s mettre en dehors du gouvernement.

C'est dans lé même but qu'après nous avoir montré « les électeurs composant l'assemblée générale» réunis à l'Hôtèl-de*- Ville , il retranche qu'ils « y étaient réunis pour aviser au bien public (1^, p. 97 ; 6% p. 87). »

Enfin un homme qui a mis en suspicion et dissout des gardes nationales ne pouvait pas laisser dans son Histoire de la Révolution qu'elles étaient a chargées de la tranquillité publique ( 1'% p. 94; 6^, p. 84 )• » Il a supprimé ces mots.

Pour donner le change et faire croire qu'aucun retraûchement et changement n'avait été fait, après 1830 M. Thiers a laissé intact le passage suivant:

«< L'église de Sainte-Geneviève est érigée en Panthéon, avec cette inscription, qui n'est plus à l'instant où je raconte ces faits:

« Aux GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE. ^

( l'S p. 306 ; 6% p. 275 ). Une simple note au bas de la page , dans la sixième édition, avertit que Tinscription a été rétablie.

Un autre fait qui frappe vivement et montre quelles étaient les préoccupations de l'auteur, c'est de lui voir retrancher avec soin tout ce qui était en faveur du peuple , et. laisser dans tou* tes ses éditions une erreur de date. Il dit que la fuite du roi à Yarennes a eu lieu dans la nuit du 20 au 21 juin et qu'il parvint sans obstacle à Ghâlons le 21 vers les cinq heures de l'après-midi. La fuite eut lieu dans la nuit du 21 au 22: ce fut donc le 22 que le roi arriva à Ghâlons ( !'•, p. 317, 318 5 6% p. 285 ).

Ile vol. 1"^ édit, I& vol. 6* édii. jusquà la page 257 «

la comparaison dea aeoondi yolumea de VffiêtQir$ d$ la itavolutUm françai$e,ûe M. Tbiers, noua ofiflre des obangementi aussi curieux que celle des premiers. C'est toujours le mtaïf homme et la même tactique. Devenu qnnemi de la nation t quand il n*a plus besoin d'elle^ il cbercbe à l'amoindrir :

« Ce n'est pas à Tinstant où une nation vient tout à coup do se rappeler ses droits» qu'elle peut renoncer à toutes sei préro^ gativesj se donner un rôle secondaire ( !•♦, p. 4 ; 6% p. 4 ), »

C'est bien assez de laisser que la nation a des droits; M. Thiers a retranché^ dans la sixième édition , qu'elle a des prérogatives.

Pour la môme raison, reprendre le pouvoir, qu! exprime une idée de justice^ a été remplacé par envahir ^ qui laisse uneidée de rapt : on dirait que le peuple a volé le pouvoir (1", p. 6 ; 6%p. By

Lepeuplejouant un rôle sanglant dans les événements que contient ce volume , l'auteur n'a plus changé on retranché son nom, si ce n'est une seule fois ( 1^, p. 138 ; 6% p. 1^ ).

En revanche, la cour, devenant de plus en plus intrigante à mesure que les événements se rembrunissent, M. Thiers^ qnii autrefois, avait jeté sur elle de légers blâmes , les retranche autant que possible. En parlant de la maison militaire de Louis Xyi, faite en 1792, il dit :

(cLe«o£ficier« avaient étéçbpisisdQ manière à alarmer les patriotes. Les soldats de ligne rayaient été avec le même soin et dans le même sens, et, parieur coalition avec leurs officiers, ils abreuvaient de dégoûts tous les jeunes gardes nationaux qui étaient attachés à la cause nationale; ils les avaient même obligés de se retirer à force de mauvais traitements (1"*, p. 96). »

<c Le* officiers et les soldats d9 ligne avaient été choisis de manière à alarmer les patriotes. Goaliséi contre les jeunes gens pris dans 1«^ gardes nationales, ils les abreuvaient de dégoûts et même les forçaient à se retirer pour la plupart (6% p. 86- S7},»

-ai -

L'auteur dit pitta loin que la reine comptait sur l'invasion, puia il 8*écrie t « Que ne s'épargnait-elle une faute et des malheurs! (l^'S p, 179 f 6% p. 155) 9. Cette exclamation a été re^ tranchée ; la cour se trouveunpeu déchargéedu grave et juste reproche d'avoir amené les étrangers en France^ et le poids d'événements malheureux pèse en entier sur le peuple.

Après les journées du 20 juin 1792 Lafayette était s

« Uo ginéral qo'oi P(| supposait pas capable de a'imir à la cour pour Uvrer la France , mais qu'on voyait disposé à la soutenir contre les justes reproches qu'on lui adressait {V% p. i76>.

n Un général qu'on ne supposait pas capable de s'unir à l'émigration pour livrer la France, mais qu'on voyait disposé à soutenir la cour contra le peuple (6«, p. 158) «•

Avec quel art ce passage est changé! La cour ne veut plus liwer la France ^ et même on ne lui adresse plus de jmtesrepro^ che9. Gomme M* Thiers oppose avec adresse Lafayette et le peuple ! Le général est donc Tennemi du peuple , et le peuple est donc bien méprisable pour que Lafayette se tourne contre lui! Vraiment on jurerait que ce passage a été corrigé par un disciple de Loyola.

L'auteur a fait une grande coupure dans le chapitre où il se résume sur l'Assemblée constituante.

Le parti populaire et la cour étaient irrités contre les Constituants :

« Des doux côtés on les accuse, eti suivant Tusagei on leur fait les reproches les plus contraires. Pourquoi, disent ceux qu'ils ont troublés dans Içurs injustes jouissances ; pourquoi ont-ils donné le signal de la guerre ? Pourquoi ! parce qu'il faut que justice se fasse \ parce que» lorsque le présent est in* supportable^ il est permis de se jeter dans ravenir> môme in* certain; parce qu'il faut que l'homme redevienne homme, même au prix des calamités ; et tel est le vœu de la nature, puisqu'elle lui a donné pour se développer la force et la témérité de briser tous les obstacles.

H Pourquoi, $*écrient, au contraire; ceux dont les constituants ont voulu arrêter les débordements; pourquoi ont-ils voulu arrêter une révolution qu'ils avaient commencée ? Parce que, lorsque assez de droits sont rendus aux peuples, lorsque la justice leur est restituée, le devoir est de ne pas poursuivre de nouvelles acquisitions à travers de périlleux hasards; parce que, lorsqu'on a arraché à ceux qui avaient trop la portion qu*ils ne pouvaient garder sans iniquité, il faut leur laisser le reste, par cela seul qu'ils l'eurent autrefois. Ce qui fut, quand il n'est pas inique, mérite d*ôtre encore (1 '% p. 8 et 9j 6% p. 7). »

On trouve aussi dans la sixième édition de grands changements dans des passages où il est question de l'Assemblée lé* gislative.

« L'assemblée ne suivait pas ce mouvement insurrectionnel aussi vite que les autorités inférieures , parce qu'elle était moins agissante en sa qualité de corps délibérant, et parce que, chargée de veiller aux lois^ elle était obligée de les respecter davantage. Elle se trouvait ainsi fréquemment devancée par les autorités inférieures, et se voyait obligée de lutter pour reprendre le pouvoir qui lui échappait (l'«, p. 254).»

« L'assemblée ne suivait pas le mouvement insurrectionnel aussi vite que les autorités inférieures, parce que, chargée de veiller sur les lois, elle était obligée de les respecter davantage. Elle se trouvait ainsi fréquemment devancée par les corps populaires, et voyait le pouvoir s'échapper de ses mains (6*", p. 228)».

Une centaine de pages auparavant, le passage suivant a été retranché :

« En voyant de la sensibilité partout, on se demande souvent, au milieu de ces scènes douloureuses, où sont les méchants. Ils existent pour l'homme de parti ; ils sont rares pour l'historien impartial, qui voit des idées opposées, des erreurs, des méfiances, et les haines exaltées qui les suivent, mais peu de projets scélérats (l'% p. 157, 6% p. 140). »

Dans l'Assemblée législative « les prétendus impartiaux n'étaient plus que de lâches indifférents, toujours plus soumis à

mesure que la majorité devenait pins puissante (r% p. 99, e«, p. 90). » Voulant faire une juste, mais amère application de ce passage à grand nombre de nos centriers, M. Thiers a supprimé le mot lâche qui n*est plus mérité de nos jours, les dangers étant nuls : mais après le mot n'étaient, il a ajouté : comme de tout temps que des indifférents.

Dans le second volume, comme dans le premier, nous trouvons un changement dans la citation de paroles prononcées par un membre de l'Assemblée législative. Qu'importe à Fauteur d'être textuel ? que lui importe la vérité historique ? C'est la moindre de ses préoccupations.

Quand Dumouriez, ministre de la guerre, lut à l'assemblée un mémoire sur l'état de l'armée^ il y régna une grande agitation.

« L'enlendez-vous, s'écria Gua- 1 « L'entendez-vous, s'écria Guadet, il nous donne des conseils (V, det, il nous donne des leçons (6% p. p. H6.> Il04).»

Quelques pages plus loin, on remarque la coupure suivante :

« Le vrai lui-même s^use chez nous quand il est trop répété (1", p. 154; 6% p. 138)».

• A la Gn du chap. iy,M. Thiers a ajouté, dans sa sixième édition, un alinéa qui ne se trouve pas dans la première.

« Mais il était décidé que tous les moyens et les projets de transaction échoueraient ; et la catastrophe, prévue et redoutée, arriva bientôt, comme nous le verrons ci-après (l'«, p. 237; &, p. 212). »

Ces mots nous montrent l'auteur revenant à son système fataliste. 1! Histoire de la Révolution française estsemée de phrases dans le genre de celle-ci ; « Le reste n'est plus qu'un accident inévitable et qui n'est imputable qu'au hasard (l'% p. 284 -, 6% p. 264). » Mais nous voyons , dans les nouvelles éditions , M. Thiers appuyer encore plus sur ces terribles et désespérantes doctrines. Dans le premier volume^ il rendait matérialistes des paroles de Mirabeau ; dans celui-ci, il admet que la

— ad —

marche des é^6ùuMKà$ est inmimbtoine&t cMoidée. CM Vêbnégation complète de la liberté hamaine. Celui qai déserte la cause de la liberté politiquet et cela dans un but tout perscmnel et égoïste, naturellement doit vonloir nous ravir jusqu^à notre liberté morale et intellectuelle.

Dans la sixième édition, M. Thiers professe des principes mo* narcbiques qu'il était loin de partager avant d'être un habitué du Palais-Koyal et des Tuileries.

La liste civile de Louis XVI, disait-il autrefois, étant épuisée, des amU géfiireux s'empressèrent de faire des prêts au roi. Depuis que M. Thiers est à la cour, il reconnaît que le roi ne doit pas avoir d'amis ; il ne peut y avoir que des sujets. Aussi c'est ce dernier mot qui se trouve dans la sixième édition (l'«, p. 255; 6% p. 229).

Autrefois, il ne craignait pas de dire que les gouvernements ont le désir de se conserver (V\ p. 32; 6% p. 28). Maintenant il supprime ces mots qui pourraient donner l'éveil au peuple» En effet, il est attaché à un gouvernement qui, depuis 1830^ nioment où il s'est établi, fait tous ses efforts pour se consolider au détriment de la liberté. Il craint la souveraineté du peuple^ il veut pouvoir la maîtriser. A Paris, la garde nationale est privée de son artillerie , puis elle est négligée ^ dans les provincest on la dissout» et malgré la Charte, on ne la réorganise pas ; les troupes campent, en grand nombre^ dans la capitale et aux environs ; la garde municipale se double d'abord, puis se quadruple quelques années après; les corps de gardes de viennent de petites bastilles; les fortificationsi une fois abandonnées^ sont reprises^ se finissent et s'arment*

Un roi mis en présence du pouvoir cherchera toujours à s^en emparer. M. Thiers le reconnaît lui-même*

M Les rois de Danemarck, de Suède, de Pologne, placés en présence du pouvoir, n'ont pu se résigner à n'en avoir qu'une petite partie, et ont fini par l'envahir tout entier (l**, p. 3 j 6*, p.8). «

— M — Ge pÉBSage est sopprlmé dans la fiiixième édition. L'toteur craigûait de réveiller de justes sasceptibilités. Od aurait pu en Iteire Tapplicatioâ, et, en bon oottrtisan> il a retranché ces mots, qui défdaisaient en haut lien.

ni® voU, V édit.

es !!• vol.j de là p« 25d à h Ûû« 11^ wl jusqu'à la p. ilOi

Le troisième vdume de la première édition de V Histoire de la Révolution renferme un avis qui a été supprimé dans toutes les autres éditions. M. Tbiers s'excuse des lenteurs qu^éjNTOuve la publication de son ouvrage. Avant lui l'histoire de la Gonvention « n'a été ni bien ni mal faite, elle ne l'a pas été du tout » . Il ajoute : «Nous ne possédons rien sur cette époque la plus extraordinaire de l'humanité. Il n'est arrivé jusqu'à nous que des crisdouloureux ; mais personne ne nous a peint encore ces bourgeois passant tout à coup des occupations les plus vulgairesauxsoinslesplusdil&ciiesdu plus combattu et du plus laborieux des gouvernements; soulevant la nation > l'arrachant aux douceursdelaciviiisation, mettant diX'huit cent mille hommes souslesarmes, domptantlhéroïsmedela Vendée, déjouant la poUtique de Pitt> et brisant la coalition de l'Europe; créant en Blême temps une nouvelle organisation sociale, une nouvelle administration civile et militaire, un nouveau système économique et financier; imaginant une nouvelle division du temps,, des poids et de l'étendue; et Joignant à l'audace des conceptions une vigueur d'exécution inexorable; personne, dis«je,nenous lésa peints employant tour à tourle langage des halles et celui de la plttssttblimeéIoquence,émettant44milliardsd'assignatsetdInant  trente sous par jour ; traitant avec l'Europe et se rendant aux Tuileries en veste et à pied*, joignant quelquefois enfin à une

cruauté politique inouie la plus grande bonté personnrtle. Ce tableau est donc tout neuf, et je ne me flatte pas d'avoir réussi À le tracer; car, pour passer du comité des acbatS; du grapdlivre, du maximum, aux plans victorieux de 1794, à la guerre civile de la Vendée, à Torganisation du comité de salut public, aux massacres de septembre et du tribunal révolutionnaire, à la mort héroïque des Girondins, au génie inconséquent mais si vaste de Dumouriez, au génie passionné de Danton, aux extravagances et aux ordures de Marat, à l'envie sombre et soufirahte de Robespierre, il faut une force, ude dextérité, une souplesse de talent, et une multiplicité de connaissances, qu'un seul homme a rarement et que j'ai moins que tout autre.»

Bravo ! dans le jeune écrivain on devine déjà l'habile ministre qui joue la guerre pour obtenir de^ bastilles autour de Paris. Comme cette feinte modestie est bien calculée! Si l'ouvrage ne réussit pas, ce n'est point étonnant, la tâche était rude et colossale, un jeune historien ne pouvait en venir à bout. Si l'on* vrage a du succès, quelle gloire! l'auteur est plein de force, de dextérité, de souplesse, il possède une multiplicité de connaissances qu'un seul homme a rarement. M. Thiers fait lui-même son apothéose, il se décerne les plus flatteurs éloges.

Ce troisième volume contient encore beaucoup de changé* ments ; tous sont faits dans le même esprit que ceux que nous avons relevés dans les précédents volumes.

Ce sont encore des citations modifiées et altérées. Membre de l'Académie française, M. Thiers ne se fait aucun scrupule de corriger les discours de Yergniaud, cet éloquent orateur de la Gironde.

Après le 10 août Vergniaud répondit aux pétitionnaires qui demandaient qu'on changeât lasuspensiondu roi en déchéance:

« Je suis charmé qu'on me fournisse l'occasion d'expliquer « l'intention de l'assemblée en présence des citoyens. Elle a « décrété la suspension du pouvoir exécutif, et a nommé une « Convention qui déciderait irrévocablement la grande ques- <( tion de la déchéance : en celajelle s'est bornée à ses droits, qui

« ne lui permettaient pas de se faire juge elle-même de la tt royauté, £t elle a pourvu au salut de l'État en mettant le « pouvoir exécutif dans Timpossibilité de nuire. Elle a satisfait . *< ainsi à tous les besoins en demeurant dans la limite de ses « pouvoirs (V'^y p. 11) ». Dans la sixième édition (v. II, p. 267- 268) on lit : en cela elle s'est renfermée dans ses pouvoirs et elle est demeurée dans la limite de ses attributions.

Ce soDt des excuses supprimées. Ainsi, M. Thiers, à propos des massacres de septembre, avait dit, en parlant des Girondins : « Ils ne pouvaient empêcher les excès qui se préparaient Ir*, p. 52; 6e, V. II, p. 303) » . Ces mots ont été retranchés.

Ce sont des éloges amoindris. Quand Yergniaud prend la parole pour la première fois dans le procès de Louis XVI, « on écoute avec un empressement et une attention extraordinaires, les Girondins s'exprimant par la bouche de leur plus noble et de leur plus éloquent orateur(l'*, p. 397; 6% p, 256) ». Dans la sixième édition le mot ar/cwrion est retranché, et les épithètes pius noble, plus éloquent sont remplacées par le terme vague de plus grand orateur.

Les députés des sections' réunis à THÔtel-de- Ville , le 10 août, « avaient tout l'emportement, Torgueil et l'énergie de la victoire(1*^*, p. 4; 6*, ir V., p. 261). L'orgueil et l'énergie ont été efïacés.

Le ministre Roland réclama contre les massacres de septembre, il « trouvait en lui la force stoïque, et dans sa femme cet élan généreux qui vole au devant de la bonne action périlleuse (!«% p. 84 6% Ile V., p. 331} ». Cette phrase a été supprimée dans la sixième édition.

En voyant la contenance tranquille de Louis XVI au moment où il était traduit à la barre delà Convention, « Saint- JuSt, Robespierre et Marat lui-môme sentent défaillir leur fanatisme (1'^, p. 360) >». M. Thiers a rendu ce passage bien plus injurieux pour Robespierre et Saint-Justen ne faisant plus de différence entreeux et l'ignoble Marat. cSaint-Just, Robespierre,

Marat sentent défaillir eux-mêmes leur fanatisme (6% p. 202) » Nous allons encore signaler quelques changements.

« Toutes les exhortations de Tôpouse de Roland suffisaient à peine pour exciter (Vergniaud) cet aùilète souvent oisifs souvent opposé aux imprudentes sailliet de ses amis (i", p. 150).»

« Merlin... député à la Législative, où il se lia inlimement avec les jacobins Chabot et Bazire {i'% p. i68). »

K Monge enfin, esprit see^ mathématique , éloigné des théories morales de la Gironde , trouvait plus de sûreté à suivre Pache , laissait, comme lui , envahir son administration par les jacobins ; et sans désavouer aussi lâchement ses bienfaiteurs, partageait cependant les éloges donnés à la modestie et à l'application du ministre de la guerre {V% p. 505). »

n Toutes les exhortations de l'épouse de Roland ne réussiraient pas toujours à éveiller cet athlète, souvent d^^oi2(^ des hommes , souvent opposé aux imprudences de ses amis (6-, p. i4). »

« Merlin.. r député à la Législative, où il se signala parmi les patriotes les plus prononcés (6* , p.

(c Monge enfin , esprit mathématique, patriote prononcé, peu disposé pour les théories un peu vagues des Girondins , suivait l'exemple de Pache, laissait envahir son ministère par les jacobins , et sans désavouer les Girondins auxquels il devait son élévation, recevait les éloges de leurs adversaires, et partageait la popularité du ministre de la guerre 6% p. ir»5). «

Dans la première édition, M. Thiers avait constamment écrit Falmi par un t. Depuis , ayant entendu beaucoup parler de ce combat, en 1830, il a adopté la vraie orthographe, Falmy, par un y.

Au commencement de cette brochure nous avons remarqué que l'auteur de VHistoire<^^ la Bévolution n'accordait aucuneimportanceà tout ce qui a précédé la convocation des États- généraux sous Louis Xyi. On dirait, enlisant son livre, que tout sentiment généreux, quetoutecivilisation, tout progrès, toute gloire ont commencé seulement à cette époque. La belle et brillante histoire de la France sous la royauté e$t, par lui , complètement négligée. Nous ne pouvions en connaître le motif. Heureusement M.Thiers, lui-même, nouslefaitdeviner. Ce motif: c'est une ignorance complètederhistoiredeFrance.M.Thiersrhistorien, journaliste ou ministre, ne connaît pals l'histoire de son pays. Nous

lisons dans toutes les éditions de son ouvrage. On se formait, à Paris, une fâcheuse opinion des opérations de Dumouriez dans rArgonne. « Cependant cette immense capitale, qui n'avait JAMAIS YU l'ennemi DANS SON SEIN, et qui sc faisait de sa propre puissance une idée proportionnée à son étendue et à sa population, se Ggurait difficilement qu'on pût pénétrer dans ses murs (1", p. 4T; 6% II v., p. 299). » Tous les bacheliers, M. Thiers, vous apprendront que Paris a été occupé par les Anglais, sous le régne d'Henri Y. Il n'est pas un homme du peuple qui ne connaisse ce tait. Il n'est donc pas un bachelier ou un homme du peuple qui ne puisse vous donner une leçon d'histoire.

Toutes les fois que notre auteur veut remonter aux événements qui ont eu lieu avant 1 789 , il commet des bévues énormes. En voici un dernier exemple \ il est tiré du même volume et du môme chapitre que le précédent. En parlant des horribles journées de septembre, la Saint-Barthélémy de la révolution, M. Thiersdit que Marat et Danton « formèrent un complot dont plusieurs siècles ont donné l'exemple, mais qui, à la Tm du dix-huitième, ne peut pas s'expliquer par l'ignorance des temps et la férocité des mœurs. « Le siècle de Louis XIY, siècle de notre belle littérature, siècle des belles manières qui nous ont valu une réputation européenne de courtoisie et de politesse, ne peut pas être rangé parmi les siècles d'ignorance et de férocité ; pourtant l'histoire de cette époque contient des pages toutes tachées de sang. Les dragonades sont venues jeter la consternation dans le pays. Ces tristes exécutions n'étaient motivées ni par l'exaltation qui régnait en 93, ni par un danger imminent, menaçant la France. J'ai horreur des massacres de septembre, loin de moi la pensée de les excuser; seulement je veux faire ressortir la nullité des connaissances historiques de M. Thiers.

IV' volume et suivant d^s deux éditions.

' Nous réunissons tous les volumes de V Histoire de la Révolution que nous n'avons pas encore examinés. lis ne contiennent plus quede légers et rares changements^ tous dans Tesprit qui a déterminé ceux que nous venons de relever. L'auteur, déjà dans la première édition , avait largement modifié ses idées en publiant le quatrième volume; on y lit à la page 44, à propos des assemblées des sections, après le procès de Louis XYI :

« Les anciennes créatures de la noblesse, les anciens domestiques des émigrés, tous les oisifs turbulents qui, entre les deux causes opposées, avaient préféré la cause aristocratique,se rendaient dans quelques sections, où une bourgeoisie honnête persévérait en faveur des Girondins, et se cachait derrière cette opposition raisonnable et sage pour combattre les Montagnards et TRAVAILLER EN FAVEUR DE L'ÉTRANGER 6^ de Toncten régime (6eiir v.,p.309). •

Après avoir parlé avec complaisance de cette bourgeoisie honnête travaillant en faveur de l'étranger , il n'est point étonnant que les passages trop bien pensés soient rares, et par conséquent , il ne devait plus y avoir de retranchements à faire.

Je crois pourtant devoirrelever un changement étrange et fort peu galant qui se trouve dans le sixième volume (lre> p. 357; 6, p. 109) :

« L'empressement des femmes est le symptôme de Fengouement ; il est complet dès qu'elles y concourent par leurs soins actifs , leurs discours, leurs adorations».

« L'empressement des femmes est toujours le symptôme le plus sûr de r engouement public. C'est ellei qui, par leurs soins actifs, leurs discours, leurs sollicitudes, se chargent d'y ajouter le ridicule. »

Qu'est-ce qui a motivé cette sortie contre les femmes ? Ce n'est pas pour améliorer le style que M. Thiers a fait ce chan^

gement. Nous trouvons dans la nouvelle édition une faute de français qui n'existe pas dans Tancien texte. Ce c'esi elles est bien malheureux

La comparaison de ces deux éditions de V Histoire de la Révolution française a mis tout le monde à même d'apprécier l'homme qu'un parti bâtard veut faire chef de l'opposition. Ministre ambitieux, il ne connaît seulement pas l'histoire de son pays. Sans idées arrêtées, sans convictions , se déballant contre son passé, cet homme abandonne la cause de la souveraineté du peuple pour se dévouer au pouvoir. S'il feint d'être indépendant, s'il fait résonner bien haut les mots d'honneur national f ce n'est que pour entourer la capitale de bastilles. Toutes les fois qu'il parle de liberté, c'est un piège qu'il tend , c'est une comédie qu'il joue. Assez de fois la France s'est laissée prendre à cet indigne stratagème. Les hommes vraiment désireux de défendre la cause du peuple doivent donc repousser toute alliance avec M. Thiers. Qu'ils aient foi en la justice de leur cause et en leurs propres forces.

H vient de paraître, à Parisj n. H, rue Neuve-Saint-Marc, une publication mensuelle écrite avec bonne foi et conviction. Son titre, L*ami du peuple » prouve qu'elle est franchement démocratique*

Un numéro par mois, de 64 pages. Chaque numéro contient un long article complet, occupant environ 50 pages; quelques faits, quelques observations; et un tableau mensuel de Tétat moral et politique des divers pays.

Le premier numéro de chaque année, c'est-à-dire celui de septembre, sera double, 128 pages-, il renfermera un calendrier, une revue des événements de Tannée, et des articles divers; ce sera un vrai almanach.

L'ami du peuple est, à proprement parler, une série de brochures sur les questions les plus actuelles et les plus inté* rossantes. Sa rédaction est conGée aux hommes indépendants les plus distingués.

Deux volumes par an, avec titres et tables.

Prix d'abonnement ; 6 fr. par an pour Paris, 7 (t. pour les départements. Chaque numéro pris séparément, 5o centimes, 60 centimes par la poste.

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