TRISTAN » VENDU A L’ÉDITEUR HAERTEL
parlers avec l’éditeur Haertel a propos de la publication de Tristan. Lui ayant fait part que, contrairement à mon ouvrage énorme des Niebelungen, j 'étais en train de composer un opéra plus praticable qui n exigerait comme interprètes que quelques bons chanteurs, il montra tant d’empressement à accepter mes propositions que je me permis de demander quatre cents louis d honoraires. Il me répondit en me faisant de son côté une offre qu’il m’envoyait dans une enveloppe fermée, me priant de ne l’ouvrir que si j’étais disposé à renoncer à mes exigences, car il ne croyait pas que mon œuvre fût facile à représenter. Dans cette lettre cachetée, je trouvai qu’il m’offrait seulement cent louis d’or, mais avec 1 engagement de partager ses bénéfices avec moi à partir de la cinquième année, ou alors de me racheter mes droits par une nouvelle somme de cent louis.
Il me fallut bien accepter ces conditions et j’entrepris immédiatement l’instrumentation du premier acte, envoyant, cahier par cahier, la partition au graveur.
Pendant ce mois de novembre, je suivis aussi de près une crise de la Bourse américaine qui risqua d’emporter toute la fortune de mon ami Wesendonck et nous valut plusieurs semaines de grande inquiétude. Je me souviens que les intéressés attendaient la catastrophe avec beaucoup de dignité ; pourtant, nos réunions de chaque soir en étaient fort attristées : la conversation ne cessait de rouler sur la probabilité de devoir vendre la maison, la propriété et les chevaux. Wesendonck partit : il allait conférer avec différents banquiers étrangers. Pendant son absence, nous continuâmes la lecture à haute voix