‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 292 sur 376 · A LA TABLE DE JEU DE WIESBADEN · texte numérisé non relu

A LA TABLE DE JEU DE WIESBADEN

Le jour où j’observai le jeune Staedl devant la roulette de Wiesbaden, il offrait quelque ressemblance avec ma pauvre servante. Gaiement j’avais pris le café noir avec lui et Weisheimer dans le jardin du Casino, lorsqu’il disparut tout à coup. Alors Weisheimer m’emmena dans la salle de jeu où nous le retrouvâmes. Rarement j’ai vu changement de physionomie aussi hideux que celui qui défigurait cet infortuné devenu la proie de la folie du jeu. De même que la malheureuse Lieschen, il était « possédé du démon », selon la formule populaire. Aucune exhortation, aucun reproche de notre part ne purent lui rendre quelque force morale. Me rappelant la rage de jouer qui m’avait empoigné adolescent, j’en parlai au jeune Weisheimer et lui proposai de lui montrer la confiance que j’avais, non dans la chance, mais dans le hasard. Une nouvelle passe s’étant engagée à la roulette, je lui dis tranquillement que le numéro qui sortirait serait n. Il sortit. J’augmentai la surprise provoquée chez mon compagnon par cet heureux hasard en prédisant qu’au tour suivant, ce serait le numéro 27, et je me souviens d’avoir éprouvé en cet instant précis comme une calme sensation de double vue. Vingt-sept étant vraiment sorti, mon jeune ami fut tellement stupéfait qu’il me supplia de miser sur les chiffres que j’indiquerais. Je lui expliquai alors fort tranquillement que mon don de pressentiment m’abandonnerait dès que je jouerais sérieusement. Je l’entraînai loin du tapis vert et nous reprîmes le chemin de Biberich par un beau coucher du soleil.

A cette époque, j’eus une entrevue très pénible avec la

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