ENTREVUE AVEC LE GRAND-DUC DE BADE 3S
les raisons pour lesquelles je n'avais pu m'occuper de la représentation de Lohengrin et j'ajoutai que je connaissais de source certaine les traverses que Devrient avait mises à la représentation projetée de Tristan.
Cette déclaration impressionna péniblement le prince. Devrient avait eu l'adresse de lui faire accroire que son amitié pour moi était aussi grande que dévouée. Le grand-duc ne voulut donc pas admettre qu'il fût question entre nous d’autre chose que de légers différends artistiques. Lorsque je pris congé, il m'exprima le souhait que ce désaccord se changeât en une entente cordiale, mais je repartis avec insouciance que cela ne me paraissait guère possible. Alors, le prince laissa éclater une véritable indignation. Il n'aurait pas cru, me dit-il, que je montrerais tant d’ingratitude envers un ami éprouvé. Je me défendis de ce reproche en m’excusant tout d'abord d'avoircru bienséant d'exprimer ma décision sur un ton paraissant manquer de sérieux ; mais puisque le grandduc me parlait si « sérieusement » de cette question, je me voyais obligé de lui dire tout aussi sérieusement ma façon de penser sur mon soi-disant ami. Je lui déclarai donc sans ambages ne plus vouloir avoir affaire avec Devrient. Là-dessus le prince redevint très cordial et essaya de me faire changer d'avis, car il croyait qu’il arriverait bien à nous réconcilier. Je me retirai en exprimant de véritables regrets sur l'inutilité des démarches que pourrait entreprendre mon protecteur dans ce sens. Plus tard, j'ai appris que Devrient, qui avait été mis au courant de l’incident par le grand-duc, a cru y deviner de ma part une tentative de le déloger pour me mettre à sa place.