‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 12 sur 376 · ORCHESTRE ET MUSICIENS DE ZURICH · texte numérisé non relu

ORCHESTRE ET MUSICIENS DE ZURICH

nel ; de plus, le temps que l’on consacre d’ordinaire à l’exercice de tout le programme d’un concert m’étant réservé pour la symphonie seule, j’avais le loisir de mettre tous mes soins à la diction musicale. Comme il n’y avait généralement pas de grandes difficultés d exécution à surmonter, j’arrivai à obtenir une perfection dans le jeu, une finesse dans les nuances qui me ravissaient d’autant plus que j’en constatais l’effet vraiment surprenant sur le public.

Je découvris dans l’orchestre plusieurs musiciens de talent, dociles à s’instruire. Je mentionnerai surtout le hautboïste Fries, que j’avais tiré de sa place modeste dans l’orchestre pour lui confier le poste de premier hautbois dans les symphonies de Beethoven. Il devait exercer sa partie avec moi absolument comme une voix humaine. A l’audition de la Symphonie en ut mineur, la première que nous donnâmes, il exécuta, dans la première partie, la courte cadence, indiquée par un « adagio » sur l’un des points d’orgue, d’une façon si caractéristique et si émouvante que, depuis lors, je ne l’ai plus entendu rendre pareillement. Ce singulier musicien quitta l’orchestre lorsque je cessai de le diriger et se fit marchand de musique.

Parmi les exécutants, nous avions aussi un clarinettiste distingué. C’était M. Ott-Imhof, riche patricien, cultivé et ami des arts. Sa manière manquait peut-être de force, mais elle était remarquablement tendre et pure. Je n’oublierai pas non plus l’excellent corniste Baer, dont j avais fait le chef des instruments de cuivre, où il exerçait une influence heureuse. Je ne crois pas avoir entendu ailleurs les accords puissants et prolongés du finale de la Sym-

Page 1