‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 110 sur 200 · Panaris · texte numérisé non relu

Panaris

Les gens de la campagne connaissent tout particulièrement une espèce d'abcès sous le nom de panaris, qui est une inflammation phlegmoneuse des doigts. Le traitement d'un doigt malade de cette façon nous montre une fois de plus combien les hommes sont aveugles et agissent sottement. Ils s'y prennent avec si peu de bon sens qu'ils paraissent, pour un moment, avoir perdu la raison. Les remèdes qu'on emploie contre le panaris sont les uns plus insensés que les autres ; chacun veut connaître un onguent spécifique, et quand les onguents sont épuisés, on a recours à toutes sortes d'autres moyens cabalistiques. Il y a des gens superstitieux qui, avant toute médication, cherchent à attraper une taupe : car s'ils parviennent à la tenir vivante et à la laisser mourir dans la main, mais seulement entre le pouce et les autres doigts, c'en est fait du panaris. Quand enfin on a assez graissé et frictionné.

assez jasé et hâblé, employé tous les remèdes bizarres des commères et des charlatans; quand, après de longues semaines de douleurs inénarrables, le panaris est devenu mûr et crève, et que le pus s'en échappe épais et dur, alors on s'imagine avoir fait merveille. Est-il possible de pousser plus loin la bêtise humaine ?

Qu'est-ce donc qu'un panaris ? Rien autre chose qu'un grand abcès, qui est à traiter suivant la méthode marquée plus haut. La plupart du temps le panaris se manifeste chez les gens dont le corps renferme beaucoup de matières puriformes. Voilà pourquoi il faut agir non seulement sur le doigt et la main, mais aussi sur l'organisme tout entier. Pour la main et le doigt on emploie le maillot, c'està-dire on emmaillotte le doigt, à 2, 3 ou 4 tours, d'un linge trempé dans une décoction de prêle des champs, pour empêcher la carie du petit os, tandis que la main et le bras sont enveloppés, à 2 tours, dans un linge mouillé avec une décoction de fleurs de foin ou de choux, (ce qui vaut mieux que l'eau pure). Le maillot doit être renouvelé toutes les fois que la chaleur ou les douleurs augmentent. Une action favorable sur le corps tout entier sera exercée, chaque jour, par 1 ou 2 demi-maillots et le manteau espagnol de la durée d'une heure. Quand la première semaine sera passée, les maillots ne seront plus appliqués que tous les 2 ou 3 jours. Quant aux affusions supérieures et inférieures, il faut y aller avec précaution et ne les employer que plus tard comme confortants, quand on aura assez résous et éliminé. Sitôt que le doigt sera mûr, c'est-à-dire quand il devient bleuâtre et mou d'un côté, il ne faudra pas hésiter à l'ouvrir et à le comprimer, et

ne pas s'effrayer du sang qui s'écoule avec le pus. Ce sang devrait tout de même se convertir en pus, et ainsi il n'y a pas de mal que cette élaboration lui soit épargnée et que le doigt soit allégé pour autant. La peur d'ouvrir trop tôt un abcès est passablement superflue dans le traitement par l'eau (grande propreté) ; elle est fondée , au contraire, quand on traite par le moyen des onguents.

La guérison du panaris peut être effectuée aussi de la manière suivante, que, pour gagner du temps, j'ai employée souvent : on immerge, 2-3 fois par jour, le doigt et l'avant-bras dans un bain chaud (pas trop chaud) de fleurs de foin pendant une demiheure, tandis que l'emmaillottement du doigt, du bras et du corps est le même que pour le procédé antérieur.

Le jardinier André avait le pouce de la main droite dans un état horrible. Enormément tuméfié, le doigt tout entier avait perdu le derme, il était comme une masse de chair mortifiée et recouverte de pus, et l'os apparaissait en plusieurs endroits. Le médecin avait déjà déclaré que, pour sauver la viwe du patient, il faudrait lui amputer la main. Je regardai cette main et je me dis: «Grand Dieu! pussé-je sauver la main à ce malheureux ! » J'examinai davantage le cas et je réfléchis : l'os mis à nu (la principale chose pour moi) a une très bonne apparence, il n'est donc pas encore entamé; le pouce, si affreusement enflé et dégoûtant, est comme un cloaque dans lequel le corps déverse ses humeurs corrompues ; ces matières acres augmentent l'enflure, rongent la chair et empoisonnent tout ce qu'elles touchent. II faut donc que sur le pouce à moitié pourri j'exerce

une action plus énergique que sur le corps, afin qu'il cesse de s'empoisonner et de se gangrener soimême. Après avoir réfléchi, je me mis à agir.

Le pouce et toute la main reçurent des maillots trempés dans une décoction de fleurs de foin et de prêle (les 2 herbes étant infusées ensemble) ; je renouvelai ces maillots 4-5 fois par jour. Le corps malade fut gratifié tous les jours d'un demi-maillot et chaque semaine 3 fois du manteau espagnol. Je fis arroser chaque jour le doigt ulcéré avec de l'eau d'alun très étendue, qui enleva toute cette ordure superflue. Il ne s'était pas passé 4 semaines que déjà le doigt et la main se trouvaient hors de danger : il se forma autour de l'os, qui en réalité n'avait pas la gangrène, une nouvelle masse charnue, en tout semblable au pouce des plus beaux jours de la vie, hormis l'ongle. Le brave homme put de nouveau, comme par le passé, vaquer à ses travaux de jardinier. Il vécut encore de longues années.

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