‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 104 sur 200 · I. Rhumatisme articulaire · texte numérisé non relu

I. Rhumatisme articulaire

Un monsieur se présente. Il a l'air malade. Des peines diverses et inconnues ont imprimé sur ses traits une profonde tristesse. Au premier abord je me dis que cet homme souffre ou a souffert beaucoup. Son teint maladif est d'un jaune de mauvais augure,

sa tête n'a plus guère de cheveux (à peine la vingtième partie d'autrefois). Lui-même n'a pas encore 40 ans; c'est un modèle de l'homme sérieux et calme, mais aussi, comme je l'ai dit, un martyr.

Voici ce qu'il me relate : «Jadis j'étais pris souvent de douleurs dans le bas-ventre avec de fortes coliques et la diarrhée. Plus tard j'eus une maladie des reins, comme disaient les médecins. Quand les douleurs indicibles se faisaient sentir, je tournoyais comme un fuseau, comme une toupie. Au bout de plusieurs années je perdis cette infirmité, mais j'eus, par contre, un rhumatisme articulaire. On aurait dit que toutes mes anciennes douleurs ensemble s'étaient rejetées dans mes membres, et que chaque membre en particulier avait sa torture spéciale. J'ai employé beaucoup de médicaments; mais la fin de tout cela ne fut jamais le soulagement ; l'ancien mal persistait toujours. Grâce à de grands efforts et à de grands sacrifices, je pus vaquer à mes occupations ordinaires jusque dans ces derniers temps ; je ne me suis plaint à personne, puisque personne ne me comprit, pas même le médecin. Un seul sait tout ce que j'ai enduré, c'est Celui qui a promis la couronne à ceux qui souffrent. J'aurais peut-être à ajouter un mot encore, c'est que j'avais une sueur sèche aux pieds; les remèdes, employés sur le conseil d'autrui, la firent disparaître, mais je ne m'en trouvai pas bien. J'ai également, sur le désir du médecin, pris des bains d'eau minérale ; mais ils firent empirer le mal. Ce qui m'était plus pénible que toutes ces souffrances, c'est qu'aux yeux des autres — je le constatais souvent — toute cette histoire n'était pas si terrible, que mon excessive sensibilité y jouait un grand rôle, et que je devais me surmonter et passer

par- dessus ces bagatelles. Souffrir sans trouver de compassion nulle part, c'est souffrir doublement.»

Ce récit, cher lecteur, a duré longtemps ; mais il est vrai et instructif. Ne soyons jamais durs et injustes envers les malades ! Un caractère d'une bonne trempe ne va pas tout à coup et sans raison se lamenter comme un poltron.

Qui pourrait bien nous indiquer la racine de tous ces maux, nous faire voir l'intérieur de ce corps si malade? Le secret n'est pas difficile à deviner. Le malade lui-même nous a donné les prémisses dans son exposé; nous n'avons qu'à en tirer la conclusion. Le teint jaune, les coliques fréquentes, la sueur des pieds refoulée, tout cela nous fait conclure à un élément morbifique qui, semblable à un serpent dans sa cachette, guettait dans les profondeurs du corps, dardait parfois sa langue et sifflait, mais qui maintenant, dans la dernière attaque, se jette sur sa proie, c'est-à-dire saisit tous les membres et les infecte de son venin jusque dans les articulations et la moelle des os. Ce n'est pas non plus sans raison que les cheveux tombent d'une tête bien conditionnée : un ouragan interne doit les secouer, comme le vent d'automne secoue des arbres les feuilles fanées et desséchées ; ou bien un virus quelconque ronge et tue leurs racines.

Une guérison sérieuse ne sera possible que quand ce virus, qui a tout rongé, sera éliminé et que le corps sera si bien fortifié qu'il ne permette plus à des humeurs aussi funestes de prendre le dessus. C'est avec la mort-aux-rats que l'on détruit les rats. Dans quelle droguerie acheter le contre-poison que nous opposerons au poison de notre cas particulier? Plus d'un le paierait à beaux deniers. L'on paie bien cher

des médicaments chimiques, sm^tout quand ils sont nouveaux et inconnus ; mais à Celui qui nous prodigue ses dons on donne pour les remèdes naturels, qui sont les meilleurs, à peine un froid « Deo gratias, Dieu merci ! »

C'est dans le ruisseau limpide, dans la rivière, et à la fontaine que coule le remède si efficace, l'eau. Comment l'eau doit-elle guérir? Ecoutez! Quand la mère de famille veut blanchir sa toile, elle la trempe dans l'eau, l'arrose souvent et l'expose ensuite aux rayons du soleil. L'arrosement fréquent dissout les éléments bruts et le soleil les extrait tous. Quand la toile est blanchie d'un côté, le même procédé la blanchira de l'autre. Pour que le blanchissage soit complet, il faut que l'eau et les rayons du soleil y pénètrent d'outre en outre, de manière qu'il ne reste plus une tache qui ternisse l'éblouissante blancheur de la toile, orgueil de la mère de famille. C'est clair. Faisons-en l'application! Le corps de notre malade avec son épiderme jaune ressemble véritablement à une toile non blanchie. Une partie des applications d'eau devra faire pénétrer petit à petit jusqu'au plus profond du corps le liquide destiné à dissoudre les matières brutes, c'est-à-dire les substances morbifiques, tandis que l'autre partie devra développer le calorique, qui, semblable aux rayons ardents du soleil, éUminera ce qui a été dissous. Autre chose encore. La maîtresse de maison se sert parfois de lessive, qui exerce sur la toile une action plus vive et plus prompte que l'eau. Nous aussi, nous pouvons préparer de ces lessives pour servir de résolutifs plus énergiques : nous faisons cuire dans l'eau différents végétaux, des plantes, et voilà une excellente lessive pour le blanchis-

sage du corps, c'est-à-dire pour la guérison des

Revenons à notre cas. Le malade dut tout d'abord se revêtir du manteau espagnol ; puis vint un bain de vapeur de la tête avec forte lotion, ensuite un bain de vapeur des pieds. Les deux bains de vapeur remplacèrent (on peut m'en croire) la meilleure lessive, mais ne purent se succéder qu'à des intervalles bien réglés. Car, plus le corps est traité avec ménagement, plus la nature supportera et plus elle aidera à éliminer les éléments morbides. Après cela le malade prit chaque jour, en alternant, soit un demimaillot, soit, pour fortifier la nature, une afîusion supérieure et inférieure, et chaque nuit une lotion entière, en sortant du lit. Ce traitement fut continué pendant 3 semaines. Pendant la quatrième et la cinquième semaine, le patient reçut tour à tour 2 demi-bains, un bain de vapeur de la tête et des pieds et le manteau espagnol ; pendant la sixième semaine enfin 2 bains chauds avec des bains froids alternatifs, un demi-bain et une affusion supérieure et inférieure. Pour l'avenir je lui recommandai quelques lotions entières et l'afîusion supérieure et inférieure une fois par semaine, ainsi que le bain chaud sans alternative une fois par mois.

Même dans ce cas scabreux l'eau ne démentit pas la confiance. Cette maladie si grave, qui aurait amené sans aucun doute une mort prématurée, disparut. Le teint frais, les forces perdues revinrent, le découragement fit place à un nouvel entrain pour les occupations ordinaires . La voix reprit son ampleur d'autrefois et me répéta souvent ; « Que Dieu vous le rende ! » A Celui dont seul provient la santé et le succès elle chanta un joyeux « Gloria,, Gloire à Dieu ! »

Un homme de quarante ans environ avait dans la jambe droite de telles douleurs rhumatismales qu'il était obhgé de s'appuyer sur une canne pour parcourir les plus petites distances. De temps à autre il avait aussi des douleurs dans les bras et dans les épaules. Il employa toutes sortes de remèdes, mais en vain. Il eut recours enfin à l'eau, et au bout de 6 jours il se trouva passablement soulagé; il continua les applications et se rétablit complètement. Voici ce qu'il employa : 1) Pendant 6 jours journellement 2 affusions supérieures et 2 affusions sur les cuisses, 2 marches dans l'eau jusqu'au-dessus des mollets pendant 1-3 minutes, 1 affusion dorsale et 1 marche dans l'herbe; enfin un demi-maillot dans le courant de la semaine. — 2) Après ces 6 jours plus rien qu'une affusion supérieure avec affusion des genoux, alternant avec le demi-bain durant une minute.

Un jeune homme de vingt-huit ans me raconta : «Depuis deux ans il ne se passe pas une journée sans que je souffre. Le mal a débuté dans le dos, où j'éprouvais une vive cuisson. La douleur diminua peu à peu et se retira davantage dans la jambe droite. Je passe souvent des nuits entières sans pouvoir dorpiir 2 heures : tantôt c'est la chaleur qui me tourmente, tantôt c'est un sentiment de froid qui me prend. Dans les commencements j'ai consulté plusieurs médecins, mais sans résultat. On me faisait aussi parfois des injections qui calmaient les douleurs pour quelque temps ; mais presque chaque fois celles-ci revinrent plus fortes. Comme 4es médecins ne pouvaient me guérir, j'ai eu recours aux charlatans, qui me firent des frictions et des

ablutions avec des spiritueux. Tout ce que j'ai fait a été inutile. Maintenant je désirerais faire un essai avec l'eau. »

Je lui prescrivis le traitement suivant : 1) le matin à 8 heures une affusion supérieure avec 2-4 arrosoirs d'eau froide; 2) à 10 heures une affusion des cuisses; 3) à 2 heures de l'après-midi encore une affusion des cuisses et 4) dans la soirée une marche dans l'eau.

Voilà pour le premier jour. Second jour : le matin marche dans l'eau, à 10 heures affusion des cuisses, à 2 heures affusion dorsale et à 5 heures du soir bain de siège.

Troisième jour : le matin demi-bain, à 10 heures affusion supérieure, à 2 heures affusion des cuisses, à 5 heures marche dans l'eau.

Quatrième jour : le matin affusion des cuisses, à 10 heures demi-bain, dans l'après-midi affusion dorsale, le soir marche dans l'eau.

On continua ainsi pendant 12 jours, et le malade se trouva guéri. Pour fortifier le corps, que les douleurs avaient débilité, notre jeune homme dut encore chaque semaine, pendant un espace de temps considérable, prendre 1 ou 2 demi-bains et marcher 1 ou 2 fois dans l'eau.

Le comte de N. souffrait de rhumatisme depuis 35 ans. En 1854 il prit les eaux à Aix-la-Chapelle et en éprouva du mieux. La campagne de 1870 à 1871 lui attira de nouveau, par suite des nombreux bivouacs, de violentes douleurs rhumatismales sur tout le corps. Cette fois encore les eaux d'Aix-la- Chapelle lui firent beaucoup de bien. Mais voilà que survinrent des rechutes ; le patient fit une saison

à Aibling, puis retourna à Aix-la-Chapelle où, cette fois, les bains chauds de longue durée le débilitèrent énormément et le réduisirent à un état lamentable. Finalement, ne trouvant nulle part du soulagement, il prit le parti d'essayer la cure d'eau.

Le malade vint chez moi le 20 juin 1887, après avoir gardé le lit pendant 2 mois : il était criblé de rhumatismes dans les articulations des pieds, des genoux, des mains, des épaules, partout. Le bras droit était très enflé depuis les doigts jusqu'audessus du coude, les articulations ne remuaient plus ; les genoux, également enflés, refusaient tout service. Le personnage, grand et beau, était passablement épuisé par les longues douleurs.

Je lui prescrivis : 1) deux fois par semaine un maillot d'une heure et demie depuis les aisselles jusqu'aux pieds, maillot trempé dans une décoction de paille d'avoine, de fleurs de foin et de feuilles de pin, à la température de 30° R. ; 2) chaque matin et chaque soir enveloppement du bras enflé dans la même ou une semblable décoction pendant 1-2 heures ; 3) dans la semaine deux bains entiers aux herbes avec 3 alternatives ; 4) trois fois par semaine le châle pendant une heure.

Au bout de quinze jours le patient sentit un mieux très considérable. Il rentra chez lui et employa encore: 1) l'emmaillottement du bras comme cidessus ; 2) le bain entier aux herbes avec alternative, une fois par semaine ; 3) chaque semaine 3-5 bains de siège de la durée de'2 minutes.

Ce traitement amena le dégonflement complet du bras et des genoux, et rétablit le mouvement. Pour rendre la santé parfaite, le mois de septembre 1887 fut consacré aux applications suivantes: 1) bain

chaud de la main, enveloppement de la main dans des fleurs de foin renflées et immédiatement après ablution froide de la main ; 2) bain de siège, 3-4 fois par semaine ; 3) bain aux herbes avec 3 alternatives, une fois par semaine, et 4) afïusion supérieure, 4 fois par semaine.

Le résultat de cette cure fut très favorable: le gonflement et la douleur quittèrent entièrement les articulations, la raideur et la gêne des mouvements disparurent, et l'état général de la santé devint excellent. M. le comte est si bien portant que, sans se fatiguer, il peut marcher des heures entières et prendre, part, au grand étonnement de tout le monde, à des chasses qui durent 9 jours de suite. Il est un chasseur passionné.

Pour rester en bonne santé, il est obligé de faire tous les jours un exercice dans l'élément humide : un demi-bain, ou un bain entier, ou une promenade dans l'eau.

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