‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 183 sur 200 · Hémorroïdes · texte numérisé non relu

Hémorroïdes

Les hémorroïdes peuvent être en partie un héritage, en partie une suite du genre de vie. Les personnes sédentaires, les copistes, les hommes d'étude, les gastronomes, etc., sont beaucoup affligés de cette maladie sournoise. Le campagnard, qui, d'un bout de l'année à l'autre, mange des pommes de terre et des farineux, qui ne voit la viande qu'aux jours de dimanche et de grande fête, qui, en place de la bière et des vins forts, se contente du lait et

du breuvage des apôtres (l'eau), et qui tous les jours se livre à des travaux pénibles, celui-là, dis-je, ne connaît d'ordinaire les hémorroïdes que de nom.

Cette infirmité est gênante, souvent très gênante, mais peu grave, surtout au début; il y a même des personnes obligées de porter leur mal des années entières ou toute leur vie. La démangeaison, le prurit est bien désagréable, parfois très pénible; mais ce qui est plus pénible encore, c'est son effet déprimant sur le moral, en rendant morose, capricieux, irritable; il y a des cas où cette maladie abreuve d'amertume toute la vie d'un homme et porte l'irritabilité jusqu'au délire. De là, vous voyez combien l'insouciance en face de ce mal serait déplacée ; il faut, au contraire, en prendre soin, afin qu'il n'empire pas trop et qu'il ne finisse point par devenir dangereux.

Eh bien ! en quoi consistent les hémorroïdes, quelle en est l'origine? Qui n'a déjà vu un dindon avec ses poches membraneuses, qui lui pendent par-devant, au cou, parfois comme des sachets vides de tout? Quand une de ces bêtes vient à se fâcher, voilà que ses petits sacs charnus se remplissent de sang et deviennent comme des boules rouges. Les hémorroïdes sont de semblables tumeurs renfermant du sang et du mucus, se formant à la marge de l'anus ou à l'intérieur du rectum, donnant lieu à un écoulement de sang (hémorroïdes fluentes) ou disparaissant sans donner lieu à un flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont des tubes élastiques, susceptibles de se dilater. Plus le sang afflue d'une façon désordonnée à un endroit, plus ces vaisseaux se dilatent, ce qui a lieu surtout là où le sang s'amasse et forme en quelque sorte des lagunes. Il

en résulte de petites tumeurs plus ou moins grosses et dures, comme les verrues à la main ou à la figure, et ces bourrelets sont remplis de sang. S'ils siègent à l'intérieur du corps, dans le rectum même, ce sont des hémorroïdes internes, tandis que les hémorroïdes sont appelées externes, si elles se manifestent au dehors de l'anus.

De temps à autre ces tumeurs ou bourrelets éclatent et laissent écouler une mucosité brune, très souvent du sang pur. Cet écoulement soulage beaucoup le patient ; si les veines hémorroïdales ne laissent pas échapper un flux sanguin et qu'elles soient gorgées et nombreuses, elles occasionnent de violentes douleurs et bien des embarras. Ajoutons que ce n'est pas seulement au fondement et au rectum que se produisent ces dilatations variqueuses des veines : elles se dessinent même quelquefois aux parois des veines dans l'intérieur du corps. De même que les maraudeurs se joignent aux troupes régulières, ainsi ces sortes de sangsues s'attachent aux veines, surtout aux veines principales.

Plus les tumeurs hémorroïdales sont nombreuses et plus elles s'ouvrent fréquemment, plus aussi elles portent préjudice aux parties atteintes. Par suite il n'est pas rare de voir se produire à ces parties des ulcérations malignes et incurables, comme le cancer du rectum, des fistules, des abcès, etc..

Les douleurs sont augmentées et multipliées par les ascarides, petits vers qui se trouvent dans le rectum et qui s'attachent aux parois de cet intestin, comme des tiques. S'ils sont nombreux, ils corrodent le rectum, et les conséquences en sont des ulcérations malignes.

Le traitement des hémorroïdes par l'eau est facile

et, dans la plupart des cas, couronné de succès.* Le nombre des malades de cette catégorie que j'ai guéris est très considérable, et je puis dire que tous les cas ont eu une heureuse solution.

Commençons par attaquer les ascarides, s'il en existe. Ils se trahissent, la plupart du temps, par un chatouillement, une démangeaison, un prurit dans la région anale, ce qui, du reste, a lieu aussi par le fait du gonflement des tumeurs hémorroïdales. A cet effet on prend 1, 2 ou 3 clystères froids, l'un à la suite de l'autre, et on les laisse partir immédiatement après. Quand l'eau froide parvient dans le rectum, les ascarides se détacheront en quelque sorte de l'anus, de même que la sangsue quitte l'endroit mordu, lorsqu'on la saupoudre de sel. Si le liquide injecté est évacué sans retard, les petits vers détachés seront entraînés avec lui au dehors. Si l'on répète cette opération 2 ou 3 fois (l'on peut faire fonctionner la seringue 2 ou 3 fois par semaine), il partira beaucoup de ces ascarides, sinon tous.

N'a-t-on affaire qu'à des tumeurs hémorroïdales, il faut observer ce qui suit : Quand il y a un trop grand afflux de sang, on le détournera ; les veines trop dilatées doivent être rétrécies, les impuretés et toutes les matières impropres sont à éliminer. Dans ce but l'application suivante rend un bon service : Faites usage de la compresse inférieure, c'est-à-dire étendez sur le lit un linge très gros, plié en plusieurs doubles, trempé dans l'eau la plus froide, assez long

1 J'ai connu un malheureux, chez lequel les hémorroïdes faisaient saillie de la longueur d'un pouce, à travers l'anus. Pour obvier à l'inflammation, il dut les tenir constamment dans l'eau fraîche. Dans de pareils cas, le remède n'est pas facile, et mes applications arrivent trop tard.

pour couvrir tout le dos jusqu'au bas du fondement et assez large pour dépasser le dos de chaque côté; couchez-vous là-dessus pendant trois quarts d'heure, et répétez cette opération 3 ou 4 fois par semaine. Si le drap de lit devient chaud avant les 45 minutes écoulées, il faut l'enlever ou, ce qui vaut mieux, le tremper derechef.

Parmi les autres remèdes contre les hémorroïdes, nommons le bain de siège, qui est à prendre froid 3-4 fois par semaine. On peut le répéter chaque demi-journée ou pendant la nuit 2-3 fois, mais en n'y restant jamais au delà d'une ou de deux minutes. Cette application, comme la précédente, agit à la fois sur les hémorroïdes existantes et sur les causes qui les produisent

Quiconque est affecté d'hémorroïdes et entreprend, à chaque trimestre, pendant 1 ou 2 semaines, une des cures citées, est certain que son mal n'aura pas de suites graves et que, s'il ne disparaît pas complètement, du moins itne sera jamais trop gênant. Pour ceux, au contraire, qui trouvent ces exercices trop pénibles, je ne connais, hélas ! point de remède.

Relativement à la nourriture je n'attire l'attention que sur un point qui, à mon avis, n'est pas suffisamment apprécié. Beaucoup de personnes affligées d'hémorroïdes se sont mises à manger, au lieu du pain ordinaire, du pain de son, et depuis ce moment leur mal, tout en ne disparaissant pas entièrement, ne les gêne plus grandement. Je recommande vivement ce pain de son, qui devrait avoir de l'avenir. Ce n'est pas seulement chez l'un ou l'autre, mais chez la plupart des hommes (pour d'autres motifs encore) qu'il devrait être en usage, puisqu'il est un aliment sain et confortant. Mais, remarquez-le bien,

je parle du pain de son véritable, non falsifié. Le frelatage s'est déjà emparé aussi de cet article. J'ai trouvé un jour, dans une grande ville de l'étranger, du pain de son (on sait qu'il est très lourd) aussi léger que le pain ordinaire. Je coupai la petite miche : ce n'était pas du pain de son, le boulanger avisé s'était contenté de le saupoudrer de son, comme on saupoudre de cumin ou d'anis. Dans la pharmacie domestique, nous avons indiqué une recette pour la préparation du pain de son.

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