‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 112 sur 200 · Hydropisie · texte numérisé non relu

Hydropisie

Quand la pluie continue de tomber longtemps et que le soleil se montre peu, l'eau finit par ne plus s'infiltrer dans certains terrains et n'est pas absorbée par les rayons solaires. Il se forme alors des flaques et des mares, où l'eau stagnante s'altère, pourrit et exerce finalement une influence peu favorable à la végétation, qui doit prospérer à l'entour.

Il en est à peu près ainsi dans le corps humain au moment où l'hydropisie va prendre. Cette maladie se développe principalement dans l'organisme dont le sang et les humeurs sont trop aqueux et n'ont plus de forces vitales. Or, c'est le sang qui nourrit tous les organes; il est la source de vie, où toutes les parties constitutives du corps puisent ce

dont ils ont besoin, Mais un sang malade, semblable à l'eau croupissante du margouillis, ne peut pas fournir les substances qui donnent de la vie et des forces. De là la chair mollasse, les vaisseaux flasques et les obstructions, signes précurseurs de l'hydropisie.

Les dehors décèlent clairement l'état pathologique : les personnes jeunes paraissent subitement âgées ; un tel, une telle a vite vieilHe, comme on dit; le teint est flétri ; les muscles et les nerfs pendent aux os, comme les cordes rompues à l'instrument ; en différents endroits, notamment autour des yeux, il se forme des kystes séreux (poches d'eau). On n'a qu'à toucher la peau du malade, et on sentira les globules d'eau céder et se retirer sous le doigt. Le corps tout entier porte une quantité de ces sacs, comme s'il mendiait du sang, tandis qu'il ne reçoit que de l'eau. .

Il y a plusieurs sortes d'hydropisies. Se produit-il des obstructions entre la peau et la chair, nous sommes en présence de l'hydropisie sous-cutanée ou anasarque. Si c'est l'abdomen qui est inondé dans un ou plusieurs endroits, c'est l'hydropisie du ventre ou ascite. L'épanchement séreux envahit-il le cœur, on a affaire à V hydropéricarde] tandis que l'hydropisie de la poitrine ou hydrothorax est l'accumulation de sérosité dans une ou dans les deux plèvres (membranes qui tapissent l'intérieur de la poitrine); etc..

L'hydropisie se déclare volontiers à la suite d'un grand nombre de maladies ; dans ces cas le malade ne fait généralement pas long feu. Pour beaucuup de personnes l'hydropisie est la messagère de la mort et du tombeau ; elle est quasiment la dernière lame qui fait chavirer la barque déjà brisée de la

vie. C'est surtout aux convalescents de la scarlatine que l'hydropisie s'en prend, si la guérison n'a pas été complète, s'il est resté des principes virulents dans le corps, qui n'a pas eu assez de forces pour s'en débarrasser parfaitement. Le corps entier se met alors à se tuméfier.

Si l'hydropisie a déjà fait de grands progrès et atteint un haut degré, il est rare qu'on puisse espérer la guérison, parce que le sang est beaucoup trop appauvri. Au début, tant que la décomposition n'est pas encore avancée, on arrive souvent à guérir promptement, en cherchant à évacuer l'eau par des moyens internes et externes. Des exemples feront connaître la méthode d'opérer cette guérison.

Une femme de la campagne, âgée d'environ quarante-huit ans, voit enfler tout son corps; elle ne peut plus marcher qu'avec peine ; l'affaiblissement est déjà considérable, la respiration pénible. — Je lui conseille de faire macérer du romarin dans le vin et de boire chaque jour 2 verres (un quart de litre en tout) de ce liquide. Ce vin aromatisé réconforta extraordinairement, comme elle disait, la malade et fit partir beaucoup d'eau. Extérieurement elle employait journellement, plusieurs jours de suite, le demi-maillot, chaque fois pendant 1 heure et demie, et pendant 4 semaines chaque jour 2 demibains, d'une minute chacun, avec lotion du haut du corps. — La paysanne guérit et put de nouveau, sans aucune gêne, vaquer à toutes ses occupations.

Un garçon de douze ans avait eu la scarlatine et, de l'avis de tout le monde, en était guéri. Six semaines après il eut l'hydropisie, tout son corps

s'enflait. — Une chemise trempée dans l'eau salée et portée, 3 jours de suite, chaque fois pendant 1 heure et demie, lui rendit la santé parfaite."

Une femme de cinquante-quatre ans fut prise de l'hydropisie du ventre. Les pieds, les jambes et le corps étaient, comme on me rapportait, extrêmement enflés. — J'ordonnai à la fille de la malade de faire bouillir chaque jour, pendant 3 minutes, 2 pincées de racines d'hièble réduites en poudre et mélangées avec un demi-litre d'eau, et de lui donner cette décoction , en 2 ou 3 portions , à différents intervalles de la journée. En outre je fis appliquer, pendant 1 semaine, chaque jour un maillot inférieur delà durée d'une heure. Pendant les 10 jours suivants le maillot ne fut employé que tous les 2 jours, et tous les 3 jours seulement pendant les 2 semaines qui suivirent. — La' malade évacua de grandes quantités d'urine et se trouva en parfaite santé après 3 semaines.

J'ai reconnu que dans l'ascite^ les racines d'hièble fournissent le meilleur remède interne. Dans l'hydropéricarde et l'hydrothorax, je préfère le romarin. — Comme applications d'eau dans l'hydropéricarde je recommande les compresses supérieures et inférieures 1 fois par jour, pour l'usage interne le vin de romarin, comme il est dit plus haut, à la dose d'un quart de litre par jour.

George, un homme de trente-six ans, vit tout son corps prendre, dans l'espace de 8 jours, une disten-

^ Les graines de genièvre, infusées et bues sous forme de thé, passent pour un excellent remède domestique. Cette infusion exerce une action bonne, mais toujours faible. L'effet des racines d'hièble est beaucoup plus fort et plus durable.

sion remarquable. Les pieds, les jambes, les mains, le cou et la tête étaient tuméfiés, et sous la peau se trouvait' accumulée une masse d'eau. — Il se revêtit du manteau espagnol pendant 8 jours, 2 fois par jour ; pendant les 9 jours suivants 1 fois par jour, et pendant les 10 derniers jours 1 fois seulement tous les 3 jours. « Je suis devenu tout espagnol, disait-il en riant. Le climat n'était pas tout à fait espagnol, mais il m'a fait du bien. Je me sens très bien rétabli. »

Un cabaretier m'écrivit : « Tout mon corps est passablement enflé. Le médecin prétend que j'aurai l'hydropisie. J'ai déjà pris beaucoup de médecines; mais le mal empire de jour en jour. Ma jambe gauche, surtout la cuisse, a pris une très forte distension. La jambe droite commence aussi à grossir. La soif me tourmente beaucoup ; mais la bière l'augmente davantage, et l'eau ne l'étanche pas non plus. Faut-il queje meure, ou existe-t-il encore un remède pour moi?»

Je lui répondis d'employer le traitement qui suit : « 1) Chaque jour 1 affusion supérieure et 1 afîusion de genoux; 2) pendant la semaine 3 demi-maillots, durant 1 heure et demie et le linge plié en 4 ou en 6 ;

3) chaque nuit une lotion totale, en sortant du lit et en se recouchant sans s'essuyer. — Continuez ce traitement pendant 3 semaines, puis écrivez de nouveau. »

Les nouvelles furent très favorables et, pour la suite, je lui ordonnai les applications suivantes : 1) chaque semaine 3 demi-bains, d'une minute chacun ; 2) chaque semaine 3 affusions dorsales ; 3) le manteau espagnol 2 fois, pendant 1 heure et demie;

4) tous les jours 1 tasse de thé, à prendre en 3 portions et préparée avec des grains de genièvre piles et un peu de prêle, le tout cuit pendant 10 minutes.

Six semaines plus tard le malade était complètement remis. Trois mois après la cure, le cabaretier, qui comptait cinquante ans, m'écrivit qu'il se portait à merveille, que le sommeil et le meilleur appétit étaient revenus.

N'oublions pas de placer ici une observation importante, puisque c'est précisément à propos de cette maladie que les débutants dans l'hydrothérapie pourraient se tromper et tromper les autres. Dans rhydropisie il ne faut jamais employer Veau à Vétat chaud, ni sous forme de bains de vapeur ni sous forme de bains chauds. La maladie aurait par là une avance extraordinaire, puisque l'eau chaude rend mou et flasque, et que la mollesse et l'indolence des organes offrent le plus de danger dans l'hydropisie. Les applications d'eau les plus froides sont les meilleures dans ce cas ; seulement il ne faut pas trop les prolonger et ne jamais aller à l'encontre des prescriptions ; car, quand le sang est appauvri, la chaleur naturelle est faible.

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