D. AFFUSIONS
Les afïusions en usage chez moi sont les suivantes : I. Affusion des genoux.
On découvre les pieds et les jambes jusqu'au-dessus des genoux, on retrousse le pantalon autant que possible et, pour le garantir contre l'eau, on le recouvre d'un essuie-main ou d'une serviette. Puis, on se place sur une chaise et l'on pose les deux pieds dans un cuveau (voir fig. 11, p. 114), comme pour un bain de pieds. L'affusion s'effectue au moyen d'un arrosoir, tel qu'on en a dans les serres, qui se laisse
diriger aisément d'une seule main. Le premier arrosoir, qu'on répand d'une manière rapide et dans un jet abondant, mouille les deux pieds depuis les orteils jusque par-dessus les genoux. Les arrosoirs subséquents baignent, dans un jet plus faible et tombant d'une hauteur variable, certaines parties du pied, surtout les rotules (au milieu, à droite et à gauche) et les mollets, de façon à ce que l'eau découle des ïambes d'une manière à peu près égale. Le dernier
arrosoir ne se vide pas lentement , comme les précédents; on le répand, de la grande ouverture , en deux ou trois coups à verse sur les jambes. Pour une affusion on peut employer 2- 10 arrosoirs d'eau.
Les personnes Fig. il. délicates ou ma-
lades ne supportent, au premier abord, l'affusionqu'à grand'peine. Le début en coûte à chacun. J'ai vu des hommes qui, après avoir d'abord plaisanté de cette niaiserie et voulu ensuite dissimuler la secousse qui les ébranlait d'outre en outre, comme un coup électrique, ont fini par trembler comme une feuille et pleurer de douleur. C'est là le meilleur argument de la vertu électrisante, rafraîchissante, fortifiante de l'affusion.
Aux convalescents, aux personnes débilitées et anémiques, à tous ceux dont les os des pieds et des jambes ne portent que des muscles chétifs, de pauvres
APPLICATIONS D EAU
fuseaux de chair — je ne conseille, au début du traitement, que 2-3 arrosoirs d'eau. Un commençant ne doit pas dépasser, pour la première fois, le chifîre 2; les jours suivants il peut aller jusqu'à 4 ou 6, plus tard jusqu'à 8 ou 10 arrosoirs. Après 8-10 affusions des genoux, tout sentiment de douleur aura disparu. C'est avec un certain bien-être qu'on soupire après l'application prochaine, tant l'affusion a fortifié en peu de temps les pieds et les jambes !
L'affusion des genoux n'est usitée en règle générale que de concert avec l'affusion supérieure.
2, Affusion supérieure.
La personne qui doit recevoir l'affusion supérieure se déshabille jusqu'au pantalon. Un linge, mis sur ce dernier, l'empêche de se mouiller. Le cuveau, dans lequel l'eau s'écoule, au lieu de rester à terre, peut être placé sur un escabeau.
De cette manière, les gens d'un certain embonpoint s'inclinent plus facilement ;latête aussi est ménagée, puisque, si elle est relevée,
le sang y afflue Fig. 12.
moins. Le patient appuie les deux mains sur le fond du cuveau, de manière à donner à la partie supérieure de son corps une position horizontale, afin que l'eau répandue s'en aille au cuveau. (Voir fig. 12.)
Le premier arrosoir se répand, en partant du bras droit et de l'épaule droite, sur tout le dos jusqu'à l'épaule gauche et au bras gauche (fig. 13, a). Il sert en première ligne à humecter l'endroit qui va être douché. Le second (b) et le troisième (c) arrosoir s'appliquent principalement sur le grand plexus sympathique des deux côtés de la 7° vertèbre cervicale, puis sur le dos entier et la colonne épinière, en terminant toujours à l'un des bras supérieurs. Le dos doit être arrosé 3-4 fois d'une manière égale, recevant ainsi 3 applications d'eau, qui s'écoulent sur la poitrine dans le bassin. Il faut, autant que possible, ménager la tête, mais, par contre, bien arroser lanuque. Quand les cheveux sont longs, je n'entame pas du tout la tête ; quand ils sont courts, j'arrose un peu et doucement. Pour les personnes nerveuses , il faut prendre garde de n'arroser ni trop fort ni trop longtemps la colonne vertébrale, en tout ou en partie. Le jet ferait presque l'effet d'un glaive perçant et ne serait pas supporté, quoique du reste il n'y ait aucun danger. Suivant le besoin et les circonstances, l'opérateur fera tomber le jet abondant ou divisé, fort ou faible, de plus haut ou de plus bas. En même temps il observera si le patient se plaint de douleurs particulières à tel ou tel endroit, et s'il n'existe point par hasard des symptômes d'éruptions (exanthèmes), d'abcès, d'ob^ structions du sang (taches livides), de tumeurs sanguines (phlegmons), etc..
Plus l'eau coule d'une manière égale sur les parties arrosées, plus il est facile de supporter l'affu-
Fig. 13.
APPLICATIONS D'EAU. 117
sion, et la chaleur revient d'autant plus vite et d'une manière d'autant plus régulière.
Il y a des personnes (ce sont notamment celles qui jouissent d'un parfait embonpoint ou qui sont disposées à en prendre) chez qui la réaction se fait attendre longtemps. On reconnaît cette circonstance à la peau, qui reste blanche, incolore, comme avant l'affusion, et que ne rougit pas le sang réveillé, stimulé, affluant vers les parties arrosées. Je remédie à cette anomalie par le moyen suivant : après l'épanchement du premier arrosoir, je lave et frictionne un peu de la main le dos mouillé, et par ce frictionnement je stimule la peau. Après le 3^ et le ¥ arrosoir la réaction existe dans son plein.
Pour les personnes débiles il suffit, pour leur administrer une afîusion, de verser le contenu d'un seul arrosoir.
Aux commençants on donne 1-2, à ceux qui sont plus avancés 2-3, aux hommes sains et vigoureux 5-6 arrosoirs. Dans aucun cas et malgré tout le bienêtre, il ne faut exagérer ou excéder la mesure.
Après l'affusion il faut se laver rapidement la poitrine, essuyer les mains et la figure (rien au delà), s'habiller en toute hâte et se donner du mouvement ou se rendre au travail.
L'affusion supérieure (à moins d'une ablution) est toujours nécessaire après le bain de vapeur de la tête. Autrement on ne l'emploie, en règle générale, qu'en union avec l'affusion des genoux, en admiilistrant d'abord l'affusion supérieure et ensuite, mais seulement après le complet habillement du haut du corps, l'affusion des genoux.
Ces deux affusions comptent parmi les moyens de s'endurcir : leur action est réchauffante (circulation
régulière du sang), fortifiante, véritablement électrisante ; elles peuvent être employées par les personnes des deux sexes, sans qu'elles courent jamais le moindre risque.
Je connais des hommes qui, tous les matins, après
le lever, s'administrent eux-mêmes les deux affusions. Ils pratiquent d'abord l'affusion supérieure en maniant avec dextérité l'arrosoir, dont ils se font couler le contenu sur le dos ; ou bien ils se rendent dans la buanderie ou dans une chambre de bain, où ils tournent un peu le robinet du réservoir d'eau et
s'arrosent d'un jet modéré (fig. 14) le dos, qu'ils promènent sous la lame d'eau suivant leur plaisir et satisfaction. Après cela ils dirigent le robinet ou l'arrosoir sur les genoux. Au bout de 5 minutes tout est fini, et le corps entier a reçu un grand bienfait. Si vous n'osez vous faire administrer l'afïusion par un autre et que vous n'ayez pas assez de dextérité pour opérer vous même, eh bien ! lavez- vous avec de l'eau bien froide le haut du corps ; puis mettez les pieds, découverts jusqu'au-dessus des genoux, dans un bassin en partie rempli d'eau, prenez avec n'importe quoi de cette eau du bassin et répandezla lentement sur les genoux et les jambes. Même dans le cas où l'opération se fait de cette manière simple et primitive, l'effet se fera certainement sentir.