CHAPITRE XL
J.'eus , pendant ma résidence chez M. Courtenay , occasion de tuer plusieurs panthères. On croyait que depuis plus de vingt ans ces farouches animaux avaient entièrement quitté le pays. Un grand nombre de dindons, d'agneaux et de petits cochons avaient récemment disparu dans le voisinage, et, pensant que le maraudeur était quelque chat-tigre venu du sud, nous avions fait plusieurs battues dans les ronces et dans les champs •de roseaux; mais n'ayant rien trouvé, M; Courtenay en avait conclu qu'une bande de nègres marons rôdait dans les environs, et avait ordonné qu'à l'avenir on fit bonne garde pendant la nuit.
Il arriva qu'un jour toute la famille fut invitée à un mariage qui avait lieu de l'autre côté de
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ta rivière; n'ayant pas de vêtements convenables pour une telle cérémonie , je restai à la maison, et à midi moulai à cheval et partis seul a toute la meute pour l'aire une battue. Bien (pie la chaleur fût étendante , le venl était très fort, et son mugissement à travers les roseaux m'empêchait d'entendre l'aboiement des chiens. Arrivé à une de nos haltes précédentes, éloignée d'environ quinze milles , je m'étendis par terre et laissai paître mon cheval. Je fumais ma pipe depuis une demi-heure quand je vis toute la meute sortir des ronces et se précipiter au milieu des roseaux, en passant à vingt mètres de moi ; j'étais sur qu'elle ne .courait pas après un ours ou un daim, et, ayant remarqué qu'il y avait un sentier dans le champ de roseaux , je sautai en selle et suivis la chasse , en me demandant ce que ce pouvait être : l'animal , s'il eût appartenu à aucune des petites espèces félines, se serait tenu dans les ronces où les chiens n'auraient pas pu l'attaquer.
Je cheminai rapidement jusqu'à un marécage planté de grands cyprès, de l'autre coté duquel j'aperçus à travers les clairières un au,tre champ où les roseaux étaient plus élevés et beaucoup plus épais. J'attachai mon cheval en lui donnant toute la longueur du lasso afin qu'il pût brouter les jeunes feuilles des roseaux, pris mon couteau bow ie et ma carabine , et entrai dans le mai ï. en suivant la piste des chiens. Arrivé à l'autre
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champ de roseaux , j'entendis devant moi les aboiements furieux de toute la meute qui était évidemment en arrêt ; je ne pouvais me diriger que par le bruit, car il m'était impossible de rien voir ; les roseaux étaient si élevés et si épais que ce fut avec une peine inouïe que j'arrivai à une vingtaine de mètres des chiens; je reconnus que je m'approchais de nouveau d'un marécage aux roseaux qui s'éclaircissaient de plus en plus, et , levant les yeux , j'aperçus non loin de moi un gros arbre à- coton , au pied duquel les chiens étaient probablement arrêtés; mais je ne pouvais pas les voir ; je me mis à examiner avec soin les branches supérieures de l'arbre pour m' assurer qu'elles ne recelaient pas quelque chat-tigre ; n'ayant pu rien découvrir, je coupai les roseaux à droite et à gauche, et m'avançai de dix autres mètres ; alors seulement j'aperçus, à ma grande surprise, à trente pieds au-dessus de ma tête, une grosse panthère qui serrait le tronc de l'arbre entre ses énormes pattes, et jetait des regards irrités sur les chiens groupés au-dessous d'elle.
J'aurais voulu me retirer, mais je n'osai pas de peur que le moindre bruit n'attirât l'attention de l'animal de mon côté et qu'il ne s'élançât sur moi de sa position élevée. Les aboiements des chiens devinrent de plus en plus bruyants ; je levai deux fois ma carabine mais, je ne tirai pas: mes nerfs étaient trop agités et mes bras tremblaient ; je fi-
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nis , toutefois, par me calmer , et, réfléchissant qu'il y avait dans la meute des chiens qui auraienl presque pu combattre corps à corps le terrible animal, j'appuyai mon arme contre un gros roseau et fis feu. J'avais bien visé : bien qu'elle ne fut pas tuée du coup , la bète tomba mortellement blessée; les chiens se précipitèrent sur elle , elle s'en débarrassa par une violente secousse et tenta de regrimper sur l'arbre; c'était au-dessus de ses forces , après deux bonds inutiles , elle chercha à se glisser parmi les roseaux; les gros chiens revinrent alors à la charge, et le monstre , qui perdait rapidement la vie avec son sang , n'opposa plus aucune résistance. Je n'avais pas eu le temps de recharger ma carabine qu'il était mort.
Quand je m'approchai, toute la meute était sur le cadavre, excepté une petite chienne noire, qui menait presque toujours la chasse, et que je vis s'élancer à travers les roseaux, le nez rasant la terre et la queue pendante. La panthère était une femelle très maigre, de la plus grande taille; je reconnus à ses mamelles qu'elle avait un petit qui ne pouvait pas être loin, et je tentai d'engager la meute à suivre la chienne; mais je ne pus y parvenir : tous les chiens étaient tellement occupés à déchirer la victime et à boire son sang, qu'il eût été dangereux d'employer la force pour les faire marcher. Je restai donc , durant dix minutes au moins, à les regarder et à attendre qu'ils en
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eussent assez. Tout à coup, j'entendis un aboiement , un rugissement et un cri plaintif. Je pensai d'abord que le petit avait été découvert; mais, comme les chiens partirent au grand galop, et continuèrent la chasse pendant plus de vingt minutes, je me convainquis bientôt que ce devait être quelque nouvelle bête , ours ou sanglier. Je suivis , et je n'avais pas fait cinquante pas , qu'un grand bruit dans les roseaux m'avertit que l'animal poursuivi revenait sur sa piste, et que j'aperçus, à vingt mètres de moi, la chienne noire morte et horriblement déchirée.
J'étais sur le point de m' avancer vers elle, quand le bruit s'approchant de plus en plus , je me jetai derrière un petit massif de ronces. A peine y étais-je, qu'une autre panthère s'élança hors des roseaux.
Jamais je n'avais vu un animal aussi terrible et en même temps aussi majestueux, (l'était un mâle : ses mâchoires étaient couvertes de sang et d'écume; sa queue fouettait l'air, et parfois il regardait résolument derrière lui , comme incertain s'il devait fuir ou combattre ceux qui le poursuivaient. Ses yeux se dirigèrent à la fin vers l'endroit où était la chienne, et, d'un seul bond, il sauta de nouveau sur le cadavre, qu'il roula sous ses pattes jusqu'à ce qu'il ne fût plus qu'une masse informe.
Tandis que l'animal furieux était ainsi à vingt
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mètres de moi, j'aurais pu le tirer : mais je n'< le faire en l'absence des chiens. Peu après, ils sortirenl tirs roseaux : le mopstre ('('rasa d'un seul coup de patte un jeune chien plein de feu, (jui était un peu en avant des antres, gagna en quelques bonds un gros arbre sur lequel il grimpa, et, arrivé à une hauteur de vingt pieds, s'arrêta, et répondit aux aboiements des chi« c un
ndcinent aussi bruyant (fue celui du tonnerre.
Je fis feu, et, cette fois, la mort fut instantanée: ma balle avait crevé l'œil et pénétré jusqu'à la cervelle. L'animal, dans ses dernières convulsions, se cramponna à l'arbre: puis, ses pattes lâchèrent prise , et il tomba pesamment.
Le soleil était déjà couché, et, ne voulant pas perdre du temps à écorcher la bète, je me contentai de couper sa longue queue, que je m'attachai comme trophée autour du corps. Mes aventures, toutefois, n'étaient pas encore termin car, pendant que je traversais le champ étroit de roseaux qui me séparait de l'endroit où gisait le cadavre de la panthère femelle, les chiens donnèrent de nouveau de la voix, et, trois minutes après, ils avaient dépisté une autre bête. La nuit s'avançait rapidement, et je commençais à être alarmé. Jusqu'alors tout m'avait réussi : j'avais tué d'un seul coup un ennemi terrible, que le chasseur le plus audacieux, quand il est seul,
n'ose pas attaquer; mais aurais -je le même bonheur dans une troisième rencontre? C'était plus que je ne pouvais espérer, et, d'ailleurs, comment viser dans l'obscurité? Je laissai donc les chiens aboyer tant qu'ils voulaient , et cheminai vers ma première victime , dont je coupai aussi la queue , comme preuve de ma prouesse. Ce faisant , je réfléchis que, s'il y avait beaucoup d'autres panthères dans le couvert, il serait très imprudent de retourner seul à l'endroit où j'avais laissé mon cheval; et, en conséquence, je m'assurai du bon état de ma carabine, et allai rejoindre les chiens. Arrivé près d'eux , je vis une autre panthère , mais celle-là n'était pas dangereuse : c'était un petit qui s'était réfugié, à quinze pieds au-dessus de terre , sur un arbre dont le tronc , frappé par la foudre, avait été brisé à environ trois mètres de ses racines ; le sommet de la partie brisée , sur laquelle était la bête, était engagé dans les branches d'un autre arbre.
La queue de l'animal pendait et les chiens sautaient pour tâcher de l'attraper ; le petit semblait enchanté, miaulait de plaisir, et tantôt descendait, tantôt montait comme pour inviter ses compagnons de jeu à le suivre. J'éprouvais une grande répugnance à tuer un animal si gracieux et si folâtre ; mais j'y fus forcé , autrement je n'aurais pas pu emmener les chiens. Je le tuai
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donc, et après l'avoir attaché autour de mon cou, je me mis à chercher avec la plus grande anxiété le lieu où j'avais laissé mon cheval.
Il n'y a presque pas de crépuscule en Amérique, surtout dans le printemps. Plus je me pressais, moins j'avançais; je me perdis, je m'embourbai dans une fondrière, et je m'écorchai les mains et la figure dans les ronces, et ce ne fut qu'après une heure de la marche la plus pénible que j'entendis enfin les bruyants hennissements de mon cheval, impatient de sa longue solitude. Bien que je ne fusse éloigné de la maison que de dix-huit milles, et que la route fût parfaitement sûre, je m'arrangeai de manière à me perdre trois ou quatre fois, et, pour en finir, je jetai la bride sur le cou de mon cheval et m'en rapportai à son instinct pour me tirer d'embarras.
Il était près de minuit quand j'arrivai aux barrières de la plantation de M. Gourtenay, et je fus très étonné de voir briller des torches de tous les côtés. Je parcourus l'avenue au galop, et appris d'un nègre que la famille était revenue à la maison depuis longtemps, et que le souper avait été servi comme d'habitude à huit heures ; qu'on m'avait attendu avec la plus vive anxiété, et que M. Courtenay, craignant qu'il ne me fût arrivé quelque malheur, avait résolu d'aller lui-même à ma recherche avec la plus grande partie de ses
nègres. Laissant mon cheval à l'esclave, je courus vers la maison où les chiens avaient déjà annoncé mon arrivée. La famille vint sous le portique pour me recevoir, et me demanda simultanément la cause de ma longue absence.
» J'ai attrapé les voleurs , répliquai-je en m' approchant du groupe, je les ai tués, et j'ai perdu deux chiens; voici mes dépouilles opimes.»
Mon hôte fut stupéfié : chasseur comme il l'était, il pouvait juger de la grandeur des animaux par les signes que j'avais apportés. Le fait était si remarquable qu'il voulut absolument partir cette nuit même avec ses nègres pour écorcher les bêtes, et, après avoir soupe à la hâte, il nous quitta pour exécuter son projet. Je racontai mes aventures à mon aimable hôtesse et à sa nièce, et j'eus la satisfaction de voir que mon récit excitait des émotions qu'on n'éprouve que pour les personnes auxquelles on porte le plus vif intérêt.
Le bruit de mon aventure se répandit, et pour convaincre les fermiers du voisinage, il fallut leur montrer les peaux de mes victimes. Les gazettes de l'ouest parlèrent de mes exploits, et pendant deux mois au moins je fus tout-à-fait un lion.
Peu de jours après cette chasse singulière, la Caroline, le plus beau et le plus grand bateau à vapeur du Mississipi, se heurta contre un snag (1),
(1) Snwj , signifie littéralement i bosse ; nœud , chicot.
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en descendant le fleuve, et coula immédialcnient à fond. Heureusement l'eau était très basse, et les ponts supérieurs ne furent pas submergés. Des secours arrivèrcni des plantations voisines, et on eut bien/tôt débarqué tous les passagers sains et saufs, mais trois cents moutons, cenL codions, quatre-vingts vaches et douze chevaux, furent abandonnée à leur malheureux sort. Ces pauvres hèles luttant contre le courant rapide et regardant vers le rivage, comme pour implorer assistance, faisaient vraiment peine à voir.
Un cochon , deux vaches et cinq chevaux furent les seuls qui parvinrent à gagner la terre ; les autres disparurent sous les coups réitérés du poisson gar et d'autres monstres, ou, emportés par le fleuve , allèrent servir de pâture aux alligators et aux cawanas du sud.
Très peu des objets embarqués étaient assurés, et des centaines de tonneaux de tabac du Missouri et de barils de farine du Kentuckey furent plusieurs jours après recueillis par les naufraf/eurs de l'Arkansas et du Ténessée. Les marchandises ainsi perdues par naufrage sur le Mississipi sont rarement revendiquées ; presque toujours leurs propriétaires, à la nouvelle du sinistre, ramassent tout l'argent qu'ils peuvent, s'enfuient
On donne ce nom en Amérique à un tronc d'arbre isolé, deveuu stationnaire au fond d'une rivière.
changent de nom, et entreprennent de nouvelles spéculations dans un autre état.
M. Gourtenay reconnut parmi les passagers plusieurs de ses amis qu'il s'empressa d'inviter à venir loger à la maison. Des abris temporaires furent construits pour les autres naufragés , en attendant que quelque bateau à vapeur pût les emmener. La catastrophe avait été si soudaine qu'on n'avait sauvé aucun bagage. Plusieurs Anglais qui voyageaient pour acheter du coton et des minéraux perdirent des sommes considérables. Quant aux Américains, bien qu'ils se plaignissent à grand bruit, et qu'ils jurassent d'intenter une action contre le fleuve , contre le bateau à vapeur, contre tout le monde, pour je ne sais combien de millions de dollars , leurs pertes étaient insignifiantes, attendu qu'un homme, dans les États occidentaux, à l'habitude de porter tout son argent dans son portefeuille et dans sa poche , et que tout son bagage consiste dans une valise longue de deux pieds, laquelle contient une chemise , deux chemisettes , trois jabots , un rasoir et une brosse qui lui sert pour ses cheveux, pour ses habits, pour ses bottes, et peutêtre pour ses dents.
L'énumération des pertes que chacun prétendait avoir faites était vraiment amusante à entendre ; il n'y avait pas un seul voyageur, même parmi ceux qui avaient pris passage sur le pont
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qui n'eût perdu de dix mille à cinquante mille dollars, avec lesquels il allait acheter une plantation de coton, un bateau à vapeur, on toute une cargaison de bigarres de la Havanne , et ce qui ajoutait au 1 nrlesque de la scène, c'était la facilité avec laquelle chacun trouvait un témoin pour attester sa perte. « J'avais cinq mille dollars s'écriait l'un, demandez au général, il vous dira si c'est vrai. — « C'est vrai , aussi sûr que je suis un honnête homme, répondait le général, et la preuve , c'est que j'ai troqué avec le juge mes billets de banque de l'est contre les siens du sud. »
Il serait impossible de donner une idée des nombreuses escroqueries dont un bateau à vapeur du Mississipi est le théâtre. J'en mentionnerai une comme spécimen. Un prédicateur ambulant , bien connu sur les deux rives et dans toute la longueur du fleuve pour être un fripon, avait Thabitude, avant d'avoir été envoyé au pénitentiaire pour filouterie , de vivre confortablement à bord des bateaux à vapeur, sans jamais rien payer. A Saint-Louis, il se faisait inscrire pour la Nouvelle-Orléans, et, comme dans l'ouest, on ne paie le prix du passage qu'à l'arrivée , il descendait à terre à Vicksburg , à Natches, à Bayou , à Sarah ou à toute autre station intermédiaire ; puis , s'embarquant sur un autre bateau à destination de l'Ohio, il prenait sa place jus-
qu'à Louisville et débarquait à Meinphis. Il n'avait pour tout bagage qu'un parapluie vert en coton ; mais afin d'endormir tout soupçon, il s'arrangeait toujours de manière à voir le capitaine ou le commis à leur bureau , et leur demandait confidentiellement s'ils connaissaient le passager qui couchait au-dessus de lui , si c'était une personne respectable, chose dont il lui importait beaucoup d'être instruit , attendu que ses malles contenaient des sommes considérables qui lui avaient été confiées par diverses sociétés. La conséquence était que, le croyant riche , le capitaiue et les officiers avaient pour lui les plus grandes attentions, et l'invitaient à boire avec eux. Quand il disparaissait , ils exprimaient les plus vifs regrets d'avoir été obligés de laisser le monsieur en arrière , et espéraient le voir à Saint-Louis, à la Nouvelle-Orléans ou à Louisville, ou du moins qu'il leur écrirait pour réclamer ses malles; mais ils ne tardaient pas à reconnaître qu'on n'avait pas laissé de malles, qu'aucune n'avait été apportée à bord, et qu'ils avaient été dupés par un adroit aigrefin.
En moins de vingt-quatre heures, presque tous les naufragés furent embarqués sur d'autres bateaux ; mais ceux qui avaient été invités par M. Courtenay différèrent leur départ de quelques jours pour assister à une grande partie de pêche qui devait avoir lieu sur le lac. Parmi les
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nouveaux hôtes se trouvaient des plan leurs du sud et des courtiers anglais en coton. I p de ces derniers avait demeuré quelque temps à Viuvoo et savait beaucoup d'anecdotes amusantes sur les Mormons. J'en choisis, dans le nombre, une qui est l'avorte me ut d'un miracle de la façon de Smith.
Sur la fin d'un beau jour d'été, un homme d'un aspect vénérable se présenta à la porte d'un fermier de l'iow ay, et demanda l'hospitalité pour la nuit. Elle lui fut accordée sur-le-champ et on lui servit un bon souper.
Le repas terminé, le fermier ,qui paraissait être un vieillard jovial, fantasque et rusé, causa pendant plusieurs heures avec l'étranger. €elui-ci, bien qu'il semblât souffrir beaucoup d'esprit et de corps, répondait civilement et gracieusement à tout ce qu'on lui disait, comme s'il eût été désireux de plaire à son hôte. A la fin, cependant, il demanda à se retirer , s'excusant sur sa fatigue et son indisposition, et. ayant été conduit à la chambre qu'on lui avait préparée, il se mit au lit.
Vers le milieu de la nuit , le fermier et sa famille furent réveillés par des gémissements épouvantables qu'ils reconnurent provenir de la chambre du voyageur. Étant allés voir ce qu'il avait, ils le trouvèrent horriblement malade , poussant les cris les plus lamentables , et en proie à des douleurs si aiguës qu'il paraissait ne pas s'aperce-
voir de ce qui se passait autour de lui. Rien de ce que l'expérience et la charité peuvent suggérer ne fut négligé pour le soulager; mais tous les efforts furent vains , et il expira au bout de quelques heures à la grande consternation du fermier et de sa famille.
De bonne heure dans la matinée , deux voyageurs frappèrent à la porte et demandèrent à se rafraîchir. Le fermier dit qu'il leur offrirait volontiers l'hospitalité, mais que, dans ce moment, sa maison était dans la plus grande confusion; et il leur raconta la mort de l'étranger. Les nouveaux venus parurent très surpris et très affligés du malheur arrivé au pauvre homme , et demandèrent poliment la permission de voir le cadavre. Le fermier naturellement y consentit, et les conduisit à la chambre du mort. Après avoir regardé celui-ci en silence durant quelque minutes, le plus âgé des voyageurs dit gravement qu'ils étaient des anciens de l'Église de Jésus-Christ , des saints des derniers Jours , qu'ils avaient reçu de Dieu le pouvoir de faire des miracles et de ressusciter les morts , et qu'ils étaient sûrs de rendre à la vie le cadavre gisant devant eux.
Le fermier fut grandement étonné en apprenant la qualité et la puissance des personnes qui lui parlaient , et il leur demanda d'un air rien moins que crédule si elles étaient bien sûres de pouvoir faire ce qu'elles promettaient.
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— a Certainement î il n'y a pas de doute. Le Seigneur nous a expressément envoyés pour faire des mira* les, afin de prouver la vérité de la mission du prophète Joseph Smith, et des livres et doctrines qui lui ont été révélés. Envoyez chercher (ous vos voisins, afin que nous puissions ressusciter le mort en présence d'une multitude, et que le Seigneur et son église puissent être glorifiés par tous les hommes. »
Le fermier , après avoir un peu réfléchi , consentit à laisser faire les étrangers, et, selon leur désir, envoya ses enfants à ses voisins, qui, attirés par l'espoir de voir un miracle, accoururent en foule à la maison.
Dès que tout le monde fut rassemblé , les Mormons se mirent à l'œuvre. Us s'agenouillèrent devant le cadavre, et, levant les yeux et les mains vers le ciel , entonnèrent une prière de toute la force de leurs poumons. Dans ce moment le fermier, frappé d'une idée soudaine , quitta silencieusement la maison , et resta absent pendant quelques minutes. A son retour, il se plaça près du lit et attendit patiemment que la prière fut terminée et que les anciens se disposassent à accomplir leur miracle. Il leur dit alors avec le plus grand respect que, s'ils voulaient bien le permettre, il leur adresserait quelques questions relatives au prodige qu'ils allaient opérer. Les Mormons ayant répondu qu'ils n'avaient rien à