Extinction de voix
La voix est assez importante pour l'homme, pour que nous en parlions avec quelques développements. , Il arrive souvent que la voix se perde en tout ou en partie, sans que l'on sache toujours pourquoi. Les uns peuvent encore se faire entendre un peu, les autres sont obligés de recourir à la plume ou au crayon pour se faire comprendre.
Il m'arriva un jour, il y a douze ans de cela, un prêtre obligé depuis longtemps de noter par écrit tout ce qu'il voulait communiquer aux autres. Il était absolument incapable de remplir ses fonctions de prêtre. Il était allé partout où on lui avait conseillé de chercher du secours. Il avait reçu des gargarismes, s'était fait magnétiser, électriser, ventouser, brûler le gosier 1 4 fois avec la pierre infernale. Enfin le médecin avait déclaré que la voix ne reviendrait plus, parce que les organes étaient rongés et cicatrisés par les nombreuses cautérisations. Quand alors la science était à bout, ce prêtre fit un appel
à l'eau, et c'est à l'eau qu'il dut, après Dieu, sa guérison. En venant ici, il avait l'air bien portant; son teint pourtant n'était pas frais, mais terne et maladif. Il ne sentait nulle part de douleurs; il s'imaginait qu'en dehors de la voix il ne lui manquait rien. Mais comment se peut-il que l'organe de la voix reste muet, quand pourtant il n'est ni blessé ni souffrant? Si je mets à quelqu'un un bandeau sur la bouche, son organe ne sera pas lésé, et pourtant il ne parlera pas. Ce serait de la folie que de chercher dans la gorge la source du mal. Il faut enlever le bandeau, et la parole reviendra d'ellemême. L'organe de la voix peut être en très bon état; mais ce sont diverses influences, quasiment des ligatures ou bandeaux, qui l'empêchent de fonctionner. Quelles sont ces influences?
Quand, dans le ruisseau du vallon, les gamins jettent des pierres, du limon et de la terre pour en obstruer le passage, l'eau sera arrêtée, empêchée de suivre son cours régulier; elle sera obligée de tourner à droite et à gauche, pour chercher des issues ou pour s'amasser dans les profondeurs voisines. Il en est souvent de même dans l'organisme humain : si l'on pouvait jeter un regard dans ce bassin à mille artères, on verrait que ce sont de pareils obstacles qui s'opposent au cours du sang. Le résultat en est un gonflement des membranes muqueuses, des obstructions du sang. Qui n'a déjà vu une exostose à la main, au pied? Représentezvous une semblable tumeur qui serre et comprime à l'intérieur. L'organe comprimé ou serré ne seraitil pas altéré ou troublé dans son action ? Suspendez un bissac à la cloche la plus harmonieuse, et c'en est fait du son; tout effort sera inutile.
Revenons maintenant à notre muet patient. La première affusion supérieure me fit reconnaître les énormes engorgements, devenus presque des tumeurs. Ce sont là les malfaiteurs qui entravaient les cordes vocales. Si on arrivait à éloigner ceux-là, celles-ci se dégageraient par le fait même. L'éloignement des engorgements s'opéra par des applications d'eau à effet résolutif et éliminateur, en première ligne par le bain de vapeur de la tête. Ce bain provoque la transpiration à toute la partie supérieure de la tête. Une irrigation froide, succédant sur-le-champ, enlèvera ce qui a été résout et fortifiera la nature. Comme le malade est assez corpulent et que chez de pareilles personnes le sang afflue ordinairement dans les extrémités supérieures, il faut détourner le sang vers le bas au moyen d'un bain de vapeur des pieds, suivi d'un arrosement froid. Ces deux opérations qui, dans notre cas, sont connexes, peuvent être effectuées une fois ou, si la corpulence est considérable, même deux fois par semaine.
Le manteau espagnol est un autre résolutif, qui agit sur le corps entier. Ajoutez, 1 ou 2 fois par semaine, les demi-bains froids (montant jusqu'aux aisselles et durant tout au plus une minute) avec d'énergiques lotions du haut du corps, ou bien l'affusion supérieure et l'affusion inférieure en place du bain, voilà ce qui rend de réels services. Ces applications, exactement pratiquées et associées à un genre de vie bien réglé (ne pas rester trop longtemps assis, se promener à l'air et se livrer à un travail manuel) , remirent tout en ordre. La machine reprit une marche régulière et l'organe de la voix, sans le secours des teintures, de la pierre in-
fernale et de rélectrisation, se mit à fonctionner de nouveau comme dans les beaux jours. Personne n'aurait cru que ce prêtre pût jamais recouvrer sa voix; et pourtant, au bout de 6 semaines, il se trouva parfaitement rétabli et aujourd'hui encore, douze ans plus tard, son organe possède une sonorité si agréable, que tout le monde se réjouit de l'entendre.
Un autre curé s'était tellement endommagé la voix, qu'il dut, pendant cinq ans, commettre un prêtre auxiliaire à l'administration de sa paroisse, tandis que lui-môme visitait les plus célèbres médecins. Il reçut beaucoup d'inhalations, les amygdales lui furent coupées, le tout frustra, sed non gratis. On cherchait toujours le mal dans le larynx, jusqu'à ce que le dernier médecin, qui l'avait examiné, déclara que la gorge ne souffrait absolument d'aucune affection, mais qu'il ne savait pas pourquoi l'organe ne fonctionnait pas. Ce n'est qu'à la suite de cette déclaration que le patient consentit à recourir au traitement par l'eau froide, qui effarouche toujours tant de monde. Avant 6 mois la voix lui était rendue, une voix dans toute sa plénitude. Il disait que la moitié de cette voix lui aurait suffi.
Chez ce prêtre également l'organe de la voix n'avait aucune lésion... Je trouvais, par contre, que son cou dépassait un peu les dimensions normales et que la partie supérieure de son corps, en proportion de ses mains et de ses pieds passablement amaigris, avait un volume démesuré. Il avait eu dans le temps, disait-il, souvent la coUque, mais toujours d'une courte durée. La nature avait cherché de cette manière à se soulager elle-même, sans pourtant réussir à expulser tous les éléments morbides. La
colique cessa dans la suite, et le malade n'éprouvait de temps en temps que des oppressions à la poitrine, qui n'offraient que peu d'inconvénients. C'est l'histoire qui se renouvelle dans plus d'une maison. Quand un locataire du rez-de-chaussée monte à l'étage supérieur, qui est déjà habité par une autre famille, il s'agit de se resserrer; les deux chefs de ménage n'arrivent pas à s'accommoder, ils ne s'entendent plus. Qu'y a-t-il à faire? Il ne suffit pas de pratiquer des inhalations, d'extraire les amygdales, voire même de moucher la luette; il faut déménager. Quand l'ordre sera rentré dans l'organisme, la voix reviendra.
Le malade fut obligé de transpirer à foison, une fois par semaine, aux extrémités supérieures et inférieures, et de bien arroser ces mêmes parties : c'est-à-dire de recevoir des bains de vapeur sur la tête et sur les pieds, ainsi que des affusions sur le haut et sur le bas du corps. Puis, pour faire cesser l'enflure qui existait à certains endroits, il dut s'immerger 4 fois par semaine dans l'eau froide jusqu'à hauteur des aisselles, mais aussi brièvement que possible, jamais au delà d'une minute, et en lotionnant courageusement les parties non immergées. Enfin vint l'emploi du manteau espagnol. Après 4 semaines, il put se contenter de la moitié des applications, c'est-à-dire de l'affusion supérieure et inférieure et du demi-bain avec lotion du haut du corps, une fois par semaine. Plus tard il dut se garder de suspendre tout d'un seul coup : il pratiqua, assez longtemps encore, l'un ou l'autre exercice, et cela dans l'ordre indiqué pour la guérison. En somme, il ne fut pas nécessaire de l'encourager. Car, plus on sent grandir ses forces, plus on soupire après l'élé-
ment humide et plus la confiance en l'eau augmente. On ne fait plus que s'étonner des personnes sensibles, qui ont peur de l'eau, qui se lavent sans doute la figure et les mains, mais qui font le diable à quatre, dès qu'on leur parle de l'eau. Habeani sibi! Ils en pâtissent.
Le prêtre recouvra sa voix, qui redevint aussi bonne qu'elle l'avait été auparavant, et la maladie — il y a onze ans depuis lors — ne reparut pas.
Un directeur d'études, à la fleur de l'âge, eut une extinction de voix et ne put plus enseigner pendant 9 mois. Il consulta d'abord plusieurs médecins ordinaires, puis il s'adressa à de célèbres spécialistes. Après avoir, pendant des semaines, pratiqué les inhalations et s'être fait électriser, il entendit la déclaration que les cordes vocales avaient perdu toute leur élasticité; que, tout le traitement étant resté sans résultat, il fallait se borner à l'expectative, pour observer la suite, et qu'il était nécessaire de demander un congé d'un an, pour laisser l'organe en complet repos. Pour le coup, c'était trop fort, et le professeur demanda son salut à l'eau. Au bout de 6 jours la voix était revenue, et après 6 semaines elle était aussi sonore que dans les années précédentes. Depuis il s'est passé 4 ans et 6 mois : il n'y a rien à craindre, l'infirmité ne reviendra pas.
Qu'est-ce qui a manqué à ce professeur? Je vais vous le dire. Il n'avait pas l'air malade, en somme, quoique son teint fût un peu flétri. Ce qui pouvait surprendre, c'est que le patient, malgré sa bonne posture pour le reste, penchait un peu la tête en avant. Il avait le meilleur appétit et se sentait fort; pourquoi les cordes vocales seules devraient-elles
être si mal conditionnées, que maintenant elles se rabougrissaient et perdaient leur élasticité? Cela n'était pas possible. Quand je lui affirmai qu'il ne manquait rien à ses cordes vocales, il se sentit offensé et comme, suivant ma pratique, je ne regardais pas son larynx, où il supposait cependant le siège du mal, il se mit presque hors de lui-même et déposa toute confiance. Moi, au contraire, je tins à lui prouver qu'il ne manquait rien à son larynx et qu'il n'y avait rien à guérir au larynx, et de fait je ne m'occupai pas du larynx. Où se trouvait donc la source du mal? A la partie supérieure des omoplates, en travers du haut du dos, aux deux côtés de la 7® vertèbre cervicale, le malade avait de petites élévations, comme des coussinets. Qui n'aurait pas cherché, ne les aurait pas trouvées. Elles pénétraient à l'intérieur et comprimaient ainsi l'organe de la voix.
Notre malade, encore jeune, fut hardiment arrosé d'eau froide, revêtit le châle, prit des demi-bains et reçut le manteau espagnol. Pour finir, on se contenta de demi-bains avec lotions du haut du corps. L'horreur de l'eau disparut, la nature s'habitua à l'élément humide et s'en fit quasi un besoin constant. Il ne se passa plus une semaine sans que l'une ou l'autre application fût pratiquée, ce qui maintint la santé en bon état. Que de fois j'entends l'exclamation : « Je sais maintenant par moi-même combien l'eau me fait du bien, je n'y renoncerai plus de ma vie ! »
La comtesse de N. a fait le rapport suivant : « Il y a 2 ans, j'avais la diphtérie au suprême degré, comme disait le médecin. Cette maladie fut suivie
d'une céphalalgie à outrance. Après plusieurs semaines je perdis la voix à la suite d'un bain chaud, au point que je ne pouvais plus rendre aucun son et que j'étais obligée de 'marquer par écrit tout ce que je voulais dire. Mes parents consultaient les premiers médecins. Pendant des mois entiers je dus faire des inhalations et prendre différentes substances minérales; pendant plusieurs semaines je fus électrisée chaque jour; on me mit des sangsues au cou, ce qui me fit tomber un certain nombre de fois en syncope; on pratiqua toutes sortes d'opérations à la gorge. Je suis saisie d'horreur, quand je pense aux détails. Je ne veux pas décrire tout ce que j'ai dû absorber. Ainsi se passèrent deux années ; finalement les médecins s'accordèrent à émettre l'avis que je ne recouvrerais plus jamais la voix, et deux d'entre eux déclarèrent même que je mourrais de phtisie. Que n'ai-je à souffrir? Il n'y a pas une heure dans l'année, où mes pieds soient chauds, mes mains et mes pieds sont froids comme la glace. Depuis des mois je ne sais plus comment me réchauffer, ni dans la chambre, ni dans mes vêtements de laine. Je n'ai aucune envie de manger, et je ne le puis pas non plus. Tout ce que je mange, me fait mal; c'est souvent à désespérer. Je n'ai que quinze ans, mais je ne connais pas de créature plus malheureuse que moi. »
Que cette pauvre fille ait eu peur de l'eau froide, cela se comprend; et les parents n'osèrent pas songer à l'hydrothérapie, pour ne pas imposer cette nouvelle torture à leur frileuse enfant. Une seule âme s'intéressa à la pauvrette et chercha du secours auprès de l'eau. Je pus lui faire des promesses, à condition qu'on voulût se soumettre à un emploi
modéré et très exact. En même temps je déclarai catégoriquement qu'il ne manquait absolument rien aux organes de la voix, mais qu'il fallait avant tout chercher à ranimer et à fortifier le corps extrêmement épuisé, qui ne ressemblait plus qu'à une ruine. Car le retour de la voix ne se ferait plus attendre, sitôt que les forces naturelles du corps seraient revenues.
La personne était souverainement anémique ; pour preuve vous avez la froide température de l'organisme, c'est à la poitrine seule que se manifestait encore une certaine chaleur. Il fallut donc faire des enveloppements, pour favoriser la formation du sang et la bonne circulation. La malade dut se faire à un régime simple, et immerger 2-3 fois par jour les mains jusqu'aux coudes et les pieds jusqu'audessus de la cheville dans l'eau froide, ou bien, ce qui vaut mieux, marcher dans l'herbe humide ou sur les dalles mouillées. Ce sont là, quoi qu'on en dise, les meilleurs moyens d'apport de la chaleur dans la nature refroidie, à moitié morte, surtout dans les extrémités anémiques, pieds et mains. C'est ainsi qu'il faut stimuler le corps et produire du calorique. Puis la malade dut se laver énergiquement, 1-3 fois par jour, le dos, la poitrine et le ventre avec de l'eau froide. Les premiers essais coûtèrent de la peine ; mais à mesure que la chaleur apparut, le courage augmenta: c'était comme la brise du printemps qui annonçait la résurrection au misérable organisme. La malade fit un pas de plus: elle enfonça davantage le pied dans l'eau et prolongea l'immersion des bras, la demi-minute devenant une minute. — Ces exercices durèrent environ 8-10 jours. Ensuite vinrent de légères affusions de
genoux et des affusions supérieures, tous les 2 ou 4 jours : l'une le matin, l'autre après-midi. — Quinze jours plus tard succédèrent journellement un demibain (jusqu'à hauteur de l'épigastre) et une affusion supérieure, durant l'un et l'autre une minute ; il importait peu laquelle des deux applications fût prise le matin, et laquelle le soir. — Quant à la nourriture, il fallut choisir des aliments de facile digestion, favorisant la formation du sang et des humeurs, non raffinés et non gâtés par les épices. La meilleure boisson était le lait ; peu de bière, rien d'échauffant. L'infortunée comtesse recouvra ses forces physiques et sa voix. Pour consolider la santé, elle continua encore un certain temps les susdits exercices. Car on ne peut les suspendre tout d'un coup, on ne s'arrête que peu à peu, à mesure que les forces se rétablissent.
Une fille de seize ans perdit la voix sans cause apparente, au point qu'elle avait une peine extrême à se faire comprendre. Elle consultait les médecins, ils lui prescrivaient des remèdes, qui tous restèrent sans effet. Elle avait de l'appétit et la mine florissante; la tête était ronde et pleine; le cou, un peu court, était rempli, presque trop rempli. On remarquait que la respiration marchait un peu péniblement. Les pieds étaient sans cesse froids. Je rétabhs la malade en six semaines, et voici comment :
Le teint si favorable, la tête pleine et chaude, les pieds froids, tout cela indiquait que le sang affluait trop au haut du corps : de là l'hypertrophie des parties supérieures, peut-être des engorgements de sang. Pour guérir, il fallut donc d'abord viser à la
distribution égale et uniforme du calorique dans le corps entier, afin de débarrasser la tête de la chaleur et les pieds du froid. La fille prit donc journellement 2-3 pédiluves froids d'une minute au maximum, suivis chaque fois d'un bon exercice de mouvement à l'air libre. En outre, elle s'appliqua à marcher nupieds dans l'herbe humectée par la pluie ou la rosée ou sur des dalles arrosées. Tandis que ces opérations amenaient le sang et partant la chaleur aux extrémités inférieures, d'autres moyens résolvaient et enlevaient les engorgements et les enflures qui existaient à la tête, au cou, au haut du corps. A cet effet, elle revêtait le manteau espagnol une fois par jour pendant la première semaine, tous les 2 ou 3 jours pendant la deuxième et troisième semaine, plus tard une fois par semaine. Après les 15 premiers jours, elle prit chaque semaine, comme moyen corroboratif, un demi-bain d'une minute, avec lotion des parties non immergées. Au lieu du demi -bain avec lotion, elle aurait pu se faire administrer une affusion supérieure et inférieure ; le succès eût été le même. Ainsi la première partie de l'œuvre de la guérison consistait à produire du calorique, la deuxième à résoudre et à éliminer ce qu'il y avait de superflu, la troisième à fortifier l'organisme. A mesure que le corps reprenait des forces, la voix revint et devint même plus claire et plus sonore qu'elle n'avait été auparavant, excellente pour le chant, auquel la fille s'appliquait spécialement.