Choléra
Comme on craint le choléra ! Il y a peu d'années, il fit une terrible apparition dans plusieurs pays et y livra de nombreuses victimes à la mort. Pour se garantir des inondations, on construit des digues, on régularise le cours des fleuves. Quand un incendie se déclare dans une forêt, on creuse des fossés, pour que l'élément dévastateur n'étende pas ses ravages plus loin. La digue, le fossé que j'oppose au choléra, à cet épouvantable ennemi de la vie humaine, c'est l'eau : elle délivre du danger et entoure comme d'une digue ou d'un fossé ceux qui en font l'usage voulu.
Il est un principe généralement admis pour le choléra : Qui entre bientôt en sueur, est sauvé; qui n'arrive pas à une sueur abondante, est perdu.
Une fois je fus appelé, à 11 heures du soir, auprès d'une pauvre servante, qui déjà 20 fois avait été prise de vomissements et avait eu 20 fois une selle abondante. Le médecin demeurait à 2 lieues de là. La pauvrette voulait être préparée à la mort, puisqu'elle croyait sentir très bien qu'elle allait succom-
ber à la terrible maladie. Les mains et les pieds étaient froids comme la glace, le visage pâle, les traits tirés ; les symptômes de la mort apparaissaient. J'essayai incontinent de provoquer la transpiration chez la malade : de là dépendait tout, la vie ou la mort. La maîtresse de la maison apporta deux grands draps de toile grossière. Je les fis tremper dans l'eau bien chaude, plier plusieurs fois, tordre et appliquer sur la poitrine et le ventre, après avoir fait mettre en-dessous, sur la peau, un simple linge trempé dans du vinaigre fortement chauffé. Cette fomentation humide et chaude fut recouverte d'un lit de plumes aussi chaud et lourd que la malade put le supporter. Une chaleur pénétrante envahit le corps infecté du choléra : en 15 minutes il était tout entier réchauffé, et 20 minutes plus tard des gouttes de sueur perlaient déjà sur la figure. Je fis tremper de nouveau le topique dans Feau chaude, et en peu de temps les crampes cessèrent, les vomissements et les nausées disparurent. Pour aider à l'intérieur l'action du calorique extérieur, la malade dut prendre une tasse de lait au fenouil (une cuillerée de fenouil^ moulu est infusée dans le lait pendant 3 minutes) aussi chaud que possible. Il se produisit une transpiration abondante, et la malade était hors de danger. La convalescence en pareil cas ne doit pas être négligée : il est facile, mais en même temps très important d'achever la guérison. Le convalescent prendra chaque jour une compresse inférieure (consistant
* Le fenouil infusé dans le lait a des effets extraordinaires pour les coliques et les accès cholériformes : il réchauffe, débarrasse des gaz et est en même temps un élément nutritif et confortant.
en un linge plié plusieurs fois, mouillé et étendu sous le corps, le long de l'épine dorsale) pendant une heure, et de même tous les jours, pendant une heure également, une compresse supérieure (le même linge appliqué sur la poitrine et le ventre). Il ne faut pas oublier de bien couvrir chaque fois. Notre servante atteinte du choléra employa ce moyen, et au bout de 10 à 12 jours elle était remise. Un deuxième cas fut traité de la même façon et avec le même succès.
Je ne saurais m'empêcher de faire ici deux remarques.
1° Lorsque les symptômes de la maladie, indiqués cidessus (forte diarrhée, vomissements, crampes, etc.), viennent à se déclarer, il ne faut pas tarder à mettre le cholérique au lit. Les gens de la campagne sont, à cet égard, trop durs pour eux-mêmes et par suite imprudents. Administrez au malade, à l'intérieur, une boisson chaude. Est-il menacé de crampes, ou ses pieds vont-ils devenir froids, il doit appliquer aussitôt sur le corps une compresse supérieure chaude pendant 3 quarts d'heure, puis s'étendre, pendant le même espace de temps, sur une compresse inférieure, également chaude. Si les crampes reviennent à la charge, les compresses, supérieure et inférieure, seront renouvelées. Quand la chaleur et la sueur se manifestent, l'affaire est gagnée.
2° Soyez prudent dans le boire et le manger jusqu'à ce que tout soit de nouveau en ordre. Ne choisissez du régime ordinaire et simple que ce qu'il y a de plus léger. Comme boisson préférez le lait chaud, puisqu'il est en même temps curatif et nutritif.
Lorsque le choléra sévit dans un endroit, ayez confiance en Dieu et ne perdez pas courage! Par précaution lavez - vous , chaque matin et chaque soir, énergiquement la poitrine et le ventre, et mâchez tous les jours 10 ou 12 baies de genièvre. A leur défaut achetez-vous des boulettes de poivre, qui isont très bon marché , et prenez-en 5 à deux reprises par jour : elles vous réchaufferont l'estomac, soutiendront la digestion et évacueront les gaz.