SI J'ETAIS PETIT OISEAU
Note LXXI. — Au titre.
Cette chanson précéda VAme et le Dieu des bonnes gens. Elle est une des premières dans lesquelles Béranger s'essaye à poétiser le genre qui commençait à l'occuper uniquement. Elle eut d'abord peu de succès ; aussi fut-il frappé d'un mot qu'en l'entendant lui dit M. Jay, l'auteur de l'Histoire de Pdchelieu : « Courage ! voilà de la poésie, vous avez encore mieux que cela dans la tète. »
Béranger devait sans doute croire qu'il avait mieux que cela, lui qui, dès l'âge de vingt ans, avait rêvé les plus grands travaux littéraires, et qui, bien que sachant à peine l'orthographe, s'étaitparticulièrement occupé de ce qu'on appelle haute poésie. Mais il fut longtemps à craindre que la chanson ne pût rendre toutes les pensées et tous les sentiments. Son erreur venait de ce qu'il laconsidérait comme un genre, tandis qu'elle est toute une langue. (Note de Béranger.)
LE BON YIEILLARI»
Note LXXII. — Au vers :
J'ai bu jadis avec le bon Panard.
Panard estun des noms que les chansonniers ont dû répéter le plus souvent. Le premier peut-être il a soumis la chanson à
une correction étudiée et à une grande richesse de rimes. 11 a commencé à rendre ce genre difficile pour les simples amateurs. C'est cependant plutôt un coupletteurhabile qu'un vrai poète. Panard se meut dans un cercle d'idées très-étroit et il ne fît jamais de la chanson ni un petit drame ni un tableau. Gallet, moins connu, moins cité, lui est peut-être supérieur sous ce rapport.
Les Mémoires deMarmontel contiennent difiorents passages sur Panard qui le font aimer, et donnent lieu de croire que, 'fràce à une douce indifférence, ce chansonnier dut vivre heureux. {yote de Béranger.)
Voici un extrait curieux du livre lY des Mémoires de Mar-
montel que cite Béranger.
« Ce vaurien (Gallet) était un original assez curieux à connaître.
« C'était un marchand épicier de la rue des Lombards, qui, plus assidu au théâtre de la foire qu'à sa boutique, s'était déjà ruiné lorsque je le connus. Il était hydropique, et n'en buvait pas moins et n'en était pas moins joyeux : aussi peu soucieux de la mort que soigneux de la vie, et tel qu'enfin dans la misère, dans la captivité, sur un lit de la douleur, et presque à l'agonie, il ne cessa de faire un jeu de tout cela.
« Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous les jours des mémoires de créanciers : « Me voilà, disait-il, « logé au Temple des mémoires. » Quand son hydropisie fut sur le point de l'étouffer, le vicaire du Temple étant venu lui administrer l'extréme-onction : «Ah! monsieur l'abbé, lui « dit-il, vous venez me graisser les bottes ; cela est inutile, car « je m'en vais par oau. » Le même jour il écrivit à son ami Collé, et, en lui souhaitant la bonne année par des couplets sur
l'air : Accompagné de plusieurs autres, il terminait ainsi sa dernière gaieté :
De ces couplets soyez content :
Je vous en ferais bien autant Et plus qu'on ne compte d'apôtres ; Mais, cher Collé, voici i'instant Où certain fossoyeur m'attend/ Accompagné de plusieurs autres.
« Le bonhomme Panard, aussi insouciant que son ami, aussi oublieux du passé et négligent de l'avenir, avait plutôt, dans son infortune, la tranquillité d'un enfant que l'indifférence d'un philosophe. Le soin de se nourrir, de se loger, de se vêtir, ne le regardait point ; c'était l'affaire de ses amis, et il en avait d'assez bons pour mériter cette confiance. Dans les mœurs, comme dans l'esprit, il tenait beaucoup du naturel simple et naïf de la Fontaine. Jamais l'extérieur n'annonça moins de délicatesse ; il en avait pourtant dans la pensée et dans l'expression. » [Note de V Éditeur.)