III. iALADIES DES iïlUSCLES
Eu égard à son siège spécial, comme à l'état symptomatique qui l'accompagne, on peut diviser l'affection rhumatismale en deux grands groupes, suivant qu'elle se trouve dans les articulations ou dans les muscles. De là le rhumatisme articulaire et le rhumatisme musculaire. Il a été question du premier dans le chapitre précédent. Parlons ici du rhumsitisme musculsiire.
Qui tentera d'énumérer tous les états rhumatismaux, dont on se plaint dans ce bas-monde? L'un a sa douleur rhumatismale à la tête, l'autre aux orteils, celui-ci au bras, celui-là dans les jambes, elle dans le dos, lui à la poitrine, etc.. Le rhumatisme est véritablement le juif-errant dans le nombre^ des maladies.
Le cultivateur laborieux, le bûcheron, tous ceux^ qui font un travail pénible, ne savent rien ou peu de; cette maladie, et cela, à mon avis, parce que ces
gens-là sont souvent pris d'un rhumatisme, qu'ils parviennent à expulser une heure après. Il s'en montre peut-être des indices dans la matinée, et dans Taprès-dîner le travail les chasse de nouveau. Cette observation nous indique clairement de quelle manière le rhumatisme peut et doit être guéri.
Un vétérinaire se lamentait un jour chez moi, se disant incapable de remplir ses fonctions, puisqu'un horrible rhumatisme s'était glissé et cramponné dans son omoplate droite. Il avait été en transpiration et s'était imprudemment laissé refroidir. Il savait par expérience que le vilain mal ne le quitterait pas avant 6 semaines.
« Si vous voulez, monsieur le vétérinaire, vous en serez quitte après 24 heures «, lui dis-je. Il se mit à rire, et nous finîmes par faire un pari. En me donnant la main, il s'engagea sur sa parole d'honneur à faire exactement ce que j'ordonnerais. Il rentra chez lui et se fit, par sa femme, énergiquement frotter le dos avec un linge sec, puis il se soumit à une afîusion supérieure froide. Environ 8 heures plus tard, il prit un bain de vapeur de la tête, suivi d'une affusion froide. Les 24 heures n'étaient pas passées, il s'en fallut de beaucoup, quand déjà la dernière trace rhumatismale avait disparu. Le pari était gagné.
J'ai parlé cette fois de friction sèche, ce que je ne fais pas ailleurs ! Oui, et voici pourquoi : si le rhumatisme est la suite d'un changement subit de température, de la succession rapide du froid au chaud ou du chaud au froid, en ce cas les douleurs, qui ont leur siège tantôt à la surface de la peau, tantôt dans
les profondeurs intimes, voire même, comme on pourrait le supposer, dans la moelle des os, proviennent la plupart du temps de troubles dans la circulation du sang, soit que le cours du sang ait pris une marche plus lente ou plus rapide, soit que des obstructions de sang, de légères inflammations etc., aient été produites à tel ou tel endroit. Les embarras, les compressions etc., qui en naissent, causent la douleur et doivent être éloignés par résolution, par élimination et par confortation des parties souffrantes. Quand le bâton ne suffit plus pour guider les chantres, le directeur se sert également de sa main gauche et de sa tête pour battre la mesure et redresser les voix rébarbatives. Quand dans la basse-cour l'oie ou le canard se mêle avec les poulets et que le « va-t-en ! » n'est pas écouté, la ménagère jette une pierre ou un objet quelconque après l'oie ou le canard. Ainsi quand le rhumatisme a une assiette plus profonde, se maintient plus longtemps, surtout quand il est étendu ou qu'il fait souffrir extraordinairement, c'est alors que j'associe la friction à l'eau. Car la friction développe le calorique plus vite, produit une distribution plus rapide du sang, etc. Si la partie malade était plus ou moins froide et qu'elle reçut l'affusion, sans qu'on eût préalablement stimulé et échauffé la peau, le rhumatisme se retirerait davantage à l'intérieur du corps, au lieu d'en sortir.
Un paysan avait de telles douleurs rhumatismales dans les deux pieds, qu'il ne pouvait plus marcher; les jambes lui faisaient horriblement mal. Il ne savait où il avait attrapé cette misère.
Le patient s'enveloppa, 2 fois par jour, dans un linge montant jusqu'aux aisselles et trempé dans
une décoction chaude de fleurs de foin, et resta bien couvert dans son lit pendant 2 heures. Dix de ces maillots (inférieurs) en finirent parfaitement avec le rhumatisme.
Un autre cultivateur souffrait tellement aux hanches, qu'il ne put pas même être emmaillotté. Il fut immergé dans un bain à paille d'avoine, à 33-35** R. et avec 3 alternatives, pendant 25 minutes et 2 fois par jour. Après 72 heures il était guéri.
Je pourrais citer des cas innombrables de rhumatismes de la tête. Je les ai guéris en traitant le moins possible la tête elle-même, mais en adminis- ,trant aux pieds des bains chauds et des bains de vapeur. Si on vient à refroidir la tête, le mal empire ; si, au contraire, on vient à l'échauffer, le sang afflue davantage. La série des applications à employer est celle-ci : 1) bain chaud (avec sel et cendres), 2) châle, 3) bain de vapeur des pieds, 4) bain de vapeur de la tête avec une afïusion froide, 5) de nouveau châle. Ces applications, une par jour, guérissent le plus fort rhumatisme à la tête, survenu par suite d'un courant d'air, d'un refroidissement, d'une transition rapide du chaud au froid.
Aucun rhumatisme ne doit être négligé ; il pourrait être le commencement de graves et de nombreuses maladies des poumons, des yeux, des oreilles, etc.. ou donner occasion à des inflammations, à une intoxication, à des abcès, etc..
Un étudiant, qui avait trop bu et s'était, dans cet état, exposé à l'air frais, eut subitement un rhumatisme à la poitrine. Il s'imagina que ce fâcheux
contretemps ne ferait pas de tort à sa bravoure et à sa jeunesse et qu'il disparaîtrait de soi-même. Mais le bobo se transforma en une grave maladie accompagnée d'une toux sèche, dont le caractère inspirait de l'inquiétude à toute la famille. Deux mois plus tard, cette vie si florissante et d'un si brillant avenir était éteinte. Ah! si le jeune homme s'était lavé chaque jour 4-5 fois la poitrine et le bas-ventre avec de l'eau froide, le malheureux aurait été hors de danger au bout de 2 jours.
Anne-Marie, tenue à un travail assidu et pénible, eut une enflure tout autour du genou. Pendant plusieurs jours elle n'y fit point attention; plus tard, quand les douleurs devenaient vives, elle appliqua, dans son ignorance d'épaisses compresses froides. Elle ne s'en trouva pas mieux ; au contraire , le genou empira, et elle alla consulter un médecin. Celui-ci prescrivit un onguent, mais les frictions demeurèrent sans résultat. Pour comble de malheur, l'os de la jambe, au-dessous du genou, prit une courbure intérieure. Afin d'empêcher la raideur, le médecin ordonna de bien frictionner chaque jour la jambe avec du sain-doux, pendant 2 semaines, et plus tard de la laver avec de l'acide phénique ; mais le genou devint de plus en plus malade. Enfin il entoura le membre d'un appareil de plâtre et promit, j'usqu'à l'enlèvement, une guérison certaine. Or, après 9 longues semaines l'appareil fut enlevé, mais la pauvre domestique ne put ni marcher ni même se tenir sur la jambe. Ce malheureux état persista jusqu'à ces derniers temps.
Ces tumeurs et indurations aux os et autour des os ne peuvent être guéries que par résolution au
moyen de fomentations de flem^s de foin renflées (en forme de cataplasmes), appliquées toujours à l'état chaud et pendant un espace de temps assez long. Une fois la résolution opérée, le sang pénétrera de nouveau dans ces parties, pour les nourrir et y ramener les forces . Notre malade, après avoit employé pendant huit jours la dite fomentation, fut à même de se tenir sur la jambe; et 8-10 semaines plus tard elle put marcher sans gêne.
Un monsieur de qualité vint me dire : « Je suis, depuis la tête jusqu'aux pieds , rempli de rhumatismes et de crampes, et j'ai toujours un catarrhe, tantôt plus fort, tantôt plus faible, soit que je me trouve dans la chambre ou au dehors ; je ne sais plus comment faire. La plupart du temps le sommeil me fuit, ainsi que l'appétit ; si cela dure encore un peu de temps, je serai obligé de résigner mes fonctions. Il y a longtemps que je porte chemise et caleçon de laine (système Jaeger). Sur cette chemise j'en porte une autre de futaine de laine, la meilleure étoffe que j'aie pu obtenir. Je porte de même un second caleçon de laine de la plus solide qualité, puis un gilet de drap avec une épaisse doublure de laine, ensuite un pantalon de drap, enfin un habit et un pardessus. Mon corps tout entier est généralement froid et couvert d'une sueur fétide, odeur de goudron. Il n'y a peut-être pas une créature plus malheureuse au monde que moi. »
Comment faut-il traiter par l'eau un malade de cette catégorie? Tout d'abord une affusion supérieure doit purifier la peau crasseuse, puis vient une affusion de genoux avec lotions. Ces applications furent répétées 6 fois en 3 jours, donc 2 fois par
jour. Au troisième jour on jeta la première chemise et le premier caleçon, puis le patient prit un demi-bain et, une heure après, une affusion supérieure. Au cinquième jour le deuxième caleçon fut échangé contre un caleçon de toile. Au septième jour la seconde chemise de laine fit place à une chemise de toile ; le gilet muni de manches évacua également le terrain, tandis que les demi-bains alternaient journellement avec 2 affusions supérieures et inférieures. — Au bout de quinze jours l'organisme était quitte de tout rhumatisme et de toute crampe, la peau transpirait comme chez tout le monde, le sommeil et l'appétit se présentèrent d'eux-mêmes, et le fonctionnaire fut heureux de pouvoir reprendre, en bonne santé, son service d'autrefois. Il répétait parfois : « Si moi j'avais empiré tellement ma petite infîrm^ité, je ne pourrais que me fâcher contre moi-même ; mais je n'ai rien fait sans l'avis des plus célèbres médecins. »
« Toute la partie supérieure de mon corps, dit un autre malade, est pleine de rhumatismes : le côté droit n'est jamais exempt de vives douleurs, et si parfois j'y éprouve un petit mieux, c'est que la douleur se transporte dans une des deux épaules ou même dans les deux à la fois. Je deviens alors tellement raide, que je ne puis plus remuer les épaules. Quand, au contraire, la douleur se loge dans l'estomac, c'est comme si tout se tordait en moi, et alors je ne puis rien manger du tout. La douleur se fait le plus vivement sentir au derrière de la tête, du côté gauche. Mes pieds ne parviennent plus à se réchauffer. C'est ainsi que ma vie devient de plus en plus misérable,; et je ne suis plus à même de remplir les devoirs de' ma charge. Les médicaments que j'ai déjà employés
m'ont coûté beaucoup d'argent, sans me rendre le moindre service. Depuis au delà d'un an je porte, sur l'avis du médecin, des chemises de laine, ce qui n'a fait que me rendre plus sensible.
Traitement : 1) Mettre 3 fois par semaine, pendant une heure et demie, une chemise de grosse toile, trempée dans une eau dans laquelle des fleurs de fenaison ont été en ébuUition; 2) appliquer 2 fois par semaine un maillot, trempé également dans une décoction chaude de fleurs de fenaison et descendant depuis les aisselles jusqu'en bas; 3) se lever de nuit 2 fois par semaine, se laver entièrement avec de l'eau froide et se remettre au lit sans s'essuyer. — Après 2 semaines de ce traitement je près- ' cri vis : 1) de prendre journellement une affusion supérieure et une affusion de genoux ; 2) de se promener chaque jour dans l'eau pendant 2-4 minutes et de se donner ensuite du mouvement; et 3) de se laver entièrement 2 fois par semaine.
Au bout de 4 semaines notre patient était délivré de son infirmité, mais continuait toujours à prendre 2 demi-bains par semaine.
Le directeur d'une maison d'éducation écrit : « Je souffre constamment de douleurs indicibles aux bras, aux épaules et aux pieds. Tantôt je suis comme enveloppé totalement de rhumatismes , tantôt ce ne sont que des parties individuelles qui souffrent. L'asthme se maintient presque toujours ; il est parfois si fort que je crains d'étouffer. En outre j'ai des congestions. Rarement je jouis d'une heure de satisfaction. — J'ai été magnétisé et électrisé, et j'ai employé d'autres remèdes, tout en vain. C'est le traitement par l'eau qui, en 10 jours, m'a enlevé
toute douleur, et de mon infirmité je ne sens plus que des traces insignifiantes, que, j'en ai la ferme conviction, de légères applications finiront par emporter complètement. »
Le traitement avait été : 1) Chaque jour une affusion supérieure et deux affusions des cuisses ; 2) au second jour le manteau espagnol; 3) à partir du quatrième jour un demi-bain, au lieu de l'affusion supérieure, et 4) un bain de vapeur de la tête par semaine.
Un homme de quarante-six ans raconte : « Je souffre toujours quelque part, soit au flanc droit, soit au haut de l'épaule. La douleur ne reste jamais longtemps à la même place : si elle se met dans la tête, je suis pris de vertiges et l'eau découle de l'œil droit en grande quantité; si elle se loge dans la jambe, celle-ci se raidit complètement ; si elle s'en prend à ma poitrine, je ne puis presque plus respirer. Je souffre ainsi depuis des années. J'ai parfois trouvé du soulagement, mais jamais la guérison. »
Ce malade fut guéri en 5 semaines par le traitement qui suit : 1) demi-maillot d'une heure et demie, 3 fois par semaine ; 2) lotion entière, en sortant du lit, 4 fois par semaine; 3) deux fois affusion supérieure.
Après quinze jours le traitement fut modifié. Le patient prit : 1) chaque jour une affusion supérieure et une affusion des genoux ; 2) un demi-maillot et deux lotions totales par semaine.
Pour conserver sa santé, il s'habitua à prendre chaque semaine un demi-bain et deux affusions supérieures avec affusions des genoux.