I. Le bain froid général
se prend de deux manières : ou bien on immerge tout le corps dans l'eau froide, ou bien, pour éviter la pression de l'eau sur les poumons (ce qui du reste n'offre jamais de danger), on se plonge dans l'eau jusqu'aux aisselles, de manière que la pointe des poumons reste libre ; et avec la main ou une serviette de grosse toile on se lave lestement le haut du corps.
La durée du bain froid général est d'une demiminute au minimum, de 3 minutes au maximum.
C'est là ma manière de voir, sur laquelle je reviendrai plusieurs fois encore. Ici je vous fais seulement observer que, il y a vingt ans, j'étais d'un avis différent, je prescrivais des bains de plus longue durée et j'étais dans la persuasion que les établissements d'hydrothérapie ne pouvaient s'écarter beaucoup de la meilleure méthode.
Une longue expérience et la pratique journalière sur moi et sur d'autres ont modifié mes idées, et m'ont appris d'une manière irrévocable que, dans les bains à eau froide, le vrai et juste principe est le suivant : Plus la durée du bain froid est courte, plus son action est bonne. Celui qui reste 1 minute dans le bain général froid agit plus sagement que celui qui y reste 5 minutes.
Je condamne absolument tout bain de ce genre, s'il dure plus de 3 minutes , que ce soit des malades ou des personnes bien portantes qui en usent.
Cette persuasion , que des faits innombrables ont produite et confirmée, explique pourquoi je ne suis point partisan de la méthode dure et rigoureuse employée dans certains établissements hydrothérapiques et de la manière imprudente de se baigner pendant la belle saison.
A propos de ces bains, je rappelle qu'il y a des gens qui en prennent un ou même deux par jour, chacun d'une demi-heure. Je ne veux pas parler des bons nageurs, qui s'agitent beaucoup et qui, au sortir de l'eau, se nourrissent bien. Une nature robuste supplée promptement ce que le bain lui a soustrait. Mais les personnes qui ne savent se remuer dans l'eau et qui, pendant une demi-heure, se
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traînent lourdement, comme une tortue, dans la rivière, ces personnes non seulement n'en retirent aucun profit (l'ablution de la peau leur aurait coûté moins cher); mais un pareil bain, surtout s'il est répété souvent, leur nuit beaucoup, parce qu'il énerve et fatigue. Au lieu de faire du bien à l'organisme, il exerce sur lui une action spoliatrice ; au lieu de le fortifier et de le nourrir, il le ronge et l'amaigrit.
a) Le bain froid général des personnes bien portantes.
Souvent on m'a prié de ne pas oublier que l'application de l'eau froide n'est en somme qu'une soustraction de calorique, et que la soustraction de calorique est préjudiciable aux anémiques et augmente beaucoup la susceptibilité des nerfs.
Tout cela est vrai, quand il s'agit d'applications rudes, comme celles dont il est question plus haut; mais mes applications, c'est-à-dire dans le cas particulier les bains généraux froids, conviennent en toute saison, été et hiver, à toutes les personnes en bon état de santé, et je prétends que ce sont précisément ces bains qui contribuent largement au maintien d'une santé parfaite; ils purifient et stimulent la peau, rafraîchissent, animent et fortifient l'organisme tout entier. En hiver, il ne faut guère prendre plus de deux bains par semaine ; un seul suffit pour huit ou même pour quinze jours.
Touchons encore, en passant, à deux points.
Pour la conservation de la santé, il est très important de s'endurcir aux influences variées de l'air, aux changements de température. Malheur à qui le moindre soufiie de vent dérange le poumon, la gorge, la tête, et qui est réduit à consulter, à tout moment.
la flèche de la girouette ! L'arbre situé en plein air est indifférent à tout, à l'ouragan, au calme, à la chaleur, au froid ; il affronte le vent et la pluie, il est endurci. Usez de notre bain, et vous serez semblable à cet arbre vigoureux.
Il y a beaucoup de gens à qui il est difficile d'enlever la crainte, la répugnance de l'eau froide ; ils ont l'idée fixe de la soustraction du calorique. Le froid affaiblit, affaiblit nécessairement, disent-ils, si, à l'application du froid ne succède pas immédiatement une sensation de chaleur. Oui, très bien, je l'accorde. Je prétends, au contraire, qu'abstraction faite des nombreux exercices de mouvement, que nos principes exigent pour chaque application du froid, nos bains à eau froide n'enlèvent pas de chaleur à la nature, mais la lui conservent avec soin. Au lieu de raisonner, posons une simple question : Si un homme affaibli et amolli par le séjour habituel dans la chambre, et n'osant sortir en hiver que dans les cas urgents, parvient à s'endurcir par les bains et les lotions au point de pouvoir, sans crainte, se promener en plein air et n'être plus guère sensible aux intempéries de la mauvaise saison, ne doit-il pas avoir acquis plus de chaleur naturelle ? Ou bien, ne serait-ce qu'un faux semblant, une illusion ?
Un exemple entre beaucoup d'autres! Un monsieur haut placé, d'une soixantaine d'années, avait une horreur extrême de l'eau. Quand il se préparait à une promenade ou excursion, il rassemblait avec le plus grand soin tous ses effets d'habillement de laine : tous les refroidissements possibles et impossibles auraient pu être la suite d'un oubli impardonnable. Il avait le cou si peu tolérant, qu'il ne pouvait plus suffisamment l'envelopper et le garantir.
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Voilà qu'un beau jour le «rustre» intervint : avec un plaisir malin il ordonna nos bains froids généraux. Le monsieur se soumit. Et les suites ? Elles furent extraordinairement favorables. Au bout de quelques jours eut lieu le premier dépouillement ; la première chemise de laine et de flanelle fut bientôt suivie de la seconde, et les cache-nez prirent le même chemin. La journée, où il ne pouvait prendre son bain général, lui semblait du temps mal employé, tant il s'était endurci, aguerri aux intempéries. Ce qui plus est, il prenait ses bains non pas seulement dans la chambre chauffée ; il les prenait, au mois d'octobre encore, journellement à la rivière, dont l'eau froide lui souriait plus que celle de sa baignoire domestique.
Voici les questions principales auxquelles nous avons à répondre :
Dans quel état, dans quelles dispositions doit être le corps sain, pour user avec profit des bains froids généraux?
Combien de temps peut-il séjourner dans l'eau ?
Dans quelle saison est-il le plus facile de commencer l'emploi des moyens de s'endurcir?
Pour être dans les dispositions voulues pour un bain froid général, il faut que le corps tout entier soit parfaitement chaud. Si donc vous êtes bien réchauffé, soit auprès du poêle, soit par le travail ou la marche, vous vous trouvez dans l'état prescrit. Quand, au contraire, vous éprouvez quelque frisson ou que vous ayez les pieds froids, ne prenez jamais un bain froid général, avant de vous être convenablement réchauffé par un exercice. Si par contre vous transpirez ou que vous soyez même tout en nage, ne craignez rien, mais prenez tranquillement
votre bain froid général (pourvu toutefois que vous soyez bien portant). ''
Il y a beaucoup de gens, même des gens de réflexion et de sang-froid, qui ne craignent rien tant que l'immersion froide, quand le corps est en sueur. Et pourtant rien n'est moins dangereux. Oui, j'ose soutenir la proposition bien étudiée et basée sur une longue expérience : plus la sueur est abondante, mieux cela vaut, et plus le bain sera efficace.
Nombre de personnes, qui avaient cru que cette «cure de cheval» produirait nécessairement un coup d'apoplexie, ont déposé, après un seul essai, toute crainte et tout préjugé. ^
Qui donc, en rentrant tout en nage, quand le li~ quide salin lui coule du visage et que les doigts paraissent se coller ensemble, qui donc hésite ou craint de se laver les mains et la figure, même la poitrine et les pieds ? Chacun fait cela, car il s'en trouve bien. Est-ce que l'effet — c'est une conclusion nécessaire — ne doit pas être le même sur le corps tout entier? Ce qui fait tant de bien aux parties, sera-t-il préjudiciable au tout ?
J'aime à croire que l'horreur du bain froid, chez les personnes en sueur, provient de ce que plus d'un, qui en pleine transpiration s'exposait subitement au froid, à l'air frais ou au courant d'air, s'est gâté la santé pour toute sa vie. C'est bien vrai.
Je vais encore plus loin : bien des hommes en sueur ont cherché dans l'eau froide le germe de
^ Si on est mouillé par la pluie, il ne faut pas songer à une application d'eau; on s'en trouverait mal. J'ajoute, à cette occasion, qu'au sortir du bain il ne faut jamais mettre des habits mouillés; ils doivent toujours être bien secs.
2 Voir ce qui est dit dans la 3* partie sur la transpiration.
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graves maladies. Mais qu'est-ce qui en est la cause ? La transpiration ou le bain froid? Ni l'un ni l'autre. Comme en toutes choses ici-bas, de même aussi dans notre question en particulier, c'est le comment qui est important, c'est-à-dire il importe de savoir comment, de quelle manière les hommes en sueur emploient l'eau froide. Avec un simple couteau de table ou de poche, un fou furieux peut faire un mal énorme. Une application déraisonnable peut changer une chose très bonne en une chose très mauvaise. Ce qui est étrange, c'est qu'alors on condamne la chose elle-même et non point les abus préjudiciables.
Ce qui importe donc, c'est le comment, le mode opératoire. Si, en ce point, on fait à sa tête, on en supportera aussi les conséquences, dont seul on est responsable.
JSJous voici à la solution de la deuxième question : Combien de temps un homme en bonne santé peut-il rester dans le bain froid général ?
Un monsieur, à qui j'avais prescrit deux bains froids entiers par semaine, revint après quinze jours, se plaignant amèrement de ce que son état avait empiré considérablement, que toute sa personne était comme une statue de glace. Il avait l'air souffrant, et je ne compris pas que l'eau dût, cette fois, m'avoir trahi. Je lui demandai s'il avait fait l'application exactement d'après mes prescriptions ; il répondit : «J'ai tout fait très scrupuleusement, j'ai même fait davantage ; car, au lieu d'une minute, je suis resté cinq minutes dans l'eau, mais alors je n'ai plus pu me réchauffer.» Notre homme se corrigea, il opéra exactement, et bientôt il avait recouvré sa chaleur naturelle et sa fraîcheur d'autrefois.
Ce cas est l'image de tous les cas où l'eau doit avoir causé un préjudice. Ce n'est pas l'eau, ce n'est pas l'agent hydrothérapique qui sorte de son rôle ; les coupables sont les hommes imprudents et inexacts, qui, la faute commise, n'ont rien de plus pressé que d'accuser l'eau innocente.
Pour prendre le bain froid entier, il faut jeter rapidement les habits et s'étendre, pendant une minute, dans la baignoire. Si vous êtes en transpiration, asseyez-vous dans la baignoire, c'est-à-dire ne vous plongez dans l'eau que jusqu'à l'épigastre et lavezvous avec diligence et vigueur le haut du corps ; puis faites une immersion momentanée jusqu'au cou, sortez de l'eau sans retard et, sans vous essuyer, habillez-vous en toute hâte. L'ouvrier des champs et le manœuvre peuvent se remettre immédiatement au travail ; les autres se donneront du mouvement durant un quart d'heure au moins, jusqu'à ce que le corps soit complètement desséché et réchauffé. Il est indifférent de le faire à la maison ou à l'air libre ; moi personnellement je préfère, même en automne et en hiver, la promenade ou l'exercice en plein air.
Ce que vous faites, ami lecteur, faites le raisonnablement et ne dépassez jamais la juste mesure ! N'oubliez pas que le nombre des bains froids complets ne doit point facilement aller au-delà du chiffre 3 par semaine.
Quand faut-il débuter dans l'emploi des bains froids généraux ?
On ne peut jamais commencer assez tôt l'important travail d'endurcir le corps ou, ce qui revient au même, de le garantir contre les infirmités, de le rendre susceptible de résistance. Mettez-vous à l'oeuvre dès aujourd'hui; mais commencez par les moyens
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faciles. Si vous débutiez par les exercices pénibles, vous risqueriez de perdre courage. Vous pourrez prendre vos bains froids entiers, si vous êtes vigoureux, après quelques applications préparatoires (cf. moyens de s'endurcir) ; mais si vous êtes faible, il faudra plus de temps pour vous mettre dans les conditions voulues.
C'est un chapitre très important. Avant tout, ne cherchez pas à forcer les choses, en voulant entreprendre, sans transition, tout d'un coup, les exercices les plus rigoureux. Ce serait une absurdité.
Un médecin conseilla un jour à une personne atteinte de fièvre typhoïde de se mettre, pendant un quart d'heure, dans l'eau froide. Le malade le fit et en eut un tel frisson que, dans la suite, il ne voulut jamais rien savoir d'un pareil bain de santé et qu'il ne put assez le maudire. Après l'opération, l'homme de l'art déclara qu'on ne pouvait plus faire d'applications d'eau au malade et qu'au reste le malade était perdu. On m'apporta alors cette sentence de mort. Au lieu de désespérer de la guérison, je donnai le conseil d'essayer encore une fois l'eau, mais de n'y rester que 10 secondes (non un quart d'heure). On obéit, et le résultat fut visible : au bout de quelques jours le malade se remit.
Quand je vois de pareils errements, je suis toujours tenté de croire qu'on fait, à dessein, des applications d'eau d'une manière si crue, si déraisonnable, si violente, pour effrayer et rebuter le public, au lieu de lui inspirer la confiance pour l'élément humide. Je suis un original, je le sais bien ; c'est pour cela qu'on ne m'en voudra pas pour ces idées baroques.
Les personnes, qui veulent s'y mettre sérieusement, feront bien au début, après l'emploi des moyens
de s'endurcir, d'essayer encore les ablutions totales et, si les lotions à l'heure du coucher ne les excitent pas ou ne leur causent pas d'insomnie, de les pratiquer matin et soir, au moment du lever et du coucher. De cette manière on ne perd absolument pas de temps. Si vous ne pouvez, le matin, vous mettre de suite au travail ou en mouvement, recouchezvous pendant un quart d'heure, jusqu'à entière dessiccation et complète calorification.
Cette opération, faite 2-4 fois par semaine ou même chaque jour, constitue la meilleure préparation à notre bain froid entier. Essayez donc une fois ! Au premier malaise succédera bientôt un bien-être général, et ce qui vous inspirait de l'horreur, sera pour vous désormais un besoin.
Un monsieur de ma connaissance s'immergeait, pendant dix-huit ans, chaque nuit dans son bain froid entier. Cette prescription ne venait pas de moi, mais il ne voulut absolument pas laisser cette habitude et, les dix-huit ans durant, il ne fut pas malade un seul instant.
D'autres qui, dans la même nuit, visitaient 2-3 fois leur baignoire, je dus les retenir, le leur défendre. S'ils avaient trouvé cette pratique dure ou intolérable, telle qu'on aime à la dépeindre, certes, ils l'auraient laissée d'eux-mêmes.
Quiconque veut sérieusement, sincèrement s'endurcir, se fortifier, conserver sa santé, celui-là ne perdra pas de vue le bain froid entier ^, il ne se contentera pas du bon propos.
Les populations , races et familles vigoureuses étaient, de tout temps, des amies fidèles de l'eau
* Voir quelques effets en détail dans la 3^ partie, à l'article de la transpiration.
froide, particulièrement de notre bain. Plus notre siècle devient efféminé, plus il est temps de faire un retour aux idées et aux principes sains et rationnels des ancêtres.
Il y a encore maintes familles, surtout des familles nobles, des hommes distingués qui regardent notre hydrothérapie comme une tradition de leurs pères, comme une règle d'hygiène, comme, un moyen important de conservation, dont leurs descendants doivent rester en possession.
Pourquoi donc rougirions-nous de notre cause?
b) Le bain froid général des malades.
Nous indiquerons exactement dans les cas de maladies en particulier quand et combien de fois le bain froid entier devra être employé. Nous ne ferons ici que quelques observations générales.
Une nature saine, un organisme vigoureux est en état d'éliminer de soi-même les éléments morbides, tandis qu'il faut soutenir le corps malade et affaibli par la maladie, l'aider à faire de nouveau ce travail. A ce point de vue le bain froid entier est d'un secours bien efficace, un puissant moyen de confortation.
L'usage principal du bain froid général a lieu dans les maladies inflammatoires, c'est-à-dire dans les maladies qui sont précédées et accompagnées de fièvre violente. Les fièvres de 39-40° et au delà sont le plus à craindre : elles enlèvent la force, brûlent et détruisent misérablement l'organisme du corps humain. Le malade, qui en réchappe, devient très souvent la victime du dépérissement. La méthode expectante, qui consiste à observer le développement du terrible incendie, me parait dangereuse, pleine de fatales conséquences. Que peut faire dans ces cas
la recette à'une cuillerée par heure^ le quinquina si cher, le fébrifuge si bon marché, la mixture vénéneuse de digitale, qui est si préjudiciable à l'estomac ? Les médicaments sont et resteront dans ces brasiers de bien faibles antipyrétiques. Quel effet enfin attendez-vous de ces moyens d'enivrement, qu'on donne ou qu'on injecte au malade et qui, en effet, le rendent tellement ivre, qu'il ne sait et ne sent plus rien ? Abstraction faite du point de vue moral et religieux, il fait pitié de voir un malade ivre et assoupi, défiguré et les yeux égarés. Dans la fièvre, il ne s'agit que d'éteindre le feu. Or, c'est avec l'eau qu'on éteind le feu et les incendies ; quand donc le corps humain est, pour ainsi dire, tout entier en feu, la meilleure pompe à incendie sera le bain froid général. Quand l'accès apparaît de nouveau, c'est-à-dire toutes les fois que la chaleur et l'anxiété augmentent, le bain froid, administré peut-être au début de la fièvre chaque demi-heure, sera bientôt maître du feu, si toutefois on y a recours à temps. (Cf. inflammations, scarlatine, typhus, etc.)
J'entendais dire jadis que dans dévastes hospices des pauvres, qui n'étaient pas en état de payer le prix si élevé de la quinine, on employait fréquemment la baignoire ; dans les derniers temps, quelques journaux m'apportèrent la joyeuse nouvelle que dans les hôpitaux militaires d'Autriche on a recommencé à traiter par l'eau certaines maladies, comme le typhus. Pourquoi le typhus seul? Pourquoi pas également, selon les conclusions de la logique, toutes les maladies qui se manifestent par des accès de fièvre? Qui dit A, doit dire B.
Plaçons ici une observation, qui concerne peutêtre davantage les lotions. Tous les malades ne
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sont pas en état d'utiliser les bains froids généraux; plus d'un est peut-être tellement débilité qu'il ne peut se lever ou se retourner, et qu'on ne peut guère le sortir du lit. Est-ce que ces malades doivent être privés des applications d'eau froide? Nullement. Nos procédés d'application sont si variés et chaque application a tant de degrés, que chacun, l'homme le mieux portant comme celui qui est gravement atteint, peut trouver ce qui convient à son état. Il ne s'agit que de bien choisir l'application.
Un malade, qui, en raison de sa grande faiblesse, n'est pas susceptible d'un bain froid entier, peut recevoir, en compensation, des lotions entières ou partielles, et celles-ci seront pratiquées sans difficulté au lit même, sur le malade le plus débilité. Comme les bains froids, elles seront réitérées aussi souvent que le degré de la chaleur l'exigera.
Gardez-vous, surtout chez les personnes gravement malades et attachées au lit, de commettre la faute doublement coupable d'une application trop rude ; cela aggraverait chaque fois le mal.
Je pourrais nommer quelqu'un qui, alité pendant onze ans, avait été traité par le médecin durant tout ce temps ; on avait essayé aussi de l'hydrothérapie ; rien n'y fit. Quand cette personne fut rétablie par moi dans l'espace de six semaines, le médecin déclara que cette guérison lui paraissait prodigieuse. Il vint me voir et voulut savoir comment cela s'était passé, d'autant plus qu'il n'avait plus trouvé de vitalité active dans ce corps malade, et que tout son traitement par l'eau était resté sans résultat. J'expliquai à ce médecin le procédé bien simple que j'avais suivi et les moyens hydrothérapiques plu^ simples encore que j'avais employés. Nous reconnûmes tous deux
que ce n'est pas avec une pompe à feu qu'on éteint un copeau fumant : ses applications avaient été trop rudes, les miennes douces, lentes, appropriées à la tolérance du pauvre corps malade.
Bien souvent j'ai été peiné de lire et d'entendre que, dans beaucoup de maisons et d'établissements, il y a des gens qui ne quittent pas le lit pendant dix à vingt ans ou davantage encore. Ce sont des créatures dignes de pitié. Au reste, c'est là une chose que je ne comprends pas et que je n'ai jamais comprise. Sans doute il y a des cas de maladie incurable, et l'Écriture sainte aussi parle d'un homme atteint d'une maladie de trente-huit ans ; mais ces cas exceptionnels sont excessivement rares. J'ai la ferme conviction que beaucoup de ces personnes alitées pourraient recouvrer la santé au moyen des applications d'eau pratiquées simplement, mais avec patience et exactitude.