ACTE TROISIÈME
RAOUL
MADAME BERLANDET.
Elle a appris aujourd'hui même, comment, je n'en sais rien... Elle a appris que vous aimez une autre femme.
RAOUL
L'aimé-je vraiment?
MADAME RERLANDET.
« C'est comme cela ? a-t-elle déclaré. Eh bien, puisqu'il en aime une autre, je vais partir!... » Et tout à l'heure, à minuit, elle va prendre le train.
Quel train ?
MADAME BERLANDET.
Je ne sais pas.
RAOUL
Comment, vous ne savez pas...
MADAME BERLANDET.
Non, je ne sais pas... je peux vous dire qu'elle va prendre le train parce que ça, je le sais, mais je ne peux pas vous dire quel train elle va prendre, parce que ça, je ne le sais pas.
RAOUL
Mais je ne veux pas, moi... elle n'a pas compris... Elle a eu tort de désespérer... il est vrai qu'aujourd'hui je ne pouvais pas... mais plus tard... mais demain, c'était elle... Savez-vous ce que vous allez faire ?
MADAME BERLANDET.
Je vais faire ma couverture, parce que voilà qu'il s'en va sur les onze heures.
RAOUL
Non, vous n'allez pas faire votre couverture, vous allez courir chez mademoiselle Riquette.
MADAME BERLANDET.
Et elle nie flanquera à la porte pour m'apprendre à me mêler de ce qui ne me regarde pas... il n'y a qu'une personne capable de l'empêcher de partir... 11 n'y en a qu'une, vous m'entendez bien ?... et cette personne, c'est vous.
Moi?
Vous !
MADAME BERLANDET.
RAOUL
Mais, je ne peux pas, j'attends ici... Voyons... j'ai ma voiture... il n'est que dix heures et demie... la jolie madame Champcourtier ne viendra certainement pas avant onze heures... j'ai le temps d'aller et de revenir...
MADAME BERLANDET.
Moi, à votre place, je me tâterais, mais je me tâterais vite... si vous devez y aller, il est inutile de perdre du temps à vous demander si vous irez ou si vous n'irez pas.
RAOUL
Vous avez parfaitement raison ; j'y vais.