‹ Macaire; chanson de gesteChapitre 37 sur 91 · I . Le texte ajoute que Varocher connaît bien aussi les · texte numérisé non relu

I . Le texte ajoute que Varocher connaît bien aussi les

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Charlemagne, où on le prend pour un écuyer. Il s'introduit ainsi au quartier du roi, là où il sait que sont les bons destriers. Il se fait seller le meilleur, et ainsi monté revient vers les siens en s'ccriant : « Monjoie ! chevaliers, levez-vous sans tarder; je viens de butiner au camp de Charlemagne. j'ai son meilleur destrier; il sera fort en peine au moment de monter à cheval ! u A cet appel les chevaliers courent aux armes, et le camp français est assailli. Grande est la déconvenue de Charlemagne : il ne retrouve pas son destrier, et, pour surcroît de souci, le duc Naimcs, à bout de sagesse et de ressources, ne trouve que des reproches i lui adresser et des malheurs à lui prédire. P. 197-

Les deux armées sont en présence; la lutte s'engage. — Récit de la bataille. — Joute de Floriadent et d'Ogier le Danois. — Blanchefleur, de la tente de son père, assiste à la mêlée, et voit tomber nombre de chevaliers français. Elle se rappelle qu'elle est leur reine, et ne peut retenir ses larmes. « Ces gens que vous faites tuer, dit-elle à son père, sont pour moi des amis, des frères! — Ma fille, lui répond l'empereur, il n'en peut être autrement ; il faut que je couvre de honte ce roi à qui je vous donnai jadis pour épouse, el vous ne sauriez vous en plaindre, vous qu'il a si cruellement outragée et bannie du royaume de France. Pour moi , )c ne pourrais oublier pareille injure. Charles vous a traitée comme une concubine;

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il m'en souviendra toute ma vie. — Père, lui dit la dame, mon seigneur ne sait pas que je suis près de vous ; s'il le savait, il se repentirait de son erreur et vous demanderait son pardon. — Il ne l'aura, répond l'empereur, que quand je serai vengé.» P. 201-21 1.

A ces mots survient Varocher ; il amène à l'empereur deux des meilleurs destriers de Charlemagne, deux destriers aragonais. « Sire, dit-il, je vous fais don de ces coursiers, que j'ai pris dans les tentes de Charlemagne et du duc Naimes. Je ne suis qu'un garçon, mais s'il vous plaisait de me ceindre l'épée au côté, et si je pouvais, comme d'autres, m'appeler votre chevalier, j'entrerais en lice pour combattre le meilleur champion qui soit dans l'armée du roi de France. — Nous vous accordons votre requête, dit l'empereur. — Et avec grande raison, ajoute Blanchefleur; il n'est pas au monde d'homme plus loyal, et je ne puis oublier qu'il abandonna sa maison , sa femme, ses enfants, pour m'accompagner jusqu'en Hongrie et pour veiller sur moi. — Nous le savons, dit l'empereur, et il ne restera pas sans récompense. » Aces mots il appelle ses ducs et ses barons. Blanchefleur, aidée des dames qui l'accompagnent, fait revêtir à Varocher une riche tunique de soie. L'empereur lui ceint l'épée au côté, un duc lui chausse l'éperon, et le nouveau chevalier jure que Charlemagne trouvera en lui un mauvais compagnon. P. 211-215.

La reine fait don à Varocher d'un bon haubert et d'un heaume au cercle doré. Ainsi équipé, il monte sur un destrier rapide, s'arme d'une lance au fer acéré, et, un écu d'ivoire au cou, manœuvre si bien son coursier, qu'on ne reconnaîtrait plus en lui le

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truand, et qu'il a tout l'air d'un noble chevalier, il voit bientôt se réunir à lui un millier de compagnons, âpres au gain, qui le reconnaissent pour chef et lui jurent de le servir loyalement. Varocher les tiendra quittes de sa part de butin, il les en prévient; mais il veut qu'ils se montrent bien, et dès le lendemain matin il leur en fournira l'occasion Ils iront au camp de Chariemagne, et là ils trouveront de quoi enrichir tous leurs parents : or, argent, destriers, palefrois, mulets ; aucune proie ne leur manquera. F. 2 1 5-2 1 9. En eflfet, ils montent à cheval avant l'aube, et, par un chemin détourné qui les conduit près de la ville, ils s'introduisent dans le camp de Chariemagne, en criant comme le guet quand il fait sa ronde par les champs. Les Français les entendent, croient qu'ils sont des leurs, et les laissent ainsi pénétrer dans les tentes de Chariemagne et de ses chevaliers. Là, ils prennent tout ce qui leur agrée, changent leurs mauvais chevaux pour de bons, enlèvent les armures, les vêtements, l'or et l'argent, de façon que tel qui s'était endormi riche se réveille pauvre le matin. Après cet exploit, Varocher et ses compagnons s'en reviennent à leur camp chargés de butin. Va chacun de se demander : • Où sont-ils allés prendre toutes ces richesses ? — Dans un lieu où il en reste encore , » dit Varocher. Cette réponse lui vaut plus de deux mille nouveatui compagnons , qu'il ne refuse pas. Varocher donne u part de butin à l'empereur, i Blanchcfleur et A son jeune 61s. Mais la reine de France n'en dé> plore pas moins ce pillage : c'est son bien, penset-eile, que se partagent ainsi des maraudeurs qui ne l'ont pas gagné.

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Charlemagne, à son lever, voit sa chambre dévalisée et ne retrouve pas son cheval à l'écurie ; il ne sait qui accuser de ce larcin. « Sire, lui dit le duc Naimes, ne vous plaignez pas à moi : si vous avez perdu, je n'ai pas gagné ; car moi non plus je ne retrouve pas mon cheval. » Plus d'un ne fit que rire de cette mésaventure ; mais de ces rieurs il y en eut de tels qui, après avoir bien cherché, ne retrouvèrent ni leurs bonnes lances, ni leurs hauberts, ni leurs écus. Ce riche butin était aux mains de Varocher et de sa compagnie. Le roi. qui n'avait garde de s'en douter, soupçonna nombre des siens, qu'il fit prendre et garrotter. P. 219-225.

Bientôt Charlemagne est assailli une seconde fois dans son camp ; il court aux armes avec ses barons, et une nouvelle bataille s'engage. — Récit de la bataille. — Prouesses de Varocher. — Il rencontre le duc Naimes, et lui assène un tel coup qu'il lui fait presque vider les arçons. « Sainte Marie ! dit le duc, ce n'est pas un homme, c'est le diable en personne; je ne reçus jamais pareil coup d'aucun chevalier. » Naimes tire son épée pour prendre sa revanche; mais Varocher ne l'attend point : il sent bien qu'il n'a pas affaire à un bachelier. Comme il tourne bride, Charlemagne arrive près du duc : « Voyez-vous cet enragé .? lui dit Naimes. Il faut qu'il ait le diable au corps; il vient de me donner un tel coup d'épée, qu'il m'a jeté à la renverse sur ma selle; c'est une grâce de Dieu qu'il ne m'ait point entamé. — Et ne serait-ce pas, dit Charlemagne, le méchant ribaud qui m'a volé mon destrier ? Je le croirais volontiers à le voir chevaucher. Si je puis l'approcher, il me le payera cher ! »

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Mais CM menaces n'atteignent point Varocher, qui nr cesse de courir de çâ et de là. P. 22^-2 jj.

En chevauchant ainsi , il rencontre Berart de Mondidier, et reçoit de lui un coup qui brise les pierreries de son heaume, mais sans le pénétrer. Varocher frappe à son tour, et si rudement qu'il désarçonne Berart et le fait prisonnier. Il le conduit à la tente de l'empereur de Constantinople et le remet à la garde de Blanchefleur. La reine reconnaît en lui un de ses chevaliers, le fait désarmer et revêtir de riches habits de soie. Berart tombe à ses genoux ; sa joie est extrême en la revoyant; tout l'or de Bavière ne le rendrait pas plus heureux. Blanchefleur lui demande des nouvelles de Charlemagne. « Dame, lui répond Berart, il ne peut se consoler de vous avoir perdue; il n'ose plus espérer; il vous croit morte. Mais vous, dame, comment pouvez-vous souffrir cette guerre où meurent tant des vôtres? Moi-même, n'était la protection de Dieu, j'aurais succombé aussi sous l'épée de ce truand qui vient de m'amener ici. — Il est preux et vaillant, lui dit Blanchefleur, et personne n'a rendu â mon seigneur autant de services que lui. » Puis elle raconte à Berart tout ce qu'elle doit i Varocher, â ce nouveau chevalier qui n'était qu'un vilain quand elle le rencontra. « Il a bien changé, dit Berart; personne aujourd'hui ne porte mieux que lui le haubert. Mais quelle joie pour le roi de France, s'il vous savait encore vivante! De sa vie il n'en aurait ressenti une pareille. — Il faut le laisser faire pénitence, dit la reine, pour m'avoir si injuste ment jugée, si honteusement bannie. Et cependant, )e ne puis me défendre de compatir aux souffrances

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des siens; mais ce n'est pas moi, c'est mon père qui a voulu cette guerre pour me venger. » P. 233-239.

Pendant que Berart et Blanchefleur s'entretiennent ainsi, la bataille continue, terrible, acharnée. Elle a duré tout le jour, lorsque Charlemagne appelle à haute voix l'empereur de Constantinople, qui se rend près de lui. Les deux souverains ont une entrevue seul à seul, ce Sire empereur, dit Charlemagne, comment avez-vous pu vous résoudre à venir en France assiéger ma cité? Je déplore amèrement le sort de votre fille; mais si elle est morte, du moins vous ai-je bien vengé du traître qui l'avait accusée. Et de plus, je suis prêt encore à vous accorder telle réparation que vous voudrez. » — L'empereur refuse : « Vous avez été , dit-il j sans merci , sans pitié ; vous avez chassé ma fille de son royaume; vous l'avez envoyée en exil sous la garde d'un seul chevalier que Macaire a tué. Notre querelle ne peut prendre fin à moins d'un combat singulier entre deux champions. » — Charlemagne accepte ce combat. « Que demain , dit-il , au lever du soleil, un de vos chevaliers soit armé; un des miens sera prêt aussi. Si mon champion est vaincu, je m'inclinerai devant vos volontés, et vous tirerez de moi telle vengeance qu'il vous plaira. Mais si c'est votre champion qui a le dessous , vous retournerez dans votre empire et il y aura entre nous paix et amitié. » L'accord conclu, les deux princes se séparent et rentrent dans leurs camps. Charlemagne appelle près de lui le duc Naimes, le Danois et maint autre baron. Il leur fait part de son engagement, que chacun approuve. Le Danois s'offre à combattre ; le roi l'agrée. De son côté , l'empereur de Constanti-

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nopic annonce aussi lahataille à sfs chevaliers : <> Qui sera notre champion ? » Leur demande-t-il ; et tous de répondre: « Varochcr lépreux. — Volontiers, >» dit Varocher, à la grande joie de l'empereur et de ses barons. P. 259-24^.

Quand BlancI cfleur apprend la nouvelle, quand elle sait que Varocher aura pour adversaire le Danois, le plus hardi , le plus brave chevalier qui soit au monde , elle s'en émeut , elle fait mander son fidèle défenseur : a Varocher , lui dit-elle , c'est une folie d'avoir relevé ce gant. Vous ne connaissez pas celui que vous aurez ù combattre; il n'est pas de guerrier plus redoutable qu'Ogier le Danois. — Je ne le redoute pas, dit Varocher, et vous prie, pour l'amour de moi , de quitter ce souci. Quand Roland et Olivier vivraient encore, je ne les craindrais pas davantage, r Berart de Mondidier, qui est demeuré près de la reine, lui dit : <i Dame, Varocher est preux et vaillant; j'ai reçu de lui un coup comme jamais aucun chevalier ne m'en a donne. Mais il faut qu'il ait une bonne armure ; car Ogier a une épée dont le tranchant est bien vif. Courtain , ainsi l'appellent les Allemands et les Bavarois, coupe le fer, le rubis ou l'acier plus aisément que la faux ne fait l'herbe du pré. — J'y songeais, dit la reine. HAtez-vous donc, ajoute Varocher, car il me tarde d'être en face de mon adver Mire. — Sire Varocher, dit Bcrart, c'est un bon sentiment , mais dont vous pourriez bien vous repentir. Tel rêve de vente ou d'échange qui finit souvent par perdre beaucoup du sien. Vous ne connaissez p.is le brate Danoi» : il n'est point de meilleur chevalier cHex Ici pajeas ai cher les chrétiens. — J'ai bien en-

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tendu parler de lui , dit Varocher , mais je ne l'en crains pas plus pour cela. Il faut que vous sachiez que depuis que mon seigneur m'a armé chevalier je suis devenu orgueilleux et fier, si bien que lorsqu'il m'arrive de penser à mon ancien métier de bûcheron et aux fardeaux dont je me chargeais comme une bête de somme , je ne me sens nulle envie de retourner au bois. En ce temps-là jetais vêtu comme un truand et je n'avais pour arme qu'un bâton de pommier. Aujourd'hui, mes vêtements sont ceux d'un chevalier, et je porte au côté l'épée d'acier à la lame fourbie. Je vivais au milieu des bêtes fauves ; maintenant j'habite une résidence impériale, et, quand je veux, des chambellans m'en ouvrent les portes. — Tu as si bon espoir, dit la reine, et tu parles si bien que je ne trouve plus rien à te dire ni à t'opposer. Je ne laisserai pas toutefois de prier pour toi Notre-Seigneur , le vrai justicier , de permettre que tu reviennes sain et sauf de cette bataille. — Assez de paroles, dit Varoclser; faites-moi apporter mes armes. — Volontiers, » répond la reine. P. 245-2^.

Elle fait apporter à Varocher les meilleures armes du monde. Il endosse le haubert, chausse l'éperon, ceint l'épée et lace le heaume, un heaume que porta jadis le roi Pharaon et qu'aucune lame ne peut entamer. Il monte sur un rapide destrier d'Aragon , pend à son cou un bon écu , et s'arme d'une lance au fer tranchant. » Dame, dit-il à Blanchefleur , je m'en vais à la grâce de Dieu. — Et suivi de mes vœux, dit la reine. » Varocher pique son destrier, court à l'empereur et lui dit : « Sire , je me rends au champ de bataille; j'espère en revenir vainqueur. — Que Dieu

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vous bénisse ! dil l'empereur. S'il m'accorde de revenir k Conslantinople , |e vous donnerai de l'or et une bonne terre avec château et donjon , de façon à vous rendre riche pour le reste de vos jours. — J'accepterai, répond Varocher, à la charge de l'hommage, comme de droit. » L'empereur lui donne sa bénédiction, el Varocher, plus fier que lion ou léopard , enfonce les éperons dans les flancs de son cheval. Il arrive bientôt à la tente de Charlemagne et s'écrie à haute voii : « Roi de France et de Laon , où est votre champion ? Est il prêt à combattre , oui ou non ? » Charles et le duc Naimcs l'entendent : a Voyez, disent-ils , ce mauvais garçon ! n'a-t-il pas le diable au corps .^ » — Ogier aussi l'a entendu, à sa grande confusion. Il court à sa lente, s'arme en toute hâte, monte à cheval et sans mot dire s'élance à la rencontre de Varocher. a Voyez, dit Charlemagne au duc Naimes, avec quelle ardeur le Danois court à la bataille ! Plaise à Dieu, ajoute le duc, qu'il en revienne vainqueur, et qu'il puisse rétablir la paix entre des parents désunis. » P. 2JI-2J7.

Ogier est en face de Varocher : <« birc chevalier, lui dit-il , je ne m'attendais pas à être devancé. Voulez-vous faire l'épreuve de votre valeur ou l'aveu de votre défaite } — Avez-vous perdu le sens? lui répond Varocher. Pensez-vous donc que je sois venu ici pour chanter des chansons , pour me divertir , et non pour mettre l'épée au ventr Allons, si vous êtes digne de votre renom, vous ne reculerez pas devant moi — C'est entendu , » dit le Danois. A ces mots , ils se doDoenldu champ, puis s'élancent l'un contre l'autre en brandissant leurs lances. Ils s'entre choquent si ru-

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dément que leurs écus volent en éclats; mais leurs hauberts résistent et les protègent. Les deux chevaux plient et fléchissent du genou ; les deux lances tombent à terre en tronçons.

Le combat recommence à l'épée. Varocher en frappe le premier. Il ne peut entamer le heaume d'Ogier, que Dieu protège; mais il lui tranche le devant de son haubert. « Sainte Marie! dit Ogier, quel fil a cette épée ! Il ne m'aimait guère celui qui en fit don. » A son tour , le Danois atteint Varocher sur la tête d'un coup si terrible qu'il le fait plier en avant sur l'arçon de sa selle. « Sainte Marie, refuge des pécheurs, s'écrie Varocher, défendez-moi contre la mort! — Me reconnais-tu? dit Ogier. Allons, rends-toi sans plus tarder! — Vaines paroles! répond Varocher; je ne suis pas encore à ta discrétion. » Et tous deux reprennent la lutte avec une nouvelle ardeur. Bientôt leurs armures sont en pièces , hormis les heaumes. Ogier admire la vaillance de son adversaire : « Sire chevalier, lui dit-il, comment vous nomme-t-on à la cour de l'empereur que vous servez.? — J'ai nom Varocher. Il y a peu de temps que je suis chevalier; je n'étais d'abord qu'un vilain vivant dans les bois. Mais l'empereur , en reconnaissance d'un service que je lui ai rendu , m'a conféré la chevalerie. Si le roi Charlemagne savait certain secret que je ne puis révéler, loin de t'envoyer ici pour me combattre et pour me tuer, il me prendrait en amitié, il me chérirait. — Noble chevalier, dit le Danois, s'il vous plaisait de me confier ce secret, peut-être pourrions-nous, vous et moi, mettre fin à ce combat et nous accorder tous deux sans coup férir .? Macaire. l

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— Si je vous le confie , dit V.irocher , me promettezvous de le garder fidèlement et de n'en faire part à qui que ce soit? — Je vous le jure. — En ce cas, reprend Varocher, vous saurez tout. » Il lui raconte alors ce que devint la reine après la mort d'Aubri; comment il la rencontra et la conduisit en Hongrie, où elle accoucha d'un fils , et comment elle revint à la cour de l'empereur son père, a C'est pour la venger, ajoute-t-il, qu'il a réuni cette grande armée, et je puis vous donner l'assurance qu'elle est à celte heure saine et sauve dans la tente impériale, elle et son jeune enfant. » P. 2^7-267.

C^and le Danois entend Varocher parler ainsi, il en ressent plus de joie que si on lui donnait le royaume de Bavière. Il remet l'épée au fourreau et s'incline devant son adversaire : a Varocher , lui dit-il , vous m'êtes devenu bien cher. A Dieu ne plaise que je continue i jouter contre vous. Je vous aimerai désormais comme un frère, et je n'aurai rien que je ne partage avec vous. Je retourne près de Charlemagne. 11 ne saura pas comment les choses se sont passées : je lui dirai que vous m'avez désarçonne, et la paix sera faite. — Grande charité! dit Varocher. Ne tardez donc pas davantage, d A ces mots , ils se sépareot. Ogier revient au camp français, où il annonce sa prétendue défaite, puis il se dépouille de ses armes et court s'agenouiller devant le roi : « Bon roi , dit-il , il (aat que j'en fasse l'aveu : je suis vaincu. J'ai été nuté par le meilleur chevalier de la chrétienté. Je ne puis plus que vous prier de faire la paix avec l'empereur. — J'y serais tout disposé, dit Charlemagne, s'il voulait se itisver fléchir et me pardonner la mort

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de sa fille. — Envoyez-lui donc, dit le Danois, un habile messager, qui sache bien parler et qui réussisse à l'attendrir. — J'y songeais, reprend le roi; mais qui charger de ce message ? — Qui .? répond Ogier : le duc Naimes, et moi avec lui. — Volontiers, dit Charlemagne. Je n'en saurais choisir deux meilleurs. » P. 267-

Le duc Naimes et le Danois partent donc de compagnie pour se rendre au camp de l'empereur de Constantinople. C'est Varocher qu'ils rencontrent tout d'abord , comme il était convenu entre lui et Ogier. Le duc Naimes et le Danois le prennent chacun par la main et tous trois se présentent ainsi devant l'empereur, qui se lève pour les recevoir. Il fait asseoir Naimes à sa droite , Ogier à sa gauche. Varocher reste debout devant eux. Les deux messagers attirent les regards, et chacun admire leur bonne mine. C'est le duc Naimes qui prend la parole : «Juste empereur, dit-il, daignez m'écouter. Je ne vous dirai rien que de vrai. En ce monde, ce qui est fait est fait et ne saurait être effacé ni anéanti. Je ne puis donc que vous prier, au nom du Tout-Puissant, d'accorder un généreux pardon à Charlemagne votre allié, qui se mettra à vos ordres, lui et tous les siens. — Lorsque je mariai ma fille à votre seigneur, répond l'empereur, je n'avais ni parent ni ami qui me fût plus cher que lui. C'est Charles qui en a mal usé envers moi, envers ma fille ; c'est lui qui nous a outragés tous deux en la condamnant à être brûlée vive. Une accusation honteuse a pesé injustement sur elle ; mais je ne puis me défendre de vous tirer d'une erreur oîi vous êtes. Grâce à Dieu, ma fille n'est pas morte. Elle est en

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santé et en joie, et si vous en doutez, elle-même va vous détromper. » Puis, s'adressant à Varocher > il lui dit en riant : « Sage et vaillant chevalier, rendez-vous sans retard auprès de Blanchefleur et amenez-la en ma présence pour que Naimes et Ogier la puissent voir. » Varocher obéit. Il se rend près de la dame, qu'il trouve dans sa chambre avec le prisonnier Bcrart. a Dame, lui dit-il, je vous apporte une bonne nouvelle. L'empereur votre père vous mande de venir près de lui , et dans vos plus beaux atours, pour témoigner du soin qu'il a pris de vous. Deux de vos sujets français, Ogier et Naimes , désirent de vous voir, w La dame rend grâces à Dieu, se revêt de riches habits, rattache ses cheveux avec un fil d'or et se rend à la tente de son père. P. 27J-279.

Dès que les deux barons l'aperçoivent, ils courent se jeter â ses genoux. Le duc Naimes lui fait part de sa mission ; il la supplie de les aider à la conclusion de la paix, et de consentir à rentrer dans son royaume, où l'attendent les hommages de tous ses sujets. La reine hésite ou feint d'hésiter; elle rappelle au duc tout ce qu'elle a souffert depuis le jour où elle fut si honteusemenl jugée; elle lui apprend tout ce qu'elle doit i Varocher; enfin elle lui dit : « La paix dépend de mon père ; il peut disposer de moi â son gré. Il m'a nourrie, moi et mon enfant, depuis que j'ai quitté la France; s'il consent à pardonner, j'en aurai grande joie. — C'est parler sagement , » dit le duc Naimes ; puis, s'adressant à l'empereur et sinclinanl profondément devant lui : « Sire empereur, lui dit-il, je vous en conjure par le Dieu qui naquit i Bethléem, faites la paix avec Charlemagne et rendez-lui la reine I

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elle est à lui, personne n'a droit de la lui enlever. — Si j'acquiesce à la demande de Charles, répond l'empereur, sachez bien que ce n'est pas sans regret, lorsque je me rappelle l'opprobre qu'il a fait endurer à ma fille; et cependant j'y consens; terminez cette grande querelle à votre gré. » A ces mots, le duc Naimes s'incline et remercie humblement l'empereur. La reine laisse éclater sa joie : « Naimes, dit-elle, si Dieu me prête vie, vous serez bien récompensé de ce service ; mais, avant tout, prenez avec vous mon enfant et menez-le devant son père, qui ne l'a jamais vu. — Dieu ! s'écrie le Danois, quel riche présent ! » La reine remet gracieusement son fils aux mains du duc Naimes. Les deux messagers prennent congé de l'empereur, et s'en vont avec l'enfant, que le fidèle Varocher ne laisse pas partir sans l'accompagner. P. 279-285.

Comme ils approchent du camp de Charlemagne, chevaliers et gens de pied accourent au-devant d'eux pour savoir s'ils auront la paix; ils voient l'enfant et s'émerveillent de sa beauté. Avec sa tête blonde surmontée d'une plume de paon, le petit damoiseau est le plus beau du monde, plus beau même qu'Absalon. Quand ils sont près du roi, Charles dit à ses deux barons : a Quel est cet enfant.? où l'avez-vous trouvé? On n'en vit jamais un plus beau. — Quand vous saurez son nom , répond le duc Naimes , il vous sera plus cher que la prunelle de vos yeux. » Comme il dit ces mots, ô miracle! voici l'enfant qui quitte la main du duc Naimes, court près de Charlemagne, et le prenant par le menton : « Père, lui dit-il, je sais bien comment ma mère a quitté le royaume de France. Je suis votre fils, n'en doutez pas, et si vous ne me

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croyez point, regardez la croix blanche que je porte sur l'épaule droite. » Le roi l'entend, et, s'adressant au duc Naimes : a Que dit cet enfant, Naimes ? Je ne comprends rien à son langage. D'où est-il ? Qui est-il ? — Quand je vous l'aurai dit, répond Naimes, ce sera une )oie pour tous comme jamais il n'y en aura eu en France. Ce jeune enfant que vous voyez, je puis vous assurer, je puis vous jurer qu'il est votre 61s; Blanchefleur sa mère n'est point morte; je l'ai vue tout 4 l'heure. — Est- il bien vrai r dit Charlemagne ; |'ai peine à le croire, car si elle vivait, auraitelle pu voir ainsi succomber les siens? — Je vous le jure, reprend Naimes; je l'ai vue, je lui ai parlé, et la paix est faite si vous le voulez. — Nous ne l'aurons que trop tard ! » dit Charlemagne. Puis il se prend i regarder l'enfant : « Beau fils, lui demandel-il, comment se nomme ta mère? et ton père, comment l'appelle-l-on ? — Ma mère se nomme Blanchefleur, répond l'enfant, et elle m'a dit que Charlemagne était mon père. » Le roi le regarde encore, le baise et lui dit : « Beau fils, vous devez mètre cher ; après ma mort, vous régnerez sur la France, sur la Norm indie, sur la Bavière. — Songeons avant tout à la paix, dit le duc Naimes, et que vous puissiez bientôt ramener la reine en France. — C'est vous, dit le roi, que je charité du soin de mettre fin à la guerre. — Sirc. répond le duc Naimes, j'ai vu la reine, j'ai conféré avec elle, |e connais ses intentions : c'est que vous ayez une entrevue, seul à seul, avec son père. Li, vous vous accorderez tous deux et conclurez b pan » P. 28^-29^.

Charlemagne y consent, l'entrevue a lieu. Pendant que les deux princes sont en pourparler, voici la reine

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qui vient tout à coup interrompre leur entretien. Charlemagne la voit et sourit doucement. Elle lui dit : « Noble et puissant roi, je veux tout oublier. Vous avez tiré vengeance de Macaire, du traître qui, après m'avoir accusée si honteusement, fut encore le meurtrier d'Aubri. Je suis votre femme, et ne connais point d'autre seigneur que vous. Faites la paix, j'y souscris pour ma part. — Sages paroles ! dit le duc Naimes. Arrière donc tous les mauvais souvenirs! — Sire empereur, dit Charlemagne tout ému, notre conférence ne sera pas longue : si je vous ai offensé, je suis prêt à faire amende honorable. Que vous dirai-je? Je m'en remets à Dieu et à vous. J'étais de votre famille, et j'en serai encore si la reine y consent. — Avec une joie sans pareille, dit Blanchefleur. Mais, Sire, ajoutet-elle, je vous le dis sans détour, gardez-vous de jamais recommencer. » P. 293-297.

La paix conclue, les princes entrent à Paris, et la reine au doux sourire revoit avec bonheur son palais. Après quinze jours de fêtes, l'empereur de Constantinople et le roi de Hongrie prennent congé de Charlemagne et s'en retournent dans leurs États. Charles demeure à Paris, sa cité, où il siège avec la reine à sa droite. P. 297-301.

Depuis le jour où Varocher avait quitté sa femme et ses enfants pour accompagner Blanchefleur, il ne les avait pas revus, et ce jour était déjà loin. Quand il voit la guerre finie, il dit à la reine : « Dame, il vous souvient que lorsque je me séparai de ma femme et de mes enfants, je les laissai dans une grande pauvreté ; mais aujourd'hui, grâce à Dieu et à vos bontés, j'ai de l'or, j'ai un palefroi, j'ai un destrier; je suis à l'aise pour le reste de mes jours. Souffrez donc

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que je prenne congé de vous » La reine y consent, le comble de présents à charger un char, et lui dit : « Allez V^arocher ; mais n'oubliez pas, dès que vous Je pourrez, de revenir à la cour. » Varocher le promet, et part avec une suite peu nombreuse : quatorze compagnons seulement, il n'a pas oublié le chemin de sa demeure. Sur le point d'y arriver, il aperçoit ses deux fils qui reviennent du bois avec une pesante charge, comme leur père les y avait accoutumés. Touché de pitié à cette vue, il s'approche d'eux et met i bas leurs fardeaux. Les deux garçons, ainsi rudoyés, se saisissent chacun d'un grand bâton et s'élancent sur leur père. Ils l'auraient frappé; mais lui, faisant un mouvement de retraite, leur dit : a Vous serez braves, je le vois. Beaux fils, ajoutet-il, ne reconnaissez-vous pas votre père? Me voici de retour, et je reviens avec assez d'or pour vous rendre riches le reste de vos jours. Vous monterez de bons destriers et serez tous deux armés chevaliers. » A ces mots, les enfants l'ont reconnu, avec quelle joie, on le devine. P. joi-joj.

Quand Varocher entra dans sa maison, il n'y trouva ni riches habits, ni pain, ni vin, ni chair, ni poisson ; sa femme n'avait point de pelisse, et était mal accoutrée, elle et ses deux garçons. Varocher, sans plus tarder, leur donna â tous des vêtements de soie et de coton ; il fit apporter chez lui tout ce qui est à l'usage d'une bonne maison, et se fit élever un palais avec don|on. Il fut institué champion i la cour de Charlemagne. P. joj-joj.

ici finit la chanson. Que Dieu vous bénisse!

MACAI RE

m)i conleron d'une mervilc gran >k ";\ <^ vcne in França dapois por longo tan, J5 Pois qe fo mort Oliver e Rolan ,

Li quai fi faire un de qui de Magan ,

Dont manli çivalcr mori di cristian ;

K por Marchario fo tuto quelo engan.

Undc, segniur, deço siés çertan

(^c dapois, e darer e davan ,

En crestentés non fo hom si sovran

(>>fno fu l'inpercr K. cl man,

Ne qe tanto durasc pena e torman

Por asaitcr la loi di cristian.

Contra pain el fo tôt li sovran ,

F. plus doté el fo da tota çan.

El non ouir mie le conscio d'infan ,

R por ço duro le plus de docento an ,

I conterons d'une merveille grant Qa'avinten France moult grant pièce a de tens, Puis que mort furent Oliviers et Rolans :

C'est de Maience d'un cuivert soduiant ,

Dont en morurent maint chevalier vaillant ;

Li fel Macaires ceste oevre ala brassant.

Oies, seignor, sachiés certainement

Que depieça, et deriere et devant,

Hom si sovrains ne fu et mont vivant

Com Kallemaines , li riches rois puissans ,

Ne qui autant soffrist peine et torment

Por essaucer la loi de crestiens.

Contre paiens fu toudis conquerans

Et plus dotés fu il de tote gent.

Conseil d'enfant naloitmie escoutant,

Et si dura le plus de deus cens ans.

Tanlo que cl vene c Cuglcmo e Bcltran. Una dama avoit d'un parcnlé gran , Fila d'un enpcrer qe oit gran posan , De Coslanlinopli , ensi l'apela la jan.

Blançiflor avoit nome celc dan, Loial c bone, c de grand esian.

Or entcndcrés la fin d'e$ roman ; Qc Dco vos beneie e mescr san Joan !

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