‹ Ma biographie (volume 3)Chapitre 78 sur 89 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Note Cl. — Au vers :

Allez, enfants, nés sous un autre règne.

Béranger voulait annoter toutes ses chansons, comme il

* Voy. Ma Biographie, p. 77.

l'avait fait pour le recueil de 1821 . Il a seulement laissé deux notes placées au dernier feuillet du tome 11 de l'édition de 1821; elles se rapportent au troisième volume, qu'il publia en 1825 (Chansons nouvelles, in-18, imprimerie de Plassan), et qu'il avait fait précéder d'une chanson-préface. {Note de VÈditeur.)

Ce volume n'eut point le sort des précédents ni de celui qui l'a suivi : on ne poursuivit point l'auteur. Il est vrai que ses libraires lui firent tant de chicanes sur les chansons dont il le composa, que, malgré son opiniâtreté, il fut obligé de céder quelquefois à leurs craintes et à leurs prières. Béranger n toujours soupçonné que l'un d'eux communiqua le manuscrit à la police. Il avait d'ailleurs prévu que H. de Villèle, toutpuissant alors, ne se soucierait pas de donner par un procès du relief à la publication. C'était au commencement du règne de Charles X, à qui on voulait faire une espèce de popularité : un procès fait à des chansons eût été une grosse maladresse. On prit donc ses mesui'es d'avance, et grand nombre de suppressions furent demandées par le libraire en question. Il en est une, entre autres, qui fut l'objet d une longue négociation : il s'agissait de faire disparaître le couplet d'envoi à Manuel qui termine la chanson des Esclaves gaulois. L'auteur fut inflexible, et le couplet resta.

Ce qu'il y eut de particulier, c'est que, Béranger ayant refusé de retrancher plusieurs vers dans différentes autres chansons, il fut obligé de se déclarer éditeur du volume, et que c'est à ce titre que le dépôt en fut fait sous son nom à la direction de la librairie.

Le libraire et l'imprimeur, de leur autorité privée, n'en firent pas moins disparaître ces cinq ou six vers dans une moi-

lié de réditioii; il en résulta saisie d exemplaires cl procès (K)iir vice de faillie, procès qui eût dû élre bit à l'auteur, éditeur déclaré; mais le parti était pris, celte fois, de ne pas le tourmenter, et il ne fut question que de l'imprimeur en pre» inièi*c instance et en appel, tandis que c'était l'éditeur qui, dans les règles, eût dû être mis en cause. Certes, si le ministre tout-puissant n'eût pas doimè le mot d'ordre, l'affaire ne se fût point passée ainsi ; mais H. de Villèle n'avait point besoin, pour faire valoir son royalisme, de tracasser un pauvre auteur. Béranger l'avait prévu, et, conune il avait habitude de proportionner son attaque au danger qui en pouvait résulter, C(»tte prévision ne contribua pas peu à le rendre plus facile aux exigences de ses libraires, pour les passages de ce volume où il ne vit pas une nécessité de résister aux craintes dont ils étaient obsédés. Au reste, ces corrections furent en très-petit nombre, et le volume, tel qu'il panil, suffit bien ])our prouver que la prison n'avait pas éteint dans le chansonnier les sentiments qui lui avaient mérité l'honneur d'une condaimiation. Aussi les journaux ultra ne manquèrent-ils point de le dénoncer de nouveau à l'animadversion du parquet et des juges; mais, malgré les plaintes des royalistes, le libraire seul eut un peu à souffi-ir du zèle de MM. les magistrats. {Note de Déranfjer,)

.\OTK CM.

Au commencement du règne de Charles X, bon nombre de généraux de l'ancienne armée et quantité de libéraux de tiibune et de journaux se persuadèrent ou voulurent persuader à la nation que l'époque était arrivée d'un rapprochement entre elle et le ti^ne légitime. Béranger ne tomba

DE BÉRAiNGER. ÔOt)

^as dans celle erreur; mais il voulut la constaler dans cette Préface. Au quatrième couplet, il indique ce qu'on devait redouter le plus, c'est-à-dire le jésuitisme. Par le dernier couplet, on peut juger qu*il n'était pas complètement rassuré sur Jes bonnes intentions de l'autorilé à son égard. Au reste, cette préface était propre à détourner les coups qui pouvaient le «nenacer. (Note de Béranger.)

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