Potage de santé
Quand une fois le potage de santé, que nous appelons aussi soupe hygiénique, sera connu et utilisé, on pourra — j'en suis convaincu — rendre heureux un grand nombre de malheureux. Ce potage n'est pas seulement si recommandable à cause de ses éléments excessivement nutritifs, mais aussi parce qu'on
peut l'obtenir si bon marché et le préparer avec tant de facilité.
Un homme de qualité, qui avait appris à connaître le potage de santé, acheta chez un paysan deux grandes miches de pain bis. On sait que le pain bis est fait de farine de seigle et que, pour les gens de la campagne, le seigle est si bien moulu que toute substance nutritive en est extraite et qu'il ne reste que peu de sons. Notre monsieur fit couper les deux miches de pain en petites tranches, qu'il mit sur un plateau en tôle; celui-ci fut alors placé sur un foyer chauffé, afin que le pain se desséchât autant que possible. Bien desséché et durci, il fut pilé dans un mortier et réduit en poudre grossière. Désirait-il alors un potage substantiel, il en infusait deux ou trois cuillerées dans un bouillon bien chaud, y ajouta un peu de sel et très peu (ou point du tout) d'épices. Le potage se prépare en deux minutes, est de bon goût, fournit une excellente nourriture et ne produit que peu ou point de gaz.
En place du bouillon, le monsieur en question se servait souvent de lait bouillant, pour y détremper sa poudre de pain. Suivant cette méthode aussi tout est fini au bout de 2 minutes. Cette seconde sorte de potage a un avantage sur la première : c'est que le lait renferme plus de substances nutritives.
N'avait-il justement ni lait ni bouillon, il faisait mettre de l'eau en ébullition et y délayait sa farine de pain. Mais dans ce cas il y ajoutait, avec un peu d'épices, de la graisse de bœuf. Ce potage aussi est très substantiel et mérite également le nom de potage de santé.
Un jour — c'était dans la semaine de la fête du village — le même monsieur entra dans une maison,
OÙ l'on venait de cuire du pain d'épeantre. L'épeautre est un blé rouge qui donne une farine très blanche ; les paysans la font moudre, comme le seigle, aussi exactement que possible. Il se procura deux miches de ce pain, et procéda comme pour le pain bis. Il mélangea la poudre obtenue du pain d'épeautre avec la poudre du pain de seigle, pour s'en faire apprêter des potages suivant les méthodes décrites ci-dessus. De cette manière il eut six sortes de soupes hygiéniques, toutes différentes dans leur substance et leur efficacité. On peut donc varier, afin de n'être pas exposé à éprouver de la répugnance.
Ce potage de santé convient parfaitement aux enfants très faibles, parce qu'il est de facile digestion, qu'il nourrit bien et qu'il ne produit pas de gaz. Il est à recommander aussi à la jeunesse débile, pour obvier à l'anémie, qui fait tant souffrir le corps. Il est bon également pour les malades , puisqu'il procure beaucoup d'éléments nutritifs à la nature épuisée. C'est à la vieillesse enfin qu'il rend d'éminents services : quand les dents font défaut et que, par conséquent, les aliments soUdes ne peuvent plus être convenablement mâchés, on s'en tiendra à ce potage.
Il ne devrait pas y avoir de famille qui ne fasse usage de notre soupe hygiénique. Je l'ai jadis recommandée à un employé haut placé, qui, plus tard, me disait qu'il n'existe pas de potage plus sain et plus substantiel.