‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 114 sur 376 · BROUILLE ENTRE LISZT ET RITTER · texte numérisé non relu

BROUILLE ENTRE LISZT ET RITTER

rendus par les Jésuites et, alors déjà, il parut irrité du sourire narquois avec lequel Ritter l'écoutait. A table, la conversation tomba sur l'empereur des Français, Louis- Napoléon, dont mon grand ami nous proposait un peu présomptueusement de reconnaître les mérites, bien que nous ne fussions pas précisément portés à admirer la situation politique de la France. Liszt, cherchant à faire valoir l'importance de ce pays dans la culture européenne, parla entre autres de l'Académie française. De nouveau, Ritter se permit son malheureux sourire et Liszt en fut tellement agacé que sa colère déborda. Dans sa réplique, il lui échappa à peu près ceci : « Enfin, si nous refusons de le reconnaître, que sommes-nous? des babouins, rien de plus ! » Je me mis à rire. Cari continua de sourire, mais cette fois avec une expression d'embarras mortel.

Bülow m'a appris plus tard que Ritter dans ses querelles de collégien, était traité de babouin par ses camarades, à cause de son visage simiesque. Il se sentit donc horriblement offensé par la remarque de M. le docteur, ainsi qu’il nommait Liszt. Il quitta mon logis écumant de rage et n'y remit plus les pieds pendant des années. Quelques jours plus tard, il m'écrivit qu'il ne retournerait chez moi que si Liszt lui faisait des excuses ou si, tout au moins, j'expulsais celui-ci de ma maison. Je fus très peiné de recevoir peu de temps après une lettre de l'estimable mère de Ritter : elle me reprochait ma conduite injuste envers son fils, que j'avais laissé insulter dans mon propre logis, sans lui faire rendre satisfaction. Pendant longtemps, je me trouvai ainsi en pénible délicatesse avec cette famille amie, car je n'arrivai pas à leur présenter l’incident sous son vrai jour.

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