‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 164 sur 200 · Diphtérie · texte numérisé non relu

Diphtérie

On donne ce nom à une maladie dont le caractère essentiel est la production de fausses membranes ou de dépôts couenneux au fond du gosier, soit dans le pharynx, soit dans le larynx et les bronches.

Sitôt qu'on est atteint de la diphtérie, il faut avoir soin 1) de résoudre le plus vite possible les substances morbides accumulées et 2) d'agir sur toute l'économie, afin de régulariser de nouveau le cours irrégulier du sang et des humeurs, accusé par le baromètre de la fièvre.

On administrera d'abord un bain de vapeur à la tête du malade et, après toutes les 20-24 minutes, une lotion générale du corps. Au bout de 6-8 heures le patient mettra pendant une heure et demie un châle, qu'il aura soin de tremper de nouveau dans l'eau fraîche après chaque demi-heure. Ensuite il prendra un bain de vapeur des pieds, auquel succédera immédiatement un demi-bain tout froid avec ablution du haut du corps. Le demi-bain et l'ablution doiventêtre terminés au bout d'une minute. Vient de nouveau le tour du châle, qui restera appliqué pendant une heure et demie, comme ci-dessus. Quand on a fini ces applications, on les reprendra toutes à tour de rôle, une pour chaque demi-journée. A côté de cela le malade se gargarisera soigneusement avec

une tisane de prêle, au moins 4-5 fois par jour. La vilaine affection ne tardera pas à disparaître.

Toutes les applications citées sont tellement inoffensives qu'elles ne peuvent nuire en aucun cas.

Si le malade jouit du repos de la nuit (c'est le cas en règle générale), s'il est pris de sommeil, il ne faut pas le déranger ; car la présence du sommeil est une preuve que la nature retrouve son assiette, et, par suite de l'effet confortant du sommeil, les applications d'eau ont d'autant plus de succès. Faisons également remarquer à cette occasion que, si le malade s'endort pendant l'une ou l'autre application qui exige le lit, il ne faut jamais le réveiller. Quand le remède a produit son effet, le malade se réveille régulièrement de lui-même.

Un père de famille vint me trouver. « Mon enfant de onze ans, dit -il, ne peut plus rien avaler, et depuis 3 jours déjà c'est à peine si elle peut respirer. Elle a la fièvre et le délire. Je lui ai bien mis un linge mouillé autour du cou, mais cela ne va pas encore mieux. Que faire pour empêcher l'enfant d'étouffer?»

La désolation du père et l'insuccès de l'application me décidèrent à l'accompagner auprès du lit de l'enfant, que je trouvai dans un état pitoyable et, apparemment, désespéré. Il y avait déjà certains indices qui excluaient à peu près la guérison. Faisons un essai tout de même, pour l'amour de Dieu! Après chaque demi-heure de la première journée on lui lava bien le dos, la poitrine et le ventre avec de l'eau froide. Comme la fièvre très ardente ne voulait pas céder, on se contenta d'appliquer sur le ventre un linge trempé dans l'eau froide. Le feu dut baisser.

Le lendemain le père revint et me raconta': « L'enfant est à même d'avaler, mais aux côtés de la tête les joues se mettent à enfler assez fortement vers la mâchoire. On a peine à la comprendre, quand elle parle; cependant je me réjouis au delà de toute expression de ce que la petite a retrouvé la parole. »

Le père eut à entourer les parties enflées, à droite et à gauche de la tête, de morceaux de linge trempés dans l'eau mêlée de vinaigre et à renouveler ces compresses toutes les demi-heures. En outre, toutes les fois que l'enfant se sentirait fiévreuse et agitée, il eut à lui lotionner la poitrine, le dos et le ventre. Dès la troisième journée la petite se trouva hors de danger. Les lotions purent continuer pendant quelque temps encore, toutes les fois que la fièvre augmentait.

Des gargarismes au moyen d'une infusion de fenugrec (une petite cuillerée de fenugrec bouillie dans une demi-chopine d'eau qu'on administre par cuillerées à la petite couchée dans son lit) eurent un excellent effet. L'infusion de mauve, de mille-feuille, de bouillon-blanc, rendraient les mêmes services. Un autre bon moyen serait de prendre chaque jour 3 à 4 petites cuillerées d'huile d'olive (huile à salade), qui exerce une action sédative extraordinaire sur la chaleur intérieure.

L'enfant fut sauvée et jouit jusqu'à ce jour de la meilleure santé.

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