DÉBUTS DE CARL RITTER
donnait encore des représentations à Winterthour. Sulzer, comme toujours dès qu’on lui demandait aide et conseil, se mit en quatre pour nous : il arrangea un rendez-vous avec le directeur Kramer à l’hôtel du« Sauvage » à Winterthour, où nous dînâmes ensemble. Il fut décidé qu à partir d’octobre, Cari Ritter serait chef d’orchestre pour l’hiver suivant et qu’il recevrait même un traitement passable. Seulement, mon protégé étant débutant avéré, je dus répondre de ses qualités de directeur de musique et garantir que je le remplacerais au cas où son inexpérience causerait des perturbations dans les affaires du théâtre.
Cari parut fort content. Lorsque octobre fut là et qu’on annonça l’ouverture d’une saison théâtrale aux « tendances artistiques toutes spéciales », je jugeai nécessaire d’examiner les « aptitudes directoriales » de mon jeune ami. Pour ses débuts, j’avais choisi le Freischutz, parce que c’est un opéra très connu. Cari n’avait pas le moindre doute sur la faciüté à diriger une œuvre aussi simple, mais lorsqu’il lui fallut la parcourir avec moi au piano et qu’il se vit obligé de surmonter enfin la timidité qui l’avait toujours retenu de jouer de cet instrument en ma présence, je m’aperçus avec effroi qu’il n’avait aucune idée de l’accompagnement ; il exécutait la partie de piano avec la négligence du dilettante qui ne se gêne pas de ralentir la mesure d’un quart de temps quand ses doigts rencontrent une difficulté. En outre, il n’avait pas plus d’idée de la précision rythmique et de la connaissance des temps, indispensables pourtant à un chef d’orchestre. Stupéfait, ne sachant que dire et comptant sur l’éclosion