‹ Macaire; chanson de gesteChapitre 2 sur 91 · I. Voyez, par exemple, Huon de Bordeaux y p. u · texte numérisé non relu

I. Voyez, par exemple, Huon de Bordeaux y p. u

Là ejfMacaires, .1. traîtres prouvés.

Fierabras , p. 1 3 3 :

L'emperere manda Guenelon et Hardrè , Grifonnet d^Autefuelle 0 le grenon mellé^ Abri et Macaire et des autres assis.

Aiol et Mirabelj ms. de la Bibl. imp. , La Val., 80, fol. 120 yo, col. 2 :

Makaire de Losane fu malparliers.

Notre Macaire s'appelle précisément comme celui qui figure dans Aiol et Mirabel :

Machario de Losane se fait apeler.

Macaire, a

ij Préface.

pour ainsi parler , et fort à conire-cœur , sachant surtout que ce n'était pas le véritable titre de l'ouvrage, celui ou'il portail autrefois cl sous le- (^uel il a été iraauii à l'étranger. Ce vrai titre, tiré du nom de l'hérome, était, sans aucun doute : La Ri-int Sibili. Mais comment le conserver à !a version que je publie, où Sibile s'appelle Blanche fleur ? Substituer ce nouveau nom ù l'ancien , ce n'était pas remédier au mal ; c'était plutôt l'aggraver en introduisant un élément de confusion dans le catalogue de notre histoire littéraire. En etîei , ce nom gracieux de Blanchetleur, si cher aux trouvères, se trouve déjà en tête d'une de leurs compi' et bien qu'il y

soit associé à un autre, je I, ^ is sans craindre

cette répétition dans la série aes titres de nos anciens poèmes Voilà comment j'ai été conduit à préierer le nom d'un coquin .1 iclui d'une reme vertueuse.

C'est dire assez que je n'a< :c a choisir

qu'entre ces deux noms : celu. . .nnocence et celui de son persécuteur. Il y a bien encore dans cette curieuse composition un troisième personnage qui y joue un grand rôle ; un personnage que l'histoire a longtemps emprunté au roman , que les arts, aue le théâtre ont rendu populaire et dont l'érudition a discuté l'existence dans une savante dissertation. Ce n'est au'un chien, il est vrai , mais un chien célèbre : le chien de Montargis. F^ar malheur , je ne pouvais me servir de ce titre tout fait sans me rendre coupable d'un gros iue le chien de Montar-

gis nu ^i». ..M. .. ..w V " ' '"L^temps après sa

ruissance, c'cst-à-dirclo;. après la lin du

Préface. iij

XI F siècle, date probable du poëme que je publie.

Si ce poëme n'appartenait pas au genre sérieux , au moins par l'intention , le meilleur titre qu'on lui pût adapter serait sans doute celui d'une des comédies de Molière , en substituant simplement le nom de Charlemagne à celui de Sganarelle. Le grand empereur, en effet, y joue un rôle analogue à celui de l'époux trop soupçonneux que notre grand comique a mis en scène, à cela près que Charlemagne, dont l'infortune n'est pas moins imaginaire que celle de Sganarelle , a cependant pour y croire de plus fortes raisons que lui.

C'est après ces réflexions , et non à la légère , comme on le voit, que je me suis décidé à restituer à notre histoire littéraire , sous le titre de Macalre, la chanson de la Reine Sihile^ dont on connaissait depuis longtemps l'existence et le sujet, mais dont on croyait l'original à jamais perdu.

Je n'oserais dire absolument que je l'ai retrouvé. Ce serait faire trop d'honneur à l'Italien qui l'a enchâssé dans la vaste compilation d'où je le tire ; ce serait peut-être aussi paraître trop satisfait de mon essai de restitution. Or, je n'ai garde de tomber dans ces deux excès. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour reconnaître combien est altéré le manuscrit que je publie^ et j'ai peur qu'il soit aussi trop aisé aux juges com pétents d'apercevoir les imperfections de mon travail. J'estime toutefois que , l'un portant l'autre , le texte de Venise et le mien donneront au lecteur une idée suffisante de la singulière

iv Préface.

composition qu'ils reproduisent tellement quelle ment, et qui , défigurée d'un côté, s'efforce de reprendre de l'autre sa physionomie et ses traits primitifs.

Voici le fond de ce roman, dont une partie , et la moins vraisemblable , a été si longtemps prise au sérieu.x et considérée comme historique.

Charlemagne, oubliant trop aisément les souvenirs de Roncevaux , a admis à sa cour et dans son intimité un chevalier de cette race de Mayence qu'il eût dû haïr à jamais, un parent du traître Ganelon , Macaire de Losane. il a bientôt sujet de s'en repentir. Macaire ose regarder d'un œil de convoitise l'épouse m6me de son seigneur, la belle et vertueuse Blanchetleur, fille de l'empereur de Constantinople. Il tente d'abord par de doux propos de conauérir ses bonnes grâces; la reine le repousse et l'éconduit avec indignation. Irrité, mais non découragé, Macaire a recours, pour continuer sa poursuite, à l'entremise d'un nain fort aimé du roi , de la reine surtout, et très-familier avec elle. Le nain, séduit par de belles promesses , consent ù servir les desseins de Macaire. Il en est bien puni. Blanchefleur le chùtie , et si rudement qu'il en garde le lit pendant huit jours. Dès lors Macaire ne songe plus qu'à se venger, et c'est encore au nain qu'il demande assistance , au nain outragé comme lui, plus que lui, et animé du même esprit de vengeance, il lui persuade de se cacher le soir derrière la porte de la chambre du roi , et quand Charlemagne se lèvera , selon sa coutume , avant l'aube du jour , pour assister

Préface. v

à matines, d^aller prendre place dans sa couche, à côté de la reine. Charlemagne l'y trouvera au retour, ne manquera pas de croire Blanchefleur coupable et la fera brûler vive. Quant au nain, quel risque peut-il courir? Il dira pour se justifier qu'il n'a fait que se rendre à l'appel de la reine, cette fois comme bien d'autres. D'ailleurs Macaire sera là pour le défendre, s'il y avait péril.

Le nain saisit avec joie l'occasion qui s'offre à lui de venger son affront. Il suit de point en point les instructions de Macaire, et delà la scène prévue. Charlemagne, en revenant de matines, aperçoit sur un banc les vêtements et dans son lit la^grosse tête du nain. Il reste muet de confusion, de douleur, de courroux, sort de sa chambre éperdu , et se rend à la grande salle du palais, où il trouve Macaire déjà levé, avec quelques autres chevaliers. Il les conduit près de sa couche, où le nain est encore à côté de la reine endormie. Interrogé par Macaire lui-même, le nain répète la leçon qu'il a apprise du traître. Cependant Blanchefleur s'éveille, et, se voyant ainsi entourée, ainsi accusée, ne trouve pas un mot pour se défendre. Charlemagne jure qu'elle sera brûlée vive.

Il le jure ; mais si grande est sa tendresse pour Blanchefleur qu'il oublierait peut-être son serment n'était la crainte du blâme, n'étaient les instances de Macaire et des siens qui le poussent à faire justice. Il s'y résigne, et déjà le bûcher est allumé, lorsque Blanchefleur en face de la mort demande un confesseur. L'abbé de Saint- Denis vient remplir cet office. Il entend la mal-

vj Priîfacf..

heureuse reine, l'inierrope, se persuade de son innocence, et détourne Charlemagne Je l.i livrer au supplice , d'autant plus au'elle s'est déclarée enceinte. Alors, sur l'avis du duc Naimes , son sat^e conseiller, le roi lui tait grAce de la vie, et la bannit seulement de son royaume. Un jeune damoiseau nommé Aubri est chargé de la conduire en exil, il part avec elle , au grand regret de chacun et de Charlemagne lui-même.

M.i .ussi, mais par un autre sentiment,

voit i ^ .1 avec un cruel déplaisir : sa vengeance lui échappe Pour la ressaisir, il s'arme, monte à cheval . et s'élance à la poursuite de l'exilée et de son compagnon. Il les rejoint, somme Aubri de lui abandonner la reine, et, sur son refus, \\i" -t le tue. Effravée ;^ !a vue

du combat, i ; s'est enfuie dans un bois

voisin. Macaire ne la retrouve pas, et revient à Paris chargé d'un crime de plus.

Aubri avait un lévrier cjui le suivait partout. Le lévrier ne le quitte pomt , même après sa mort. Il reste là trois jours, et ce n'est que vaincu par la faim qu il reprend le chemin de Paris. Il arrive ik l'heure du diner, court au palais, où les barons sont à table, aperçoit Macaire, se jette sur lui , le mord cruellement au visage, prend du pain sur la table et s'enfuit |>our retourner auprès de son maître , laissant toute la cour dans l'étonnement. Les barons se demandent si Aubri est déjà de retour. Ils ont bien cru reconnaître son lévrier. Le chien revient une seconde fois à la même heure; mais les gens de Macaire sont sur leurs gardes; il ne peut l'atteindre et s'en retourne encore avec du pain.

Préface. vij

Alors les soupçons s'éveillent. Pour les éclaircir, Charlemagne et ses barons se promettent de suivre le chien quand il reviendra. Il revient, fait découvrir le corps d'Aubri et en même temps le crime de Macaire. >

Interrogé par Charlemagne, l'accusé nie et offre de prouver son innocence par les armes ; mais personne n'ose combattre un adversaire aussi puissant, aussi bien apparenté. La justice restera-t-elle donc sans champion .? Le vieux duc Naimes s'indigne à cette pensée, et propose de mettre aux prises Paccusé et l'accusateur, Macaire et le chien d'Aubri. L'empereur et ses barons s'empressent d'y consentir. Les parents même de Macaire acceptent avec joie une épreuve qui ne leur paraît pas redoutable. Le duel a lieu ; Macaire est vaincu. Il fait l'aveu de son crime et en subit la peine. Il est traîné partout Paris à la queue d"un cheval, et brûlé ensuite.

Cependant qu'est devenue la reine, cette victime innocente que Charlemagne n'espère plus revoir ^

Après la mort d'Aubri, elle a erré longtemps dans le bois où elle sest réfugiée. Comme elle en sort, elle rencontre un pauvre bûcheron nommé Varocher, qui la reconnaît, s'étonne de la trouver seule, et lui offre ses services. Blanchefleur lui fait part de son infortune, de son exil , et le supplie de l'accompagner jusqu'à Constantinople, OLi sont ses parents. Le bûcheron n'hésite pas : il prend à peine le temps de dire adieu à sa femme et à ses enfants , et se met en route avec l'exilée.

viij Prékacf.

Varocher avait plus de cœur que de mine, ei le contraste était grand entre cette jeune et belle reine et son rustique compagnon à l'aspect sauvage, à laccouircmcnt grossier, à la chevelure épaisse et emmêlée. Un gros bAlon noueux dont I nonnéte bûcheron s'était armé .> ^ t d'en faire un personnage des plus éi: , , à ce point que nulle part on ne pouvait le regarder sans ri -s le croire hors de son bon sens.

C'est a rtée que la reine voyage jusqu'en

Hongrie. Sa grossesse ne lui permet pas d'aller plus loin. Elle s'arrête dans une hôtellerie, où elle ne tarde pas à accoucher d'un fils.

Blanchetleur, qui n'a garde de se faire connaître , donne à croire que Varocher est son époux, et le jeune héritier du sceptre de Charlemagne est sur le point d'avoir pour parrain l'hôie de sa mère. Mais la Providence ne permet pas cet abaissement, et comme on porte l'enfant au moutier, le roi de Hongrie survient à propos

f>our reconnaître sa haute origine et pour le tenir ui-méme sur les fonts. Que son filleul soit de sang royal, le roi de Hongrie n'en saurait douter, puisque le nouveau-né porte une croix blanche empreinte sur l'épaule droite. C'est là un signe infaillible, et il ne faut rien moins que la simplicité de l'hôtelier pour croire qu'un enfant marqué d'un tel sceau puisse être le fils d'un homme de rien, d'un truand, d'un sauvage comme Varocher. Mais quel est son vrai père? Le mystère est T- ' ♦' ' «clairci dans une enttevue que le roi fait u r .1 Blanchefleur Klle ne

cache rien à son royal « ; ; m: , et ce n'est pas vainement qu'elle imploïc son assistance. A

Préface. ix

compter de ce moment elle reçoit une hospitalité digne d'elle, et, par les soms du roi, l'empereur de Constantinople ne tarde pas à être informé du sort de sa fille.

Il la fait d'abord ramener près de lui; il songe ensuite à la venger. Rien ne peut désarmer sa colère ; rien ne peut le tléchir : ni la nouvelle du supplice de Macaire, ni les excuses de Charlemagne , ni ses offres de réparation. Après plusieurs ambassades inutiles, la guerre éclate entre le beau-père et le gendre. L'empereur de Constantinople, accompagné de sa fille , de son petit-fils et du fidèle Varocher, vient à la tête de cinquante mille hommes camper sous les murs de Paris. Charlemagne sort de la ville avec les siens ; les deux armées sont en présence ; elles en viennent aux prises.

A côté des chevaliers qui de part et d'autre font assaut de prouesses, Varocher se signale par des traits hardis, par des pointes audacieuses, mais qui sentent un peu la maraude et ne sont guère que des exploits de vilain. Il pénètre adroitement dans le camp de Charlemagne, d'abord seul, puis avec des compagnons âpres à la curée, et il trouve le moyen d'y faire main basse sur les plus beaux destriers, à commencer par celui du roi; sur les plus riches armures, sur le butin le plus précieux. Début équivoque dans la carrière des armes, mais qui l'excite à y jouer un plus noble rôle. Ce vilain a senti en lui le cœur d'un chevalier ; il en désire le titre , le demande à l'empereur qu'il sert, l'obtient , revêt le haubert, lace le heaume, ceint l'épée, échange

X Préface.

contre une lance au gonfanon flottant l'arme f;rossière que façonna à peine sa cognée de bûcheron, et ne se rappelle plus qu'avec dégoûi le temps où il se chargeait de fardeaux comme une béte de somme.

Ainsi métamorphosé, le nouveau chevalier ne craint pas l'adversaire le plus redoutable. Il le dit et le prouve. Après plusieurs engagements sans résultat décisif, les deux empereurs convienncm de vider leur querelle par un combat singulier. C'est Ogier le Danois qui va défendre la cause de Charlemagne ; c'est Varocher que l'empereur de Constantinople a choisi pour champion. La lutte a lieu sans témoins, entre les deux camps. Devant le brave Danois, devant ce preux tant vanté, dont la renommée est venue jusqu à lui , l'ancien bûcheron ne recule pas; il lui tient tôle et lui fait admirer sa vaillance à ce point qu'Ogier interrompt le combat pour lui demander son nom.

Varocher se fait connaître ; la confiance s'établit entre les deux chevaliers , et l'instant d'après ils se séparent, amis comme frères , pour aller, chacun de son côté , travailler à l'œuvre de la paix.

La joie du Danois est extrême. Il vient d'apprendre de Varocher que Blanchefleur vit encore, et qu'elle est dans la tente de son père. Kien ne pourrait le rendre plus heureux , si ce n'est de porter à Charlemagne cette nouvelle miraculeuse; mais il ne l'a apprise que sous la condition de la tenir secrète. Comment donc amènera-t-il la conclusion de la paix P En s'avouant

Préface. xj

vaincu par son adversaire. Si grand que soit le sacrifice, Ogier s'y résigne, et Charlemagne, abusé par ce généreux mensonge, n'a plus d'autre ressource que de se mettre à la merci du vainqueur.

Il députe Ogier et le vieux duc Naimes pour aller demander la paix à l'empereur de Constantinople, et les voit bientôt revenir avec un jeune et bel enfant à la tête blonde surmontée d'une plume de paon. Qui est-il? Doù vient-il? A ces questions de Charlemagne , c'est l'enfant luimême qui répond , en le prenant par le menton : (( Père, je suis votre fils, et si vous en doutez , voyez la croix blanche que je porte sur l'épaule.» Charlemagne, dans une étrange surprise, interroge le duc Naimes, interroge le Danois. Tous deux lui attestent que l'enfant dit vrai, et mettent le comble à sa joie et à son attendrissement en lui apprenant que Blanchefleur est vivante et consent à lui pardonner.

Ainsi préparée, la paix est aussitôt conclue. Les deux époux réconciliés rentrent ensemble à Paris , où de grandes fêtes célèbrent cet heureux événement. Varocher, comblé de présents, est institué champion en titre d'office à la cour de Charlemagne ; il retourne à sa chaumière, qu'il s'empresse de remplacer par un château avec donjon , donne à sa femme des habits de soie et de coton, et promet bien à ses deux fils qu'ils seront un jour armés chevaliers.

Tel est ce vieux poëme, dont je ne suis pas le premier à faire connaître le sujet. Il y a plus de six siècles que j'étais devancé dans cette tâche par un de nos anciens chroniqueurs , dont l'ouvrage est connu, à tort ou à raison , sous le nom

\1) rKtK.VCt.

d'Alberic de Trois-Fontaines. Voici sa notice ('), à la date de l'année 770 :

Cum matris hortatu, Jiliam Desiderii , Longobardorum re^iSf Karolus rtugnus Juxisscî, incertum ijua de causa , cam post annum rcpudiavit, et Hildcgardam Alemannam duxit ^ de génère Suevonim ^ precifnie nobilitatis feminam , de tjua fdios très gênait : Karolum, Pipinum^ Ludoyuum,et filias très. Super repudiatione dicte regine, que dicta est Sibilia a cantoril " is^ pulcherrima contexta est

fabula : de .^ . . nano turpissimo ('^ , cujus occasione dicta regina fuit expulsa ; de Alorico milite Montis Desiderii, qui cam debuit conduccre, a Machario proditore occiso ; de cane renatico ejusdcm Albrici qui dictum ^facharium in presencia Karolif ParisiuSy duello mirabili devicit ; de Gallcrano de Bacaire et eodem Machario tractis turpiter et patibulo affixis ; de rustico asinario, Varochero nomine, qui dictam rcginam mirabditer reduxit in terrant suam; de latrone famoso , Grimoardo (">), in itinere inventa; de heremita et de fratre ejus Richero, Constantinopolitano imperatore, dicte rci^irn pâtre, de expeditione in Franc iam ejusdem impeiatoris cum Crecis; et de filio ejusdem Sibilie Ludovico nomine, cuidux Naamanfiliam suam Blanca-

1 . D'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale, fonds latin, 4896-A 'fol. ]} vet M'"'» nianuscrii dont le texte est beaumiip plus correa que celui de l'édition de Lcibnitz. (l se trouve à la page io{ de cette édition. Hano . .-.)

2. Hano, et non vano, comme on lit dans l'édition de Leibnitx.

). Et oon Cirimardo, selon la leçon fautive de Leibnitz.

Préface. xiij

fioram in uxorem dédit ; et de Karolo magno in monte Widomaria dicto Ludovico et Grecis obsesso ; de reconciliatione ejusdem regine cum KarolOy cjuod omnino falsum est ; de sex proditoribus de génère Ganalonis occisis, quorum duo snpradicti^ Macliarius et Gallerannus, perierunt Parisius, duo ante portam montis Wimari, quorum unusfuit Almagius, et duo in ipso Castro; et cetera isti fabule annexa, ex magna parte falsissima, que omnia, quamvis délectent et ad risum moveant audientes^ vel etiam ad lacrimas^ tamen a veritate hystorie nimis comprobantur recéder e^ lucri gratia ita composita.

Ce passage n'est pas sans importance. lia déjà servi au savant Bullet à chasser de Phistoire le chien de Montargis. Il va servir encore à une autre démonstration : à prouver qu'il a existé de notre poëme deux versions différentes, la première assez simple encore, la seconde compliquée d'épisodes sans rapport intime avec le sujet.

C'est cette seconde version qu'avait en vue Alberic de Trois-Fontaines. La version primitive est celle qu'a reproduite à sa façon le compilateur italien auquel je l'emprunte. Voilà ce qu'il s'agit d'établir d'abord pour en déduire ensuite la date approximative du poëme original.

Or il suffit d'un simple rapprochement pour se convaincre que l'analyse du chroniqueur ne saurait se rapporter à la version que je publie , où il n'est fait mention ni de Galeran de Bacaire , ni du fameux larron Grimoard, ni de l'ermite frère de l'empereur de Constantinople, ni du duc Naamanet de sa fille Blanchefleur, ni sur-

xiv Préface.

tout de l'union de cette tille avec le fils de notre héroïne, lequel n'est encore qu'un entant dans le recil qu'on lira ci-après, tandis que dans celui dont Alberic nous a transmis le sommaire, il est non-^ :U mariable et marié, mais aussi ci:

état L.. ;..... la guerre et d'assic^^er son pérc Charlemagne. \'oilà des différences dont le nombre, l'importance, et surtout la nature , indiqueraient assez l'existence de deux versions, si l'on ne pouvait l'établir autrement. Mais il est possible de la démontrer encore mieux, ou plutôt de la montrer. Il nous reste, en effet, de la versioi développée à laquelle se réfère le passage d'Alberic. des fragments qui, par un curieux hasard , mettent en scène et l'ermite dont il vient d'être question et le fameux larron Grimo. rd , en même temps que plusieurs des personnages de la version primitive.

Ces fragments, qui forment en tout i 26 vers, se lisent sur quelques morceaux de parchemin détachés de la couverture d'un Jean de Lyra, relié au XV* siècle C'est ce que nous apprend M. le baron de Reiffenberg , à qui ils avaient été communiqués par M. Bormans, alors professeur extraordinaire à l'université de Gand. Le savant éditeur de F'hilippc Mouskes les a publiés dans son introduction ;' , mais ■-" îvoir à quel poème ils appartenaient. L'.. on en a été

faite par l'illustre secrétaire de l'Académie impériale de Vienne, M. Kcrc! ' \Volf, non-seulement d'après le passage ^. de Trois-P'on-

I. Phi'ippe Mouskes, t. I, p. 610 etsuiv. — Je rcoroduis ces (ragiDcnU en appendice, p. $07 et suiv. du pr^nt volume.

Préface. xv

taines, mais encore d'après deux traductions, l'une espagnole, l'autre néerlandaise, de la chanson de la Reine Sibile, qui lui ont fourni la matière d'excellents mémoires dont il sera parlé plus amplement ci-après.

Par ces fragments on voit que la seconde version de notre poëme était en vers alexandrins , par conséquent non-seulement rajeunie, mais entièrement refaite et remaniée ; car il est évident d'autre part que la composition primitive , celle qu'avait sous les yeux le compilateur italien, était en vers de dix syllabes. Il l'a fort altérée sans doute, mais non pas assez pour effacer partout l'empreinte du mètre. C'est un point sur lequel je ne puis guère manquer d'être éclairé après mon travail de restitution , où la question se représentait à chaque ligne.

Il est hors de doute que l'Italien qui nous a conservé le seul exemplaire connu de notre poëme n'est pas l'auteur de cette composition. S'il ne l'a pas inventée , il l'a reproduite d'après un original français, et cet original ne saurait être la version en vers alexandrins analysée par Alberic, à moins de supposer que le compilateur en ait soigneusement retranché tous les épisodes et entièrement remanié la versification. Or, c'est une hypothèse qui me paraît difficile, sinon impossible à admettre.

La chanson de la Reine Sibile ou de Macaire , si l'on veut, comme celle de Huon de Bordeaux (et ce n'est pas la seule analogie qui rapproche ces deux ouvrages), a donc été composée d'abord en vers de dix syllabes , puis plus tard refaite dans le mètre alexandrin et développée au

xvj Préface.

fond comme en la forme. S'il en esl ainsi, comme tout conspire à le prouver, et si la seconde version avait déjà cours au temps où écrivait Alberic de Trois-Foniaines , c'est-à-dire dans la première moitié du X1II« siècle, il y a grande apparence que le poème original fut composé dés le commencement de ce siècle , au plus tard ^'), et bien plus probablement ii la fm du siècle précédent. Par qui? Il faut se résoudre à l'ignorer.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'ouvrage cul le plus grand succès et en France et à l'étranger.

Suivons , en France d'abord , l'histoire curieuse de sa fortune.

Si mes conjectures sont fondées, je le répète, il est composé vers la fm du XII'" siècle, dans le même mètre que les plus anciennes chansons de geste, c'est-à-dire en vers de dix syllabes.

Au siècle suivant, il est entièrement refait en vers alexandrins, et augmenté d'épisodes considérables. Premier indice de son succès.

Au XIV<^ siècle, il n'est pas oublié, et tant s'en faut. J'en trouve d'aboru la preuve dans une grande composition qui parait dater de ce siècle au plus tard , la chanson de Tristan de Nanteuil (pour lui donner un titre qui lui manque) (2). Un personnage de cette chanson, le traître Persant, fils de Hervieu de Lyon, était, dit l'auteur, de la race de Ganelon. Il ajoute :

1. Voyez ci-apr^, p. xc, une nouvelle raison pour croire qae k •■ '•" ' 'M du XII' tiède.

2. cette chanson la préface de Parise la Ducheist, K ..;... Je MM. Cuessard et Larchey. p. vii-xii, et lurtoul U préface de Gui de A'dnf^v//, édition de M. P. Meyer,

p. XVII-XXII.

Préface. xvij

Entre lui et Maquaire estaient compaignony Que le lévrier mata à loy de champion. Maquaires et Persant estaient compaignon (i).

Ailleurs, il rappelle plus explicitement encore le rôle que joue Macaire dans notre poëme :

Par lui et par son fait, par sa renoyerie. Enchâssa Charlemagne de France la garnye Sebille la royne, qui tant fut enseignye, Et Loéys Venffanty qui tant ot seignorie. 0

Fist le champ au lévrier devant la baronnye (2) , De quoy il fut vaincqus ; car Dieu, le fil Marie, Miracle y demoustra qui doit estre prisie , Ainsy que vous orrés, s'il est qui le vous dye {i).

Et non-seulement, par ces allusions formelles, l'auteur de Tristan de Nanteuil montre que la chanson de Macaire ou de la Reine Sibile lui était bien connue ; mais il nous donne encore une sorte de supplément à la biographie de notre traître. Voici, selon lui, par quels menus forfaits, comme on disait alors, Macaire préludait aux crimes qu'il devait plus tard payer de sa vie. Après la mort de Gui de Nanteuil, Charlemagne remit la main sur la cité que ce vassal tenait de lui ; et qui chargea-t-il d'aller en prendre possession et de la gouverner ? Macaire de Losane , lequel fit preuve dans cet emploi d'une certaine capacité

1. Manuscrit de la Bibliothèque impériale, fr. 1478, fol. 139 v».

2. C'est-à-dire: Il combattit en champ clos contre le lévrier d'Aubri, devant tous les barons.

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