‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 142 sur 376 · ÉPERNAY. — RETOUR A ZURICH · texte numérisé non relu

ÉPERNAY. — RETOUR A ZURICH

pour me rendre à Épernay où se trouvait mon vieil ami Kietz. Ayant été par hasard ami d'enfance de M. Paul Chandon, ce dernier avait eu pitié du malheureux peintre et l'avait recueilli chez lui en lui procurant une série de portraits à faire. Aussitôt arrivé, je fus emmené de force dans l'hospitalière maison des Chandon et je ne pus refuser de m'y reposer deux jours. Je trouvai en Chandon un admirateur passionné de mes œuvres, de Rienzi surtout, dont il avait vu la première à Dresde. On me fit visiter les fabuleuses caves creusées dans le sol crayeux de la Champagne sur une longueur de plusieurs lieues. Kietz était en train de peindre un portrait à l'huile et, de l'avis général, on pensait qu'il le finirait, ce qui m'intéressa vivement.

Après bien des entretiens inutiles, je pus me libérer enfin, et abrégeant cette hospitalité inattendue, j'arrivai le 5 février à Zurich où d’avance j'avais invité mes amis à passer la soirée avec moi. Je croyais avoir bien des choses à raconter et je jugeais plus pratique de le faire à tous en même temps plutôt que de me fatiguer à répéter les mêmes détails à chacun. Semper se trouvait parmi nous. Agacé d'avoir dû rester à Zurich tandis que moi j'allais à Paris, il devint fort grognon à mes joyeux récits, et déclara que j'étais un « impudent veinard ». Sans doute qu’il considérait comme une grande malechance de se voir enchaîné dans ce « trou » de Zurich.

L'envie que provoquait ainsi ma « veine » me faisait sourire ! Mes affaires du dehors n'avançaient que péniblement ; presque partout, mes opéras étaient vendus et il ne me restait plus grand'chose du capital que j’en avais

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