‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 190 sur 200 · Hypocondrie · texte numérisé non relu

Hypocondrie

J'ai toujours beaucoup de pitié pour les hypocondriaques, comme pour les scrupuleux. «C'est un hypocondriaque, c'est un scrupuleux», entendezvous dire mille fois. Manière de parler creuse et fade ! Avec cela on se moque de ces malheureux, au lieu d'être charitable à leur égard. Ce sont précisément ces malades qui méritent de notre part la plus grande compassion et l'intérêt le plus vif. Je me demande chaque fois (et je le fais aussi pour les

scrupuleux) : Cet homme a-t-il jamais été dans son état normal? Y a-t-il eu un temps où il pensait raisonnablement et travaillait activement? Et si je reçois une réponse affirmative, ce serait déraisonnable de ma part de penser qu'il ne manque rien à cet homme, qu'il se plaît à faire des folies, qu'il est heureux de se martyriser lui-même et de martyriser les autres. Il faut que je me dise, au contraire : Ce malheureux doit avoir subi une modification interne, dans son corps ou dans son esprit, c'est-à-dire il doit être bien malade. Donc, cherchons à guérir ce qui s'est modifié, à rétablir l'état de santé d'autrefois; après cela l'hypocondrie cessera d'elle-même. Les hypocondriaques — c'est souvent le cas — sont justement les gens les plus capables, ceux qui se sont astreints beaucoup aux études. La maladie les prend à l'improviste, de même que, dans la maison la plus solidement construite, il peut inopinément s'écrouler quelque chose.

Je suis d'avis que dans l'hypocondrie, comme dans toutes les maladies de l'esprit, la racine du mal se trouve toujours dans le corps, dans le corps malade. Ce n'est qu'avec cette idée que l'on arrivera à guérir sûrement. Il faudra, par conséquent, chez ces malades, chercher à redresser ce qui est relâché, à fortifier ce qui est affaibli, à mettre mieux en mouvement ce qui est inactif; en un mot, il faut faire rentrer le cours du sang dans la bonne voie, et l'hypocondrie sera guérie.

J'ai connu un homme favorisé de magnifiques talents. De bien longues années il vécut très heureux dans sa position et travaillait pour deux, avec facihté et entrain. Tout d'un coup il devint hypocondriaque et en vint au point qu'il ne s'inquiétait

plus le moins du monde de ses occupations, qu'il s'effrayait et s'effarouchait de tout, qu'il fuyait chaque société. Au lieu de lui témoigner de l'intérêt et de la pitié, dont il avait besoin, plus que tout autre, on ne lui disait à tout moment que des propos dédaigneux : « C'est que vous êtes hypocondriaque, on ne peut rien pour vous. » Cela suffit pour renverser, pour écraser un homme !

Chose curieuse! cet homme (je le tiens de luimême) avait déjà visité deux établissements hydrothérapiques, qui n'ont fait qu'aggraver son état. Les traitements y étaient trop rudes, trop violents, faits pour démolir cet organisme à moitié ruiné, plutôt que pour le réédifîer.

C'est à cette occasion que j'ai pu constater, une fois de plus et très clairement, combien l'eau, appliquée sous les formes les plus douces, est à même de produire les effets les plus excellents et les plus durables. Il va sans dire qu'une maladie de ce genre ne peut être enlevée en quelques jours.

Quiconque observe les règles ordinaires de l'hygiène, relativement à la nourriture, aux vêtements, à l'aération, à la récréation, à la propreté, celui-là n'a pas à craindre cette fatale maladie. Si, par hasard, elle apparaît à l'horizon, on n'aura guère de peine à la congédier immédiatement.

Les applications d'eau les plus appropriées consistent dans les lotions totales et partielles, dans les demi-bains et bains de siège, dans les demi-maillots, enfin dans les bains froids entiers.

Il me tient à cœur de relever ici deux points qui me pèsent. C'est un grand malheur de notre temps qu'on recherche tant les spiritueux, que les jeunes Q^ens mêmes s'habituent si facilement aux vins forts.

Toutes ces boissons font l'effet de riiiiile sur le feu : le sang et les humeurs de notre génération affaiblie ne les supportent pas. Restons sobres et simples, et bien des infirmités, que le progrès et Fesprit moderne ont amenées sur la scène des maladies, disparaîtront de nouveau derrière les coulisses. — Une autre calamité.^ que je voudrais encore signaler, consiste dans la manie de vouloir se nourrir presque exclusivement de viandes, et de dédaigner les aliments faits de lait et de farine, qui pourtant fournissent les sucs les plus substantiels, les humeurs les moins acres, le meilleur sang. Cela ne peut avoir de bons résultats, c'est contre nature. C'est aux carnassiers seuls que le créateur a disposé l'estomac et le râtelier uniquement pour la chair. Mais pour l'homme, en faveur de qui tout le reste a été créé, il n'a pas tant limité le domaine alimentaire. Ils sont insensés, ceux qui — pour leur propre perte — agissent de la sorte !

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