I. L'ablution totale, a) Four les personnes en bonne santé
L'ablution totale s'étend, comme le nom l'indique, au corps tout entier (la tête exceptée), qu'on lave d'un seul trait, de haut en bas.
Elle s'effectue le plus facilement de la manière suivante : on prend une serviette rude et grossière (la p^ite éponge des baigneurs marche trop lentement), on la trempe dans l'eau froide et l'on commence par lotionner la poitrine et le ventre, puis le dos, qui est moins accessible. Comment faut-il laver le dos? Chacun trouvera soi-même de quelle manière il peut, le plus vite et le plus facilement, atteindre le dos tout entier. Enfin vient le tour des bras, des jambes et des pieds. Tout doit être terminé au bout d'une minute, au plus tard dans deux minutes. Toute lotion qui dépasserait cette limite pourrait devenir préjudiciable. En outre, gardez-vous bien de faire la lotion dans un endroit où le corps serait exposé à l'air libre. Ce serait une imprudence coupable. Sans s'essuyer, l'on remet ses habits en toute hâte et l'on va au travail ou l'on se donne du mouvement, jusqu'à ce que la peau soit entièrement réchauffée et desséchée.
Quand et combien de fois les personnes bien portantes peuvent-elles user de la lotion complète? Chacun se lave une fois, au matin, la figure et les mains. La lotion complète aussi serait bien placée à cette heure matinale, immédiatement après le lever. Car c'est alors que la chaleur naturelle, par suite des couvertures du lit, est au degré le plus élevé. La lotion sera donc une réfrigération, un rafraîchissement
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agréable, qui chasserait du coup tout sommeil et donnerait, dès le réveil, de la vie, de l'ardeur, de l'entrain pour le travail de la journée. Il ne peut être question d'une perte de temps, puisque dans une minute tout est fait et que dès lors on pourra aller au travail.
Le citadin fait sa promenade matinale au printemps et en été. Qu'il essaie, avant de se mettreen route, la lotion totale. Je suis convaincu qua personne n'aura besoin de l'encourager pour la seconde fois.
Les personnes qui, après la lotion entière, ne peuvent se donner du mouvement ni aller au travail, ont tort de s'en dispenser pour ce motif : qu'elles se lavent tout tranquillement et se remettent alors au lit pour un quart d'heure ou une demi-heure. C'est également bon.
Si on peut arriver — cela coûte si peu d'efforts — à rendre tous les 2 ou 3 jours, pendant un certain temps, ce petit service à son corps, on fera certainement une bonne action, qui sera récompensée au centuple. Si on ne trouve pas pour cela un moment libre à l'heure du lever, on pourra le faire à une heure quelconque de la journée : on se retire durant 2-3 minutes dans sa chambre à coucher ou dans la buanderie, et l'opération bienfaisante sera accomplie. Ne cherchons pas trop nos aises et ne soyons pas si «hydrophobes».
Quand le maréchal-ferrant ou le serrurier ferme son atelier, il se lave la figure pour se débarrasser de la suie et de la poussière de charbon. Quand le laboureur, chez qui la propreté est quelque peu en estime, rentre des champs, il ne manque pas, dans la saison chaude, de prendre avant tout autre rafraîchissement une gorgée d'eau et de s'en rincer
la bouche. Comme ils feraient bien, tous les deux, après le travail pénible de la journée, s'ils délivraient leur corps du dernier reste de sueur dans une ablution totale ! Je désirerais de tout cœur que cette petite opération ravigotante et fortifiante fût plus connue !
Le soir, avant le coucher, chacun ne peut pas faire une application d'eau froide, puisqu'elle agite beaucoup de personnes. Celui qui la supporte perdra, précisément à cette heure, le moins de temps possible et dormira d'un sommeil d'autant plus ferme et plus tranquille.
J'ai recommandé avec succès à bon nombre d'individus, qui souffraient d'insommie, au lieu du bain entier, l'ablution entière, qui est plus aisée.
En hiver je conseille toujours de se coucher d'abord au lit pendant 10 minutes et alors seulement, quand tout le corps sera devenu chaud, de pratiquer l'ablution totale.
h) Pour les personnes malades.
C'est auprès des malades que j'ai toujours remarqué, non seulement que les frictions et les frottements profitent peu, mais que bien souvent ces opérations sont préjudiciables par suite de l'agitation, du réchauffement non uniforme, etc..
Dans la lotion totale des malades je demande avec insistance, d'abord que tout le corps, le dessous des pieds inclusivement, soit lavé, puis qu'il soit lavé d'une manière uniforme : uniforme par rapport à la quantité d'eau employée à toutes les parties du corps et uniforme par rapport à la friction inséparable de tout lavage, quel qu'il soit. Ce n'est que de cette façon que la chaleur naturelle se développera librement, également, régulièrement. Si l'on se permet
des irrégularités, la chaleur se dégagera irrégulièrement, différemment aux différentes parties, ce qui sera d'un effet sinon nuisible, du moins peu favorable.
Je fais toujours effectuer les ablutions des malades de la manière suivante : le malade se mettra sur son séant ou bien, s'il est trop faible, on le maintiendra dans cette position. On lui lavera rapidement le dos, en passant plusieurs fois le long de la colonne vertébrale. C'est l'affaire d'une demi-minute, et le malade se couchera de nouveau. Après cela on lui lavera la poitrine et le ventre, besogne que les personnes non trop débilitées feront elles-mêmes, et pour laquelle il ne faut pas une minute. Vient alors le tour des bras, enfin celui des jambes. Au bout de 3 ou 4 minutes tout est passé, et le malade se sentira à son aise, comme rajeuni.
De même que je puis tous les jours laver à quelqu'un la figure et les mains, je puis lui donner aussi, avec de la bonne volonté et de la charité, l'ablution entière. La 2^ et la 3^ fois on aura acquis de la pratique, et l'opération sera d'autant plus aisée.
Si la lotion du corps entier était réellement trop pénible pour un malade très fatigué, l'on pourra distribuer la lotion totale en 2 ou 3 lotions partielles : le matin on lavera la poitrine, le ventre et les bras, et vers le soir le dos et les pieds ; ou bien dans la matinée on lavera la poitrine et le ventre, vers midi le dos, et dans la soirée les bras et les jambes.
Une ablution prudente et rapide ne fera jamais de mal, lors même que l'eau serait très froide — ce qui vaut mieux, du reste.
Nous indiquons dans les cas spéciaux de maladie quand et combien de fois l'ablution totale des malades est à pratiquer.
Nous observons seulement, en cet endroit, que, surtout dans les fièvres aiguës, puis dans toutes les maladies accompagnées de fièvres aiguës, particulièrement dans le typhus et la variole, les lotions totales jouent un rôle essentiel et remplacent toujours les bains froids entiers, si ces derniers, pour une raison ou pour une autre, ne peuvent pas être pris.
Dans la fièvre, la chaleur grandissante et l'anxiété qui en surgit indiquent chaque fois le moment de répéter l'ablution, qui, dans certaines circonstances, peut avoir lieu toutes les demi-heures.
Beaucoup de maladies, comme le catarrhe, la fièvre muqueuse, la variole, le typhus, etc...., ont déjà été guéries par les seules ablutions totales de ma méthode.
Chez les natures débiles j'emploie pour les lotions, en place de l'eau pure, très souvent du vinaigre étendu d'eau. Le vinaigre, outre qu'il fortifie, déterge mieux la peau et ouvre davantage les pores.
On entend souvent dire que les ablutions au vin, à l'alcool (j'excepte le vinaigre), etc...., produisent des effets extraordinaires. Bien des fois j'ai essayé ces sortes d'ab]4itions, mais jamais je n'ai pu obtenir que des résultats ordinaires, parfois très médiocres; de fois à autres je n'ai eu même aucun résultat.
Jadis l'eau-de-vie de lie de vin passait pour le nec plus ultra comme moyen de lotion, ce qui rendait florissant le commerce de cet article. Plus tard il y eut une période de répit, et, dans ces derniers temps, la vogue de cette eau-de-vie a repris de plus belle.
Ces sortes de remèdes paraissaient à l'horizon et s'en allaient de nouveau, comme les comètes. Ils
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laissent parfois une longue tramée ; n}.ais ils finissent chaque fois par disparaître pour toujours. Ces astres ne sont pas les étoiles ordinaires et régulières, qui paraissent chaque nuit et brillent tranquillement et sans interruption. C'est avec ces dernières que Je voudrais comparer l'eau : elle agit, et ses applications resteront et se maintiendront, après que ces « courants extraordinaires » auront cessé de couler, d'autant plus qu'ils n'auront pas soutenu l'épreuve. Je souhaite très ardemment que l'eau se fraie un chemin de plus en plus large , qu'elle se fasse jour à travers les classes d'hommes qui pourraient, pour le plus grand bien de l'humanité, favoriser son emploi et faire connaître son utilité si salutaire.