‹ Ma vocation (volume 3)Chapitre 11 sur 12 · ONZIÈME CAHIER · texte numérisé non relu

ONZIÈME CAHIER

Grand Séminaire, 17 avril 18U8.

J'ai des velléités de résolution, mais je suis incapable de me résoudre. Certains transports me portent très haut ; puis je ne me soutiens plus et retombe. Je ne me raidis jamais qu'à demi contre ce qui me déplaît, par l'impuissance d'une volonté qui commence tout et n'achève rien. Quand je suis seul avec moimême, que j'ai le courage d'éliminer démon examen des considérations de famille accablantes, je découvre, en ma nature loyalement consultée, toutes sortes d'incompatibilités, d'antipathies pour la carrière sacerdotale. Et cependant, par le fait de ma lâcheté invincible, je tremble de devenir prêtre. Il faudrait m'en rapporter à cette voix de probité qui me parle dans le i^ecueillement affecté de mes jours, dans

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ragitation plus franche de mes nuits ^ et, coûte que coûte, secouer le joug. Un peu d'audace, et je serais libre I C'est justement le défaut de ce peu d'audace — j'en demanderais gros comme un grain de mil — qui tient toute ma vie en échec.

On ne vit jamais dépression morale comparable à la mienne. J'en rougis honteusement. L'autre jour, j'ai cédé à un irrésistible mouvement de vaillance et j'ai acheté chez Patras le Jocelyn de Lamartine. Je volais à travers la ville, serrant le livre contre ma poitrine, me sentant réchaufle par lui, enlevé par lui. Je devais, rentré ici, lire, relire ce poème que M""^ de Sauviac trouve un chef-d'œuvre, qui est un chef-d'œuvre certainement. Eh bien, rentré ici, je me suis hâté d'enfouir Jocelyn dans ma malle, sous mes hardes, et depuis quinze jours je n'y ai pas touché. Assurément la mort d' Augustin Privât, par le vide qu'elle crée autour de moi, — j'avais toujours compté le voir revenir, — la mort d'Augustin Privât n'a j)as laissé dans ces derniers temps grande liberté à mon esprit. Mais, je dois avoir la franchise de me l'avouera moi-même, ce malheur qui pèse toujours sur moi n'a été pour rien dans ma retenue. Ma réserve provient uniquement d'une infinité de scrupules de conscience obscurs, indistincts, subtils, presque intangibles, sous le poids desquels je plie comme un roseau.

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Si encore j'avais la fermeté de ne plus penser à ce livre, de l'oublier I Mais il m'obsède, et je souflre mort et martyre, étreint dans cette alternative ou de lire JoceLyn ou de le mettre en pièces dans un élan d'énergie.

Grand Séminaire, 23 avril 18^8, jour de Pâques.

Ma situation est le comble de l'abaissement moral ; je n'ai pas voulu m'en expliquer avec le P. Laplagne, trop habile à tisonner au foyer de mon âme et à recouvrir de cendre les moindres braises pour les étoufler. Dans une minute de paix intérieure où la lumière a éclairé le dernier repli de moi-même, j'ai vu clair, très clair. Si je n'ai pas retiré Jocelyn de sa cachette, si je ne l'ai pas ouvert, j'eus peut-être quelque mérite à me comporter ainsi. Par-dessus tout, en quelque mauvais pas que mon imprudence m'ait précipité, j'ai le devoir de demeurer honnête, et je cesserais d'être honnête en viciant l'épreuve du grand séminaire que j'ai acceptée. Si je ne puis vivre ici, avec les idées d'ici, l'enseignement d'ici, les contraintes d'ici, je me retirerai de cette partie engagée avec Dieu, mais je ne tricherai point. Or ce serait tricher que d'introduire dans ma vie actuelle des éléments

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"qui ne devaient pas entrer dans le jeu. Je ne lirai pas Jocelyn. Saint Augustin écrit à la page 172 de ses Confessions : « Cette lutte intestine est un duel de moi-même avec moi-même, Ista controversia in corde meo, non nisi de meipso adversiis meipsam. y> Cette phrase va à mon adresse.

Grand Séminaire, 10 mai i8à8.

Nous ne sommes pas au milieu de mai et l'on dirait l'été dans sa gloire. On ne peut tenir sous les tilleuls de la cour. Nous ne respirons guère que dans les corridors de l'établissement, dans le parloir surtout, plus enfoui au milieu des constructions, plus abrité, plus frais.

Cette après-midi pourtant, en dépit de ce soleil brutal, nous nous sommes élancés hors de la bergerie comme un noir troupeau de moutons dans la montagne cévenole, et avons tiré vers Castelnau. Quelle poussière au quartier de la Pierre-Rouge! Nos soutanes avaient revêtu la couleur grise des oliviers qui bordent le chemin. Les tristes arbres, ces oliviers déjetés, tordus, rogneuxl Pas un mot; chacun s'éventait ou s'épongeait avec son mouchoir. On se serait cru en juillet, à la saison torride des cigales.

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Enfin, un bouquet d'ormes, vert, rutilant, apparaît dans la lumière aveuglante; puis des rochers pointus, concassés, calcinés, croulants, se montrent, embellis par places de touffes de romarins et de lavandes. Des traînées de gazon, parmi lesquelles on entend le clair gazouillis d'un ruisseau, décorent la pierraille pittoresquement. Nous sommes au bord du Lez, à l'entrée des bois de La Valette.

Quelle ombre épaisse I Je me grise avec délices de cette ombre. Un de nos directeurs, le P. Lafon, nous donnant l'exemple, chacun se met en quête d'une place douillette sur l'herbe, s'y étend à demi avec la décence qui convient. La rivière, sinueuse et lente, nous envoie les bouffées d'un air vil, parfumé, réconfortant ; la rivière nous baise au front pour ainsi dire. L'abbé Bonafous, saisi par la douceur du paysage, le charme adorable de l'endroit, murmure non loin de moi :

— (( Qu'il fait bon ici. Seigneur I Si nous y fixions notre tente .î^... »

Et déclamant le texte latin, non sans prétention :

« Domine, bonum est nos hic esse, faciamus hic tria tabernacula. »

Je ne déteste personne au monde; mais, par exemple, je n'aime pas ce Bonaious, sans cesse sur mes talons depuis un mois ou deux. — Que m 3 veut-il.^ Lui a-t-on enjoint de m'espionnerJ^ — Un hasard heureux me pennet de

m'isoler: les sous-diacres, novices encore dans la récitation fort compliquée du bréviaire, viennent de se grouper autour de l'abbé Bonafous, chargé de les édifier sur la Rubrique et sur YOrdo. Je regarde. Les livres sont neufs; j'admire les housses de lasting qui les recouvrent soigneusement, donnant un éclat fulgurant à la tranche dorée. Une envie singulière me pénètre dans le désordre de mes idées : je voudrais avoir mon bréviaire. — Ma tante Angèle, ma mère m'entendront-elles jamais balbutier Laudes, Matines, Sexte, None? — Elles seraient trop heureuses... Et moi, serais-je heureux .î^...

Je descends le cours du Lez par un sentier étroit. Des tiges minces de bouleaux jaillissent du sol à droite, à gauche, clairsemées. Ces arbres frêles, délicats, me montrent une écorce argentée qui me réjouit. Pourquoi.^ Je ne saurais le dire. Le fait est pourtant que la vue de ces bouleaux m'enchante. Je vais, je vais dans une sorte de ravissement ému. La nature s'empare de moi dès que je me trouve seul avec elle. J'ai éprouvé cela cent fois, mille fois dans mon enfance à Camplong, et plus tard à Bédarieux, à la Tuilerie, à la Grange-du-Pin. Ohl puis le Lez est si beau avec la profusion de feuilles que je vois trembler dans sa profondeur, découpées à l'emporte-pièce, nettement, vivement...

Je n'entends plus le ronron latin des sousdiacres. Je m'enfonce toujours davantage, je m'enfonce... Ciell le P. Perboyre. Il est là assis dans la fente d'une rocaille, sur mon chemin, le front penché, immobile. Je le salue avec respect. Il m'aperçoit. Il me sourit. Je m'incline de nouveau, puis j'ose approcher. S'il me disait un mot, il me ferait tant de bien I II n'ouvre pas la bouche, se lève, disparaît. . .

Il m'a semblé que le P. Perboyre avait les yeux rouges. — Aurait-il pleuré? — A l'endroit 011 je l'ai surpris il repassait peut-être dans son cœur le martyre de son frère, et son cœur avait éclaté. On est un saint, mais la famille vous tient aux entrailles tout de même. Un attendrissement me gagne, je pense à la mort glorieuse du missionnaire lazariste, je l'envie. Si je m'étais trouvé à sa place, quelle gloire I Tout d'un coup, retirant Jocelyn de ma poche, je le lance dans la rivière. Je n'ai pu m'empêcher de pousser un cri : un trait enfoncé dans ma chair et que j'aurais arraché violemment ne m'aurait pas fait souffrir davantage.

— Que jetez-vous là.^^ m'a demandé Bonafous, planté sous les bouleaux.

— Si vous avez besoin d'un exemplaire de Joce/yn par Lamartine, allez le pêcher dans le Lez.

— Et pourquoi aviez-vous ce livre infâme?

— Cela ne vous regarde pas.

Grand Séminaire, 17 mal i8à8.

Le soleil rôtit toujours nos murailles et nous gnile un brin dans nos cellules; néanmoins, quand, cette après-midi, Bonafous, de sa voix lliitée, est venu m'apprendre que M. le supérieur me demandait, j'ai tremblé comme, à l'entrée de l'hiver, tremble un rouge-gorge dans les oseraies de l'Espase, à Camplong. Je me suis hâté... lentement. Ce P. Baudrez, grand, décharné, cadavérique, me fait peur.

Me voici devant lui. Il est penché sur une table chargée de livres et de papiers. Il écrit avec une grosse plume d'oie des lignes serrées, toutes noires.

— Monsieur le supérieur.^... ai-je balbutié.

Il nelèvepas la tête, continue d'écrire. Décidément, je n'existe pas pour ce religieux austère, préoccupé de mille intérêts. Le froid qui m'a saisi dès la cour augmente. Encore un peu, je grelotterais... Quel accueil différent je reçois chez le P. Laplagne I Le P. Baudrez sait pourtant que je suis là puisqu'il vient de me crier: (( Entrez !.. » Je songe à me retirer, à m'évader de celte présence qui me terrifie. Je m'incline respectueusement, hasarde un pas vers la porte.

Mais M. le supérieur, qui, par quelque jeu des prunelles, — un jeu de prunelles ecclésiastique qui fait voir gens et choses sans les regarder, — suit et les mouvements de sa plume d'oie et le moindre de mes mouvements, m'arrête court.

— Vous ne pouvez donc pas attendre une minute? me dit-il.

Un de ses yeux me fixe et me cloue sur place. Il tousse d'une petite toux de chèvre qui a avalé une ortie. Le cœur arrêté, j'attends.

— Est-il vrai que vous ayez introduit de mauvais livres dans cette maison ? me demande-t-il.

— Moi, monsieur le supérieur I .. .

— Vous tremblez.

— C'est que...

— On vous a vu Jocefyn par M. Alphonse de Lamartine.

L'image de Bonafous passe devant moi, et m' enhardissant à cette vision odieuse :

— Et qui me l'a vu, Jocelyn ?

— Un peu plus d'humilité, je vous prie. Répondez-moi au lieu de m'interroger. . . Oui ou non, avez-vous apporté Jocelyn ici.^

— Oui, monsieur le supérieur, j'ai apporté Jocelyn ici.

— Si vous eussiez menti, je vous aurais intimé l'ordre de faire votre malle et de quitter le séminaire à l'instant.

Puis, après une pause, d'un ton presque tendre :

— Approchez, qu'on vous tire les oreilles. Je suis allé à lui d'un élan très vif, subitement

dégagé des entraves qui me garrottaient âme et corps. Ses doigts, blancs, osseux, aux phalanges noueuses, aux articulations arrondies et dures commes des billes à jouer, ont en effet saisi mon oreille droite et l'ont serrée à m'arracher le morceau. Cette caresse rude m'irrite dans le fond: je le sens douloureusement, on marche sur moi, on me piétine ; mais j'ai échappé à mes terreurs de tout à l'heure, et je ne songe pas le moins du monde à protester. D'ailleurs, un grand séminariste s'est donné à son supérieur, il lui a livré dès le premier jour sa dignité, son honneur, sa vie, et il serait mal venu à réclamer ce qui ne lui appartient plus.

Le P. Baudrez reprend:

— Rentrez dans votre cellule, retirez Jocelyn de sa cachette et me l'apportez tout de suite. Il n'est pas de livre plus dangereux que ce poème où un soi-disant prêtre s'est complu à étaler ses turpitudes ; ce livre , s'il restait dans cette maison , suffirait à l'empoisonner. . . Allez I

— Mais je n'ai plus Jocelyn chez moi, monsieur le supérieur.

— Vous ne l'avez plus ?

— L'abbé Bonafous a dû vous dire que, hier, j'ai jeté Jocelyn dans le Lez...

— Que me parlez-vous de l'abbé Bonafous, et où prenez-vous qu'il se soit porté votre accusateur .^ . . Et quand bien même l'abbé Bonafous,

s'il a vu dans vos mains l'ouvrage en question, aurait crié au scandale ! . . . Apprenez ceci pour le cas où vous l'ignoreriez : Dieu n'a pas confié la garde, la vigilance de votre vocation à vos directeurs uniquement ; il l'a confiée à tous vos condisciples, aux murailles mêmes de cette maison, qui ont des oreilles, qui trouveraient une langue pour déposer contre vous si vous étiez indigne... Vous avez donc jeté Jocelyn dans le Lez?

— Pourquoi vous mentirais-je, à présent?

— Vous avez sans doute obéi au remords de votre faute?

— Je ne sais. J'ai lancé le livre au loin et l'ai vu tomber dans la rivière. Voilà.

— Enfin, je voudrais connaître quelle idée vous a poussé à vous alléger. . .

Dépité, il s'interrompt. Dans leurs orbites évidés, creux et noirs, ses yeux brillent d'un éclat jaune et long de cierges sur l'autel. Cette lumière, tout entière projetée sur ma face, me gêne horriblement.

Le P. Baudrez continue :

— Je vous crois. Vous êtes un cœur sincère. La pratique minutieuse de la règle vous communiquera la noblesse qui vous manque encore. Si je vous tourmente un peu, cher enfant, c'est pour votre bien.

Ce (( cher enfant » emprunte à cette bouche amère une suavité dont je suis pénétré, et ce texte du prophète Osée, que j'apprends par

cœur en ce moment, me traverse la mémoire : « Il est parfumé comme le Liban, Oclor ejus ut Libani. »

Je tombe dans les bras de M. le supérieur; il m'étreint, m'étreint de nouveau. Je ne sais de quel côté tirer avec mes yeux noyés qui ne distinguent rien. Il me prend par la main, me mène jusqu'à la porte de son cabinet.

Grand Séminaire, 8 juin 18U8.

Je me débats dans les ténèbres infernales. J'ai invoqué Dieu, et Dieu ne m'a pas entendu. Cependant, le mois de juin s'écoule petit à petit, et, le 29, la fête des saints apôtres Pierre et Paul célébrée, il faudra quitter le séminaire pour aller en vacances. — Oserai-je paraître à Bédarieux avec l'habit ecclésiastique, quand je suis si peu sûr de le garder ? — Ce n'est pas au P. Laplagne, conciliant, affectueux, glissant sur tout, n'appuyant sur rien, mais au P. Baudrez, curieux de vous, intraitable, glacé, plus coupant, plus amer que le houx du roc de Bataillo, que j'aurais dû confier la direction de ma conscience, de ma vie. Celui-ci n'eût pas, comme l'autre, offert uniquement à mes lèvres les bords du calice du sacerdoce, il m'eût fait

vider le calice jusqu'à la lie. Sait-on, dès lors, si quelque dégoût invincible, quelque haut-lecœur d'honnêteté robuste ne m'aurait pas sauvé ?. . .

J'ai beau m' ouvrir de mes inquiétudes à mon directeur, doux à l'égal de Jean, le disciple bien aimé du Sauveur, sa mansuétude obstinée a réponse à tout. Grâce à tant de miel répandu, je redoute de demeurer englué dans l'Eglise comme un frelon dans une ruche, et, ce matin, au fond de ma cellule, il m'a pris une envie folle de crier, d'appeler à l'aide, au secours. Juste, Martinage est entré à cette minute de suprême angoisse. 11 riait à gorge déployée.

— Parlez, qu'avez-vous à rire ainsi .^^ lui ai-je demandé, blessé sans trop savoir pourquoi.

— Parbleu I je ris de te voir la figure si longue, m'a-t-il répondu, m'enveloppant de ses deux bras et me soulevant pour s'amuser.

— Je vous supplie de me laisser en paix. Ces jeux m'assomment.

— Mais c'est de Famitié, ça.

— Nous ne saurions être des amis, puisque nous ne nous comprenons pas.

— Ah I par exemple ! . . .

— Est-ce que vous souffrez ce que je souffre?

— Ma foi, non, je ne souffre pas...

— L'âme ne vous fait donc jamais mal, mal à en mourir ?

— Ni l'âme ni le corps ne me font mal. Par

la grâce de Dieu, je maintiens l'une et Tautre en parfaite santé.

— Eli bien ! moi, j'étouffe dans votre caserne ecclésiastique...

— Est-ce la perspective d'être prêtre qui t'épouvante?

— Oui.

— Ce n'est pourtant pas si terrible.

— Gela dépend de l'idée qu'on se fait du sacerdoce. Pour moi, le sacerdoce est si haut que je désespère d'ouvrir jamais d'assez grandes ailes pour mi' élever jusqu'à lui. Dans ce séminaire tout murmurant de prières et de syllogismes, j'ai écouté attentivement ce que les PP. Lazaristes m'ont dit, ce que m'y a dit Ms"" de Guardiola, et, sans que j'aie eu à m'en mêler, mon esprit s'est formé une certaine conception du prêtre. Le prêtre, dans mon opinion, a le devoir étroit de se montrer constamment au-dessus de la nature humaine, de vivre constamment près du ciel. Je me décourage, et je renonce à la poursuite d'une vocation qu'on veut m'imposer et qui n'est pas en moi. Il me faudrait déjà ne me préoccuper que d'en haut, et c'est d'en bas que sans cesse je me préoccupe. Vainement on me répète : « Pensez au ciel! » C'est à la terre que vont toutes mes pensées... Vous avez le secret de ma torture.

Martinage me considérait avec étonnement.

— Je ne savais pas, mon Ferdinand, je ne

savais pas. . . , a-t-il bredouilla enfin, tout gauche, tout penaud.

Puis, après m'avoir secoué fortement les deux mains, — nouvelle preuve irrécusable de son amitié, — sautant à pieds joints sur mes confidences si douloureuses pour retrouver son caractère :

— Tu ne devinerais jamais, mon petiot, pourquoi je riais de cette force en t'abordant. Je venais de recevoir une lettre de mon oncle Sostliène, m'invitant, comme tous les ans, à aller passer les vacances chez lui, à Riols. Tu te souviens, n'est-ce pas, de mon oncle Sostliène Martinage, brigadier de gendarmerie en re traite .»^...

Il a déplié une feuille de papier et a lu : « Les truites du Jaur, encore que tu leur aies joué plus d'un mauvais tour, ne t'en veulent pas et continuent à se frotter le ventre aux cailloux, au fond de la rivière. Arrive vite, Albert : nous ferons chanter la lèchefrite. »

En repliant la lettre de son oncle, il s'esclafait joyeusement.

— Ah I oui, nous la ferons chanter, la lèchefrite, nous la ferons chanter I répétait-il. Tu viendras goûter ma pêche, n'est-ce pas, petiot .^^ Riols est si près de Bédarieux I D'ailleurs, en allant, j'ai le dessein de passer à Bédarieux pour^ te prendre...

La cloche pour le réfectoire ne l'aurait pa« interrompu, il ne se serait pas sauvé vers h

soupe de midi à toutes jambes, que certainement je lui sautais à la gorge.

— Imbécile ! imbécile î imbécile I lui ai-je crié trois fois à travers ma porte close, humilié dans mes souffrances, me reprochant d'avoir parlé à un sourd, m'en voulant de ma naïveté comme d'une bassesse ou d'une duperie.

Grand Séminaire, 22 Juin 18U8.

Si je sue sang et eau, si je m'indigne, si je pleure en gravissant mon calvaire, c'est que je vois distinctement la croix dressée au bout et qu'il m'importe de ne pas être crucifié. Accepter la prêtrise, c'est accepter le gibet, car un prêtre qui à toute heure n'aurait pas le courage de mourir serait un traître, le rebut de l'humanité. Ah I s'il m'était permis de faire comprendre à ma tante Angèle, à ma mère, les motifs très religieux de mes répugnances I Mais où trouver des paroles qui leur rendraient visibles, à elles d'une piété simple, primitive, des choses d'âme si secrètes, si enveloppées?

Parfois, un vent déchaîné d'orage me soulève, et je démêle fort bien que, si n'étaient mon immense soumission, mon immense respect pour ma tante, mon immense tendresse

43o MA VOCATION

pour ma mère, dans les flancs de laquelle je respire encore, l'habit que je porte ne chargerait pas mes épaules demain. Mais en quel coin de moi-même découvrir cette force capable d'armer mon bras pour frapper ma mère au cœur?

Grand Séminaire, 23 juin i8U8.

Je n'ai pu supporter la pensée de quitter le grand séminaire sans avoir entretenu le P. Laplagne, sans être allé une dernière fois en consultation chez lui. Sortir d'ici comme je m'évaderais d'une prison, ce serait indigne, presque scélérat.

J'ai mis une sorte de désespoir dans cette confession suprême, et je me suis ouvert à mon directeur de toutes mes misères dévorantes, lui posant le doigt sur chacun de mes doutes, chacune de mes hésitations, — autant de plaies qui saignent incessamment. Il n'a su que répandre sur moi le baume de ses paroles. Mon âme, avide de flagellation, grondait sous les caresses, et une colère terrible la travaillait sourdement. Lui, d'une voix tranquille, me faisait entrevoir mon avancement prochain dans les ordres, me détaillait les grâces attachées aux divers degrés

MA VOCATION 43i

de la hiérarchie sacrée, qu'il comparait à r échelle de Jacob.

— Hélas! mon Père, ai-je dit, l'interrompant, ces échelons que vous me montrez, je crains bien de n'en franchir aucun jamais. Jacob endormi vit un ange, non un homme, au long de l'échelle mystérieuse dont l'extrémité touchait au ciel.

— Vous serez un ange quand l'évêque consécrateur, missionnaire du Très-Haut, vous aura imposé les mains.

— Non ! mille fois non ! Je ne suis qu'un homme et, je le devine, je ne serai jamais qu'un homme. Je vous en supplie à genoux, mon Père, conseillez-moi sans ménagements. J'ai mis une telle confiance en votre vertu, qu'un mot de vous, un seul mot, peut me perdre ou peut me sauver. Oh ! prononcez le mot qui me sauvera. . . Je le reconnais, on contracte ici chaque jour des engagements éternels sans y mettre tant de façons. Moi, je ne saurais. Si on me menaçait seulement de la tonsure, et si, par quelque contrainte des miens ou de vous, je venais à l'accepter, à la subir, je serais capable, comme Tabbé Privât, d'en perdre la raison. Ayez pitié I j'aurais horreur de prendre ce qui ne m'est pas dû. Ce serait voler. En me refusant la vocation. Dieu a déposé en moi une hauteur de probité qui me défend contre tout entraînement hypocrite, (î'est cette probité aux abois qui vous implore, qui...

h'62 MA VOCATION

— (( Marthe, Marthe, disait Jésus à la sœur de Lazare, vous vous mettez en peine de bien des choses. Une seule chose est nécessaire : aimer Dieu...

— J'aime Dieu, je l'aime de toute mon âme, de toutes mes forces; mais les préoccupations de mon être bouleversé sont invincibles. Je vous le répète, mon Père, j'en vois ici qui contractent les engagements les plus redoutables sans le moindre tremblement du cœur ou de l'esprit. Si cette quiétude parfaite est le signe de leur élection, je les admire et les envie ; mais si elle n'est qu'une vaine apparence, si surtout il s'y mêle l'ombre d'un calcul, je les plains et ne voudrais pas leur ressembler.

— Je vous rappelle à la charité envers vos condisciples, dont les directeurs de cette maison, après Dieu, ont seuls le droit de sonder les dispositions intérieures. Parlons de vous, puisque aussi bien c'est pour me parler de vous que vous êtes venu. Dans l'état où je vous vois, j'ai peur que vous ne retiriez pas grand profit de mes conseils. Toutefois, je n'hésite pas à vous dire de ne pas hâter vos résolutions. Vous avez passé ici huit mois à peine. Or, huit mois ne sauraient suffire à votre directeur, à vous-même, pour vous connaître, vous sonder, vous pénétrer jusqu'au dernier repli. D'ailleurs, soyez rassuré tout de suite : je vous rouvrirai moimême la porte du séminaire, dès qu'il me sera démontré que vous n'êtes pas né pour vivre

parmi nous, que Dieu ne vous a pas marqué...

Des larmes m'ont empli les yeux.

— Savez-vous ce qui m'inquiète, m'effraye pour vous, mon cher enfant .^^ a-t-il poursuivi.

— Quoi donc, mon Pèrc.^^

— Le siècle, où des scrupules trop délicats voudraient vous faire rentrer. . . N'y a-t-il pas au fond de vos tiraillements intimes quelque embûche du Démon.^^... Assurément, il est épouvantable de penser qu'un défaut d'examen, une méconnaissance de soi, une ruse satanique — cela est arrivé — peuvent précipiter un homme, le premier venu d'entre les hommes, dans la théorie céleste des ordres sacrés, et je ne me ferai pas votre complice pour cette aventure sacrilège. Mais, réfléchissez-y, que deviendra, au milieu des intérêts compliqués, des agissements brutaux du monde, celui qu'une faveur spéciale avait désigné pour une vie de paix, de recueillement, dans le service des plus nobles devoirs, à l'ombre de la croix de Jésus-Christ.!^ Nombre de jeunes gens, après nous avoir quittés, sont revenus, effarés de la seule vue des hommes. Si, à votre tour, vous devez vous éloigner de moi qui vous aime tendrement, je vous invite à travailler, dès ce jour, à vous rendre les nerfs plus résistants, plus solides que vous ne les avez. L'extrême sensibilité de votre nature trop féminine — vous ressemblez u votre mère, m'avez-vous dit souvent

— trouverait dans l'Eglise sa libre expansion du haut de la chaire chrétienne où l'on est toujours sûr d'émouvoir quand on est ému. A quoi vous servira-t-elle ailleurs? Ailleurs, elle sera votre ennemie de toutes les heures. Partout vous la porterez, vous la traînerez, et partout elle vous trahira : dans les affaires , elle vous fera dupe; dans l'amitié, elle vous iera dupe; dans l'amour, puisque pour l'instant il demeure acquis que la femme vous possède, elle vous Iera dupe... Quelques jours à peine nous séparent des vacances : « Veillez et priez, vigilate et orate. »

— Et quand j'aurai veillé .^^ Et quand j'aurai prié ^

— Vous partirez vaillamment.

— Avec l'habit ecclésiastique .î^

— Oui, avec le saint habit ecclésiastique. Lui, vous guidera, vous conservera, vous protégera. Le drap noir de votre soutane est, entre le siècle et vous, une muraille plus solide que vous ne croyez. Dieu a mis la main au tissu.

Le cœur transi, le cœur gros, le cœur noyé dans une mer d'amertume, je me suis échappé, refusant d'en entendre davantage. (( La solitude, ainsi qu'il est écrit à la page 172 de mon livre favori, de mes Confessions de saint Augustin, la solitude allait me donner la liberté de mes pleurs, solitudo mihi ad negocium flendi aptior suggerehatur, »

Grand Séminaire, 2^ juin 18U8.

Je l'ai éprouvé cruellement après mon entrelien avec le P. Laplagne : quelque profonde, quelque abondante que nous jugions notre douleur, la source de nos larmes s'épuise vite. Suprême misère! l'homme voit tout de suite, touche tout de suite la fin de son être. Désespéré, j'avais cru mon désespoir éternel, et il (( s'est évanoui comme l'ombre, » pour rappeler une parole terrible des Livres saints. J'ai eu beau, en me voyant condamné à aborder les miens, ma ville natale, enveloppé dans le funèbre habit de M. Prunières, j'ai eu beau lever une griffe jusqu'à ma poitrine et faire sauter trois boutons de ma soutane, bientôt mes doigts tremblants ont recueilli ces trois boutons sur le carreau de ma cellule et, vaille que vaille, les ont recousus.

O ma mère I si des forces cachées , dont à certains moments je sens le grondement sourd au fond de moi-même, ne font pas explosion pour me rejeter hors d'ici, comme la poudre de mine, sur les chantiers do la Grange-du-Pin, lance en l'air un bloc de rocher, je suis capable de périr dans cette maison.

Grand Séminaire, 25 juin i8â8,

La mine a éclaté celte nuit et avec une telle violence que le sol, autour de moi, est partout jonché de débris.

Comment s'est produit cet événement, cet événement énorme?...

Hier au soir, après le réfectoire, j'ai causé longuement avec Martinage sur un banc de la cour où la lune, très claire, très vive, projetait toute l'ombre d'un tilleul. J'étais attentif aux mille branchettes que la lumière nocturne découpait devant moi avec une surprenante netteté. Martinage jabotait selon son habitude, m'iniliant à la capture des truites dans les basfonds rocheux du Jaur.

— C'est fin, la truite, c'est fin, disait-il... 11 ne suffit pas, pour prendre la truite, de nager comme je nage, de plonger comme je plonge; il faut avoir étudié ses façons, observé comment elle est coutumière de se tenir dans l'eau... Avancez sans bruit dans la rivière ; glissez doucement votre main sous le ventre du poisson, au repos parmi des herbes, des racines, des feuilles, des pierrailles; mettez deux doigts aux

ouïes et serrez fort, très fort. La truite est à vous...

Le tilleul assurément me causait quelque distraction; mais, somme toute, le gros des renseignements de mon ami, entêté à faire de moi le compagnon de ses pêches à Riols, me restait, et je laissais aller sa langue tout en laissant aller mes yeux. Je dois croire pourtant qu'en dépit d'un calme très bienfaisant, le chagrin, le noir chagrin de ma vie, cheminait toujours en moi, car par intervalles je recevais des secousses intérieures qui, si je ne me fusse de mes dix doigts cramponné au banc, m'auraient précipité sur le sable de l'allée. . .

On sonna pour la prière.

Est-ce que je chancelais quand je me suis ievé.^^ Il ne m'en souvient guère. Ce dont je me souviens, c'est de l'impression très agréable que me procura la grande main fraîche de Martinage tombant sur ma main brûlante et la couvrant à peu près toute.

Avec quel élan j'ai prié I Pour la première fois, dans cette chapelle glacée, tragique, — Privât m'obsède toujours, — dans cette chapelle où j'ai si souvent gémi, si souvent pleuré, j'ai eu le pressentiment que notre âme, stimulée portée, enlevée par un immense amour, pou vait avoir des ailes. Tout ce qui sortait de moi paroles, balbutiements, exclamations, soupirs je le voyais de mes deux yeux ouverts monter monter, monter, et un apaisement ineflable me

gagnait, et (( la consolation dans les larmes, » chantée par saint Thomas, s'infiltrait en moi goutte à goutte, me rafraîchissant ensemble les lèvres et le cœur, ce Injletu solatium. »

Je devais une amende honorable à ma soutane si âprement maudite, si rageusement déchirée la veille : au moment de me coucher, je l'ai baisée avec le respect ému d'un bon prêtre baisant la naj)pe immaculée de l'autel. Joie, joie céleste î je me suis endormi en récitant la troisième dizaine de mon chapelet... (( Ave, Maria, gratia plena... Ave... ))

Vers le milieu de la nuit, un sursaut me met debout, et, sans me rendre compte de la chose, je me trouve à bas de mon lit. A la fm de juin, le jour paraît de bonne heure. Je regarde stupidement de premières blancheurs sur mes rideaux... Soudain, avec une violence inouïe, un emportement m'enlève de terre comme un coup de vent une feuille dans les châtaigneraies de Camplong, et je roule, et je flotte, et je vole à travers ma cellule, bouleversant tout, ravageant tout, saccageant tout. Mes livres sont à terre; mes cahiers sont à terre; mes bardes sont à terre; horreur! mon bénitier et mon crucifix sont à terre. Mes ongles ont saisi au hasard et ont bousculé, déchiré, mis en pièces, brisé les objets à leur portée. Je ne veux plus rien de cela, je ne veux plus d'ici... Incontinent, je bon-dis à ma porte pour m' échapper.

MA VOCATION ^^g

Je marcherai tant que je trouverai chemin sous mes pas...

Au moment où je m'élance, j'entends quelqu'un tousser dans les corridors. Je m'arrête, dresse l'oreille. C'est le P. Lamolinairie , surveillant de semaine, qui fait sa ronde. Mon courage est coupé en deux, et je me rencogne chez moi.

Ma peur, ma lâche peur, me rend quelque calme... C'est étonnant la peine que j'éprouve à m'asseoir : mes jambes ont la raideur de branches desséchées, — les branches de mon tilleul de la cour. Je suis harassé, et je demeure immobile, inerte sur l'unique siège de ma chambre. Je promène mes regards de tous côtés. Quel dégoût il me vient de moi-même ! Il est plus amer, ce dégoût, que le fiel présenté par ses bourreaux à Jésus sur la croix. . .

La tête basse, l'âme encore plus basse, je recueille mes livres, mes cahiers, mes habits épars. Je n'ose toucher ni à mon bénitier ni à mon crucifix, le premier cassé en trois morceaux, le second, par je ne sais quel miracle, resté intact.

A quoi me résoudre .^^

J'examine, je contemple, je savoure un remords qui me déchire comme une pointe. Tout à coup, j'enlève le crucifix et le serre contre ma poitrine à le faire entrer en moimême malgré la barrière de ma chair. Les sanglots m'étoulfent au contact du divin Sauveur,

Uo MA VOCATION

et, le retenant de mes deux mains, je retombe sur mon lit.

Le tranquille réveil ! Je n'ai pas souvenance qu'il se soit rien passé de fâcheux chez moi, cette nuit. La vertu du crucifix, collé à mes lèvres, a guéri ma fièvre. La tempête intérieure est apaisée, abolie. Comme je me trouve bieni Une sérénité quasi divine m'enveloppe. Dans ma pauvre cellule, (c le Christ règne, le Christ commande, Christus régnât, Christas imperat, » comme dit le P. Laplagne. Que réclame de moi ce Christ si tendre, si suave , — encore un mot du P. Laplagne, — ce Christ qui m'a sauvé .^^ Je devine. Je cours à ma table, et j'écris à ma mère les lignes suivantes :

« Grand Séminaire, ce 2Ujuin. Cinq heures du matin.

a Ma mère chérie,

« La lutte où j'ai manqué périr prend fin dès ce moment. Dieu ne veut pas que je sois prêtre et je ne le serai point. Une lumière m'a éclairé cette nuit : j'ai vu le Fils à la droite du Père, et la volonté d'en haut m'a été clairement manifestée...

« Que deviendrai-je dans le monde où je tombe brusquement, comme précipité du ciel.I^ Je l'ignore. Je sais seulement que les misères dont j'y serai accablé ne seront rien comparées à celles qui m'assailliraient dans la vie ecclésiastique, pour laquelle je ne suis pas fait. Le sanctuaire m'épouvante à l'égal de l'Enfer.

« Croyez-moi, ma mère, Dieu n'est si redoutable qu'à ceux qui ne se détachent pas de lui, qu'à ceux qui l'aiment. C'est vous avouer qu'il n'entre dans ma résolution que des motifs

MA VOCATIOÎÏ 4'ii

nobles, dos motifs dignes de \otre enfant respectueux et soumis, de votre enfant malheureux, qui n'eut jamais plus besoin de votre tendresse et de vos soins. Il me semble du reste que, désormais, je vais vous aimer davantage, mon père, ma tante et vous. Je suis rendu à moi-mcme et, du même coup, je vous suis rendu.

a Ferdinand. »

Un soleil magnifique emplit ma chambre. O journée radieuse, journée bénie de délivrance, je te salue I

Il est cinq heures et demie. Je me risque dans le grand escalier. Je suis déterminé à aller jeter moi-même ma lettre à la première boîte du faubourg Boutonnet.

Le concierge, occupé à balayer les classes, ne m'a pas vu quand je suis passé, quand j'ai ouvert la lourde porte d'entrée du séminaire. Mon ange gardien me cachait sans doute (( à l'ombre de ses ailes, Sub ambra alarum tuarum protège nos. »

La lettre est partie.

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