SCENE III
DORNABRUCK , puis, MINA.
DORNAenuCK. Ah ! comme ces cris portent à l'ame! comme ils m'exaltent ! quel plaisir ils font circuler dans tout mon être I lorsque je m'entends louer et traiter de monseigneur, je crois sentir une odeur d'encens qui parlume l'air que je respire !
MINA, entrant, arec joie. Ah! mon frère! mon frère! qii'estc.e que j'apprends?., vous donnez une fêtel.. vous avez donc de bien bonnes nouvelles?., vous êtes rassuré sur votre portefeuille?..
DORNABRUCK. Au contraire; je crains plus que jamais qu'il ne m'échappe.
MINA, lit vous voulez recevoir tant de monde?
OORNAURUGK. Je vcux qu'on croie à ma puissance jusqu'au dcrnirr moment. ,. je distribue des places à tous mes amis.
• C rst Ainsi qu en partant je leur rais mes nuieux ! »
Air du pHmier Prix.
.\vant de m'en aller je dimne, Tcrti» l('8 emplois que j'ai proinix , DonN n)a pince, ipioiqui: i'urt lionne, MéluN ! on H tant (l'enneniia; Quand j'enlrni, jt^fus loin iiiguére f D'etcili-r <Je joyeux lruii»porlii Ri l'ehl bien le uhuus je l'espère r <^) I "ij .soil runlcpl lur><iuv,j'uii Nor».
«ilNA. Mais lu n'es pas encore sorti... tu cb en cpogé. ^,,,
DOKNABRUGK. En congé!.. tu ne sais pas que le congé est l'antichambre de la disgrâce.
MIMA. N'as-tu pas toute la faveur du grand-duc ?
DORNABRUGK. Mais le moindre mot, la moindre indiscrétion peut me l'enlever; songe donc à sa colère, s'il savait que nous l'avons trompé, s'il apprenait que pour te soustraire à l'amour, qu'il a osé t'avouer, nous lui avons dit que lu étais mariée et que nous étions forcés de partir sur-le-champ, pour rejoindre ton mari.
MINA. Que je n'ai pas encore trouvé.
DORNABBUGK. Il ne me pardonnerait jamais de l'avoir laissé avec une passion dans le cœur et un porteleuille sur les bras, lui qui ne veut d'autres affaires que des affaires d'amour... aussi en attendant qu'il se présente un bon parti pour toi... Depuis huit jours me voilà dans mon château , sevré de ce langage , de cette franchise qu'on ne trouve qu'à la cour... claquemuré dans mon intérieur, livré à moi-même, en tête-à-tête avec ma conscience.
MINA. Tu ne peux pas être en meilleure compagnie.
DORNABRCCK. Je vcux bien le croire, mais toujours la même société...
MIXA. Et ce jeune Français que nous avons trouvé icî, malade d'une chute de voiture et que tes gens avaient recueilli?..
DORNABRUCK. Ah! oui , Ernest de Chamilly, dont j'ai beaucoup connu le père à Paris, où nous faisions ensemble nos études diplomatiques; c'était ça un cavalier galant et rusé, si celui-ci avait seulement une étincelle du feu qui le distinguait ; mais non, c'est un fils dégénéré, qui ne t'adresse pas un mot d'amour... tiens, dans un autre genre... ce paysan qui lui sert de domestique, c'est un ru.stre, mais il a un goût de terroir... il embrasse toutes les filles!
lUNA. Et met le désordre dan.s tout le yiliage.
DORN.\RRUCK. Qu'est-ce qui crie?., les maris... mais les femmes?., elles s'en gardent bien. Non , non , ma chère Mina , il faut être franc, Ernest n'est pas de son pays, il est impardonnable! c'est inoui qu'un jeune homme, un Français ose se permettre de rester IVoid, insensible devant... car enfin, il faut que tu te maries pour que je rejoigne mon portefeuille.
MINA. Ah ! tu en reviens toujours là.
DORNABRUCK. Eh bien ! oui, je ne puis me passer de mon portefeuille, c'est ma vie, mon sang, mon ame... je ne puis tenir en place, tant j'ai peur de perdre la mienne... je rongé, rempli d'inquiétudes... j'en ai jusque dans les jaml
je ne pi
suis mbes.
MINA. Sois donc plus calme... le baron de Kervick ne signe-t-il pas pour toi ?
OORNABRUGK. Justement!., c'est qu'à force de signer pour moi, il finirait par signer pour lui, c'est naturel... je le sens.. . car moi... voyons Mina, aime quelqu'un... qu'est-ce que ça te fait?., imite-moi... pour être agréable à mon prince, j'aimerais et j'épouserais tout de suite.
MINA. J'en ferais autant pour toi.
Air : Ne vois-tu pas Jeune imprudent.
Vois-moi donc avec d'autres yeux , Car vraiment, tu te plains sans cause, Et mon ccenr serait bien heureux ; De faire pour toi quelque cliose.
Choisis dans ceux que tu connais !
Quelqu'un qui sache en tout me plaire, A l'instant, je te le promets!
Oui, je m'immole pour mon frère?
DORNABRUCK. Alors, épouse Ernest.
MINA. Mais si nous ne nous convenons pas... sérieusement^ auriez-vous aimé la baronne de Rosberg, si vous ne vous étiez convenus?
DORNABRUCK. Il est certain qu'elle est maîtresse de mon cœur; d'abord, parce qu'elle en est digne... mais aussi parce que parente du prince, elle a une influence qui peut être fort utile à son mari.
MINA. Je voudrais bien la connaître, cette baronne. Elle n'était pas à la cour lorsque j'y fus présentée en sortant de pension.
DORNABRUCK. Depuis trois mois elle est i\ Vienne , mais je l'attends d'un instant à l'autre pour la conduire ù l'autel.
MINA. Ce sera un beau jour... mais notre jeune convalescent ne lardera pas à descendre, je vais faire préparer le déjeuner.
DORNABRUCK. C'est ça. . .[Larappclaiit.) Dis donc, ma sœur... Charme un peu ce jeune homme .. tu n'as donc pas d'amourpropre?.. Songe que nous ne pouvons retourner à la cour que lorsque lu sera réellement mariée... pense î» mon portefeuille.
Ait : Vn homme pour faire un iableait.
Si je le perdais par malheur.
J'en mourrais, oui , je te le jurr.