‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 103 sur 376 · LE POÈME ÉPIQUE DE HERWEGH · texte numérisé non relu

LE POÈME ÉPIQUE DE HERWEGH

caser dans T administration où, homme honnête et tête intelligente, il rendit sûrement de bons services ; mais sa carrière d'auteur se vit arrêtée de ce fait après les premiers élans.

Mon vieil ami Herwegh n'eut, hélas ! pas la même chance. Chez lui aussi, je m'efforçai longtemps de ne considérer ses premières productions que comme les prémices d'œuvres artistiques importantes. Lui-même avouait qu'il croyait n'avoir pas encore donné tout ce qu'on pouvait attendre de lui : il avait, prétendait-il, réuni les documents nécessaires à un grand ouvrage poétique, une foule d' « idées » surtout. Rien ne lui manquait, si ce n'est le cadre où placer son tableau. Chaque jour, il s'attendait donc à mettre la main sur ce qu'il lui fallait. Mais comme cela durait trop longtemps à mon gré, je m'occupai moi-même à lui dessiner ce fameux « cadre ». De toute évidence, il souhaitait créer un grand poème épique dans lequel il pourrait consigner le résultat de toutes ses expériences. A son avis, Dante avait eu de la chance d'avoir découvert cette promenade à travers l'Enfer et le Purgatoire jusqu'au Paradis. Cela me donna l'idée de lui proposer de se servir du mythe de la métempsycose tel que le connaît le brahmanisme et tel que Platon nous l'a rendu familier. Cette idée ne lui semblant pas mauvaise, je me donnai la peine de lui désigner la forme du poème que j'entendais. Herwegh devait le former de trois actes principaux, divisés chacun en trois chants, ce qui faisait neuf chants en tout. Au premier acte, le héros paraîtrait dans sa patrie asiatique, au deuxième dans le monde hellénique

Page 1