‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 294 sur 376 · DIFFICULTÉS AVEC DEVRIENT · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS AVEC DEVRIENT

C'est à ce moment aussi que, sur les ordres du grandduc, Édouard Devrient se rappela à mon souvenir pour la représentation de Lohengrin projetée à Carlsruhe. Cet homme, que j'avais jadis admiré si absolument, se montra alors dans toute sa médiocrité. Il m'écrivit une lettre dans laquelle, avec une aigre arrogance, il m'exprimait son déplaisir de ce que je ne voulusse pas lui concéder de coupures dans Lohengrin. Il m'y disait que pour son orchestre, il avait déjà fait copier la partition de l'opéra d'après les représentations données à Leipzig, où le directeur K.-M. Rietz avait opéré divers retranchements. Maintenant, il faudrait rajouter avec beaucoup de peine les parties que je voulais y restituer. A son avis, cette exigence était une véritable chicane de ma part.

Or, la seule représentation de Lohengrin qui avait presque totalement échoué et qui n'avait pour ainsi dire pas été répétée, était celle que Rietz avait massacrée à Leipzig. En songeant que Devrient voulait précisément prendre celle-là pour modèle parce qu'il se figurait que Rietz, digne successeur de Mendelssohn, était le plus sérieux musicien des « temps modernes », je ne pus m'empêcher de frissonner d'avoir été volontairement et si longtemps aveugle sur le compte de ce prétendu ami.

Ma réponse fut brève : je lui disais mon indignation en lui déclarant que je ne m'occuperais plus de faire jouer Lohengrin à Carlsruhe et que je m'en excuserais prochainement auprès du grand-duc. Cependant, peu de temps après, j'appris que l'opéra serait quand même représenté, mais à la manière habituelle, et que les

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