Congestions
Jn fonctionnaire se plaint en ces termes : Je souffre d'une respiration pénible, de crampes dans la gorge et d'un très grand mal de tête. Il m'arrive souvent, des nuits entières, de ne pouvoir dormir du tout, à cause des congestions et des douleurs
dans la tête. Je ne puis, depuis des années, aller à la garde-robe qu'après emploi de médecine. En outre, je sens beaucoup de crampes à la poitrine et, lorsqu'elles descendent dans le ventre, j'y éprouve de très fortes douleurs. Je ne sais plus comment me garantir contre le froid, mes mains et mes pieds sont habituellement froids. Ma position serait agréable, si je n'étais sans cesse souffrant. J'ai déjà visité plusieurs stations balnéaires sans aucun résultat. A ma corpulence d'autrefois a succédé maintenant la maigreur. Si l'eau ne vient pas non plus à mon secours, ajouta-t-il d'un ton mélancolique, je suis perdu.
Je lui prescrivis le traitement suivant : 1) tous les jours, matin et soir, marcher nu-pieds assez longtemps dans l'herbe et dans des sentiers, — ce qui lui procura un bien-être indescriptible et détourna le mal de tête ; 2) deux demi-maillots par semaine et 3) une fois par semaine le manteau espagnol.
Pour favoriser l'évacuation alvine, absorber pendant plusieurs jours, à chaque demi-heure, une cuillerée d'eau. Si parfois les douleurs sont considérables, il y a lieu de recourir à l'aloès, dont on fait fondre un morceau, gros comme un pois, dans l'eau chaude mélangée avec une demi-cuillerée de sucre, pour en prendre une cuillerée par heure.
Un maître-brasseur, d'environ trente-trois ans, est gravement malade depuis onze années. En mai 1877, s'étant levé du lit, il tomba subitement par terre et resta ainsi couché, presque sans connaissance, pendant deux heures. C'était le début d'un typhus qui dura 6 mois. Dès lors il avait chaque jour de forts vertiges, accompagnés de vomissements et de syn-
cope. Les vertiges s'annonçaient par des battements dans le cerveau ; puis le patient tombait souvent de tout son long. Cet état durait le plus souvent de 5 à 10 minutes et se renouvelait 5 ou 8 ou même 10 fois par jour. Au bout de ces 6 mois, il put reprendre son travail, mais seulementpour 2 mois. Les attaques furent alors si fréquentes et si fortes qu'il fut obligé de garder le lit, pendant 8 autres mois. Dans le courant de ces onze années il était alité annuellement pendant 6, 7 ou 8 mois. Le mal gagna tellement en intensité que, même dans l'intervalle, les crises de vertiges et de syncope se répétaient tous les 2 ou 3 jours, surtout à la suite d'un effort d'esprit ou d'un mouvement brusque, et quand il fallait tourner la tête. Les attaques s'annonçaient toujours par des battements dans la tête, et, si lé patient se cramponnait à une table ou à un arbre, elles le secouaient et le ballottaient jusqu'à ce qu'il fût à terre. Il ne perdait pas le sentiment, mais la vue. Pendant neuf ans les attaques étaient accompagnées constamment de vomissements, lesquels ne cessèrent que l'année dernière. Depuis tout le temps de sa maladie le malheureux éprouvait une pression incessante au haut de la tête, comme si une lourde pierre lui pesait dessus. Depuis cinq ans il éprouvait, presque sans interruption, des bourdonnements à l'oreille droite et une dureté de l'ouïe. Dans la nuit, depuis neuf ans, le sommeil ne lui venait presque jamais avant 1 ou 2 heures du matin, à cause d'un sentiment de lourdeur et du trop-plein dans la tête. Le patient était, à une très petite interruption près, alité de mai 1886 à octobre 1887. Les 14 médecins, qui l'ont traité dans le cours de sa longue maladie et dont plusieurs l'ont déclaré incurable, lui prescrivirent
une masse de médicaments. La plupart d'entre eux opinèrent que, par suite d'une blessure antérieure (un tonneau était tombé jadis sur la tête du brasseur), le crâne était fendu et que depuis lors une esquille exerçait une pression sur le cerveau, ce qui occasionnait le mal. Quelques-uns diagnostiquèrent un épaississement chronique de la dure-mère.
A mon avis, il y avait de très fortes congestions à la tête, et j'ordonnai les applications suivantes : affusion supérieure, marche dans l'eau, affusion dorsale, affusion des cuisses et des genoux, bain de vapeur des pieds et le manteau espagnol. Le succès de ce traitement de la durée de 5 semaines (du 28 juillet au 2 septembre) fut extraordinaire. Dès le cinquième jour le patient déclara ne plus éprouver la pression sur le cerveau. Au second jour il y eut encore une attaque à la suite d'un long effort d'esprit (le patient écrivait des lettres), ce fut la dernière. De jour en jour le mieux s'accentuait davantage, à la grande joie de notre brasseur. Pendant les 4 semaines suivantes il se sentait comme régénéré, la tête absolument libre et dégagée; l'organe visuel était également soulagé. Durant 5 semaines il dormait chaque nuit, d'un bout à l'autre. Il est heureux maintenant et recommence à vivre. Rentré chez lui, il continue d'employer journellement une des applications d'eau marquées ci-dessus.