I. Ophtalmie catarrhale
Un célèbre médecin militaire me dit il y a environ trente ans : « Le catarrhe est un mal dont peuvent naître toutes les maladies possibles, comme la fièvre muqueuse, la fièvre nerveuse, le typhus, la dysenterie, la consomption, la phtisie, etc.» — Voilà pourquoi il faut bien endurcir le corps, afin d'être toujours en état d'affronter les nombreuses occasions qui sont de nature à vous gratifier d'un catarrhe. Ce dernier s'est-il infiltré chez vous, il ne faut avoir de cesse qu'il ne soit totalement guéri.
Si c'est être malheureux que d'avoir perdu complètement la vue, il faut dire que les différentes infirmités des yeux amènent ce malheur. Les yeux sont comme des perles précieuses dans la cavité du crâne. Mais il n'y en a que deux. Perdre un seul œil est déjà une perte irréparable. Prenons garde, par conséquent, et veillons bien sur les deux! Des maladies d'yeux se rencontrent souvent déjà chez les enfants qui n'ont que quelques semaines, plus souvent encore chez les enfants d'école. Nous pouvons affirmer que l'on trouve des infirmités de ce genre chez beaucoup de personnes de tout âge et de tout sexe.
Généralement la maladie des yeux a sa source dans le corps. Chez l'homme bien portant toutes les humeurs superflues sont éliminées de l'organisme par la transpiration, la respiration, etc.. Admirable est le travail de la plus admirable de toutes les machines. Il n'en est pas de même quand l'homme est malade. Les humeurs, que le corps affaibli ne peut plus expulser, s'accumulent dans l'économie, dans la tête, dans une partie quelconque. Ce qui s'accu-
mule dans la tête cherche volontiers son issue par les yeux. Les humeurs qui doivent être rejetées sont fortes et caustiques, tandis que l'œil et ses tissus sont extrêmement délicats. C'est ce qui explique la cuisson que l'écoulement des humeurs produit régulièrement. Cette cuisson est en même temps un signe que l'œil et ses parties composantes sont attaqués par le liquide sanieux qui s'écoule. Si l'écoulement est empêché, les yeux s'enflamment, se rubéfient très fortement et, endoloris et affaiblis, ils ne peuvent plus supporter ni clarté ni lumière. La guérison n'est possible que si les matières morbides sont attirées au dehors le plus vite possible. L'œil en lui-même et ses parties constituantes sont sains, il n'y a que le liquide sanieux et ses éléments corrosifs qui le rendent malade.
Parmi ceux qui souffrent des yeux, les uns ne voient presque plus du tout, ou voient seulement comme à travers un voile ou un nuage; d'autres croient voir voltiger devant eux des mouches et des moucherons ou des faisceaux de feu ; d'autres enfin autre chose. Toutes ces infirmités naissent de la même source empoisonnée, sont des fleurs de la même plante vénéneuse, proviennent du même élément infecté. Supprimez cet élément, fortifiez l'œil blessé, et la guérison sera opérée. Un exemple jettera de la lumière sur ce que nous venons de dire.
La petite Antoinette, âgée de cinq ans, est très pâle. La figure est boursoufîiée, l'ensemble de la mine maladif. L'enfant a les yeux brûlants et ne peut plus supporter la clarté. L'appétit également laisse à désirer; dans la nuit elle ne dort pas et pleure beaucoup. Que faire?
L'enfant doit être enveloppée tous les jours dans une serviette depuis le dessous des bras, après qu'on a plongé le linge dans l'eau tiède, avec laquelle on a fait bouillir de la paille d'avoine. Le linge mouillé doit être bien entouré d'un linge sec. Si l'opération se fait à un temps où l'enfant a l'habitude de dormir, elle ne tardera pas à s'assoupir. Vient-elle à s'endormir, qu'on la laisse tranquille dans son maillot humide jusqu'à ce qu'elle s'éveille d'elle-même. Si elle ne dort pas ou qu'elle se réveille bientôt, elle doit rester enveloppée pendant une heure.
Ce traitement sera pratiqué pendant une semaine. Dans la seconde semaine il faut préparer à l'enfant un bain chaud (24-26°) avec une décoction de paille d'avoine, et on l'y laisse 15-20 minutes. A la dernière minute on verse rapidement sur elle, moyennant un petit arrosoir, de l'eau ordinaire, pas trop froide, et on l'habille aussitôt. Même chez les enfants cette afïusion rafraîchissante, après un bain chaud, est d'une haute importance. Les éléments morbides sont dissous et éliminés par le bain chaud ; l'affusion froide a une action corroborative et ferme les pores. La première fois l'enfant pleure et se lamente, comme font les enfants; mais lorsqu'elle aura répété plusieurs fois le même exercice, elle entrera facilement dans la baignoire sur les encouragements de sa mère. Il faut réitérer le bain tous les deux ou trois jours. Bientôt l'enfant se sentira plus fraîche, plus forte, mieux portante; l'oeil aussi ne tardera pas à devenir plus net. Si, en outre, la mère désire un remède spécial pour l'œil, qu'elle prenne de l'alun, gros comme 4 grains d'orge, qu'elle le fasse dissoudre dans une demi-chopine d'eau et qu'elle en lave 3 ou 4 fois par jour les yeux de la petite. Le
mal une fois écarté, la mère ne négligera pas de laver l'enfant convalescente au moins une fois pendant la première semaine, comme il est dit ci-dessus ; la seconde semaine elle lui fera prendre un bain tel que nous venons de le décrire; ainsi de suite à l'avenir.
Si au lieu de 5 ans le patient n'a que 5 semaines, sa mère ne doit pas s'effrayer si je recommande le même emmaillottement et le même bain.
Le petit Antoine, âgé de quatre ans, est scrofuleux, il a des éruptions à la tête, sur le cuir chevelu, un peu aussi autour de la bouche, et les yeux sont enflammés. Sa mère pensait toujours qu'il mourrait ; en attendant, il souffre et ne meurt pas.
Il faut mettre tous les jours à l'enfant, avant de le coucher, une petite chemise qui aura été trempée dans de l'eau quelque peu salée. On le couchera alors et on l'enveloppera bien dans une couverture. Si on pratique cette application tous les jours de la première semaine, la seconde semaine tous les deux jours, la troisième tous les trois jours, la quatrième tous les quatre jours, et qu'on mêle tous les jours au manger ou au boire du petit Antoine une petite pincée de craie en poudre, le bambin reviendra à la santé, et la mère aura lieu de s'en réjouir.
Berthe va à l'école, mais semble très souffrante. Presque chaque semaine ou du moins très souvent elle a mal aux yeux, de sorte qu'elle ne peut pas lire. Les yeux sont tout rouges et extrêmement enflammés.
Que la mère mette à l'enfant, dans l'espace de 10 jours, 6 fois une chemise mouillée; et si ce moyen ne suffît pas, elle lui préparera en outre des bains
à 24^^ environ, auxquels s'ajoute chaque fois une décoction de branches de pin, en terminant toujours par une alïusion froide rapidement administrée. A côté de cela on peut laver, 3 fois par jour, les yeux avec de l'eau d'aloès (une pincée d'aloès mise dans un verre à médecine, qu'on remplit ensuite d'eau chaude). Ce procédé guérit l'œil enflammé et le fortifie.
Guillaume, un garçon de neuf ans, souffrait des yeux. Il ne pouvait plus lire, c'est à peine s'il distinguait convenablement les personnes : il était plus qu'à demi aveugle. Les parents avaient déjà dépensé près de 500 francs pour ses yeux. Rien ne put aider, ni médecin ni pharmacien. Les yeux de l'enfant étaient donc en bien mauvais état, non moins que le corps tout entier, qui s'en allait : ses mains et ses pieds était constamment froids, l'estomac sans appétit, le corps amaigri, toute la personne triste et abattu. La misère dans les yeux, la misère dans tout l'organisme. Les lunettes bleues et le guide en rendaient témoignage au public.
Dans l'espace de 4 mois Guillaume recouvra complètement la santé des yeux et du corps tout entier. Le petit dut prendre 2 bains chauds par semaine; je lui fis mettre 4 fois par semaine une chemise trempée dans de l'eau mêlée d'un peu de sel. Il restait une heure ou même une heure et demie dans cette enveloppe. A côté de cela le petit dut marcher assidûment pieds nus dans Therbe mouillée ou à la pluie. Les 4 premières semaines passées, Guillaume prit, chacune des semaines suivantes, 3-4 bains seulement à 15** et ne durant pas plus d'une minute, se donnant toujours du mouvement
après le bain. Cela aussi dura quelques semaines. En outre l'enfant lavait 2 fois par jour ses yeux avec de l'eau d'alun (une pincée d'alun dans une demi-chopine d'eau). Les yeux se réveillèrent, en même temps que le corps revint à la santé et rajeunit. Finalement ils s'ouvrirent entièrement, brillant et rayonnant dans la figure saine et fraîche du petit garçon, comme s'ils n'avaient jamais souffert de quoi que ce soit.
Christine, âgée de vingt-quatre ans, est florissante de santé et de vie, mais elle a toujours à souffrir des yeux. Elle a trop de sang à la tête, pas assez dans les pieds, c'est pourquoi elle a sans cesse les pieds froids.
Christine prend tous les 2 jours un bain de pieds tiède, mêlé de sel et de cendres, ce qui attire le sang de la tête vers les extrémités inférieures ; 3 fois par semaine elle s'immerge dans l'eau froide jusqu'au-dessous des bras (demi-bain) durant une demiminute. Pendant le travail elle est souvent pieds nus. L'afîluence du sang à la tête diminue, cesse peu à peu totalement et la maladie des yeux disparaît.
Agathe vient se lamenter : « Voilà trois ans, ditelle, que je souffre énormément de la tête, de sorte que souvent je ne puis dormir de toute la nuit. Mes pieds sont toujours froids. Si parfois le mal de tête diminue, j'éprouve de telles douleurs dans le dos, que j'en deviens toute raide. J'ai consulté tous les médecins à plusieurs lieues à la ronde ; aucun n'a pu me soulager. Depuis 6 mois ma vue devient si faible, que je ne vois presque plus les maisons ; si cela continue encore un peu, je serai entièrement aveugle. »
Traitement. Pendant les deux premières semaines : 1) mettre une chemise trempée dans l'eau salée et rester enveloppée dans une couverture pendant une heure et demie, 2 fois par semaine ; 2) prendre, pendant une heure et demie, le demi-maillot trempé dans une décoction chaude de fleurs de foin, 2 fois par semaine ; 3) chaque jour arroser les genoux pendant une minute, puis se donner du mouvement. — Pendant la troisième et la quatrième semaine elle dut, chaque jour, prendre une afîusion supérieure et une affusion de genoux dans la matinée, un demibain dans la soirée ; de plus, faire une promenade de 3 minutes dans l'eau.
Au bout des 4 semaines le terrible afflux de sang s'était retiré de la tête, les yeux étaient guéris (l'afflux de sang avait été la cause de l'ophtalmie) et les pieds réchauffés : la malade se trouva rétabhe. Pour fortifier l'économie, Agathe prit à l'avenir 3 demibains par semaine.