‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 155 sur 376 · DÉPART POUR GENÈVE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR GENÈVE

cident et aux relations qu'il atteignait, le sens scandaleux dont les répugnantes conséquences ont rejailli sur moi et la famille Wesendonck.

Le lendemain du départ des Bülow (seule la présence de ces amis m'avait retenu à Zurich), le 17 août, j'étais levé à l'aube, après une nuit d'insomnie. Je descendis à la salle à manger où Minna m'attendait déjà pour déjeuner, car je devais prendre le train de cinq heures. Minna était résignée ; l'émotion ne la domina que dans la voiture qui nous transporta à la gare. C'était un riant matin d'été, sans un seul nuage au ciel. A notre séparation, je ne versai pas une larme ; je me souviens ne pas même m'être retourné après avoir dit adieu, ce dont je fus presque effrayé. Et lorsque le train m'emporta, je ne pus me défendre d'un sentiment croissant de bien-être. Il était donc bien évident qu'une vie de tourments pareille à celle des derniers temps ne pouvait plus durer et qu'un détachement complet de ces malheureuses conditions était une nécessité si je voulais ranimer mon instinct vital et redonner un but à mon existence.

Le soir de ce même jour, je débarquais à Genève ; je comptais m'y reposer un peu et me recueillir. Mais comment allais-je organiser ma vie? Je pensai tout d'abord faire un nouvel essai et m'établir en Italie. Mais ayant réfléchi aux résultats de ma première expérience, je jugeai bon d'attendre l'entrée de l'automne pour partir : ainsi, je ne souffrirais pas du changement de climat. Je louai donc pour un mois entier un appartement de la maison Fazy et tâchai de me persuader que je m'y trouvais fort bien.

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