PARIS
Librairie A. Franck
RUS DE RICHELIEU, 67 MDCCCLXVl
P RÉFACE.
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Ce passage éclaire précisément le point que nous avons en vue, le seul qui nous intéresse, c’est-à-dire qu’il fixe la date de la construction de la grande salle où figurait notre peinture, en quoi l’estampe qui, selon nous, la reproduit vient à point nommé confirmer le témoignage de du Cerceau. En effet, on y remarque des coiffures de femme d’une forme allongée et conique, en pain de sucre comme nous dirions vulgairement ; et c’est là tout juste une mode qui finit avec le XVe siècle. Cette coïncidence sert en même temps et à mieux dater la peinture, et à compléter la preuve que l’estampe qui nous occupe n’en est que la reproduction.
Si au XVIe siècle on avait eu souci de ce que nous appelons maintenant la couleur locale, et si l’on pouvait croire que, pour donner cette couleur à son œuvre, l’auteur de l’estampe gravée vers 1580 (1) ait eu l’idée de rappeler une mode antérieure de près d’un siècle, notre argument serait aussi faible qu’il nous paraît solide. Mais chacun sait à quoi s’en tenir sur ce point. Si quelques détails de l’estampe, comme les plumes qui ornent les coiffures des hommes, ne sont pas du XVe siècle, mais du temps du graveur, c’est sans aucun doute que, retenant de la peinture obscurcie ou endommagée ce qu’il en pouvait voir encore, pour le reste, pour les
fiarties effacées, il prenait ses modèles autour de
1. Je m’appuie pour lui donner cet âge sur le sentiment éclairé de M. Thomas Arnauldet, du cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale.
2. Je n’avance rien ici sans avoir pris l’avis d’un juge Macaire. c
Préface.
Il serait superflu de décrire cette estampe que chacun peut voir à la Bibliothèque impériale (*). Notons seulement que, comme dans le croquis dont nous parlions tout à l’heure , Macaire y est figuré en pied et non enterré jusques au fau du corps, selon l’indication d’Olivier de la Marche.
Disons aussi , pour en finir, que l’auteur du croquis et celui de l’estampe pourraient bien être le même, à savoir Androuet du Cerceau. L’âge de la gravure permet de le croire, et si on la compare à celles que renferment Les plus excellents Bastiments de France , cette supposition devient presque une certitude.
Peu de temps avant l’époque probable de la publication de cette gravure, en 1571, un nouveau récit de l’histoire du chien d’Aubri avait paru dans un recueil d’ Histoires prodigieuses où il était fort à sa place. Ce récit n’est qu’une amplification de celui de Scaliger, ou du seigneur de l’Escale , comme dit l’auteur, lequel est un de nos anciens historiens, mais non des meilleurs , F. de Belleforest. Scaliger, sans doute pour ne pas compromettre sa latinité , avait évité avec grand soin d’écrire aucun nom propre. Belleforest, à son exemple, ne nomme pas davantage les
dont la compétence est bien connue , mon confrère et ami M. Jules Quicherat.
1. L’exemplaire fort rare, unique peut-être, qui est actuellement conservé au cabinet des estampes, appartenait tout récemment encore à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève. M. Hennin ne l’a pas connu, puisqu’il ne l’indique
1>oint dans son catalogue. Montfaucon a décrit cette estampe e jour où il eut l’idée malencontreuse de la faire reproduire dans les Monuments de la Monarchie françoise.
Préface.
personnes, et sa narration ne contient qu’un nom de lieu, celui de Montargis.
Le roy, dit-il , qui ne vouloit qu’un accident si mémorable fût effacé par l’inclemence et oubly du temps, feit tirer cette histoire au chasteau de Montargis, où encore elle est effigièe, pour le salaire de la vaillance de ce chien, auquel les richesses n’eussent de rien servy pour recompence.
Sauf ce nom de Montargis au’il connaît et ajoute au récit de Scaliger, Belleforest en est réduit à de vagues appellations, et le plaisant est qu’il s’en plaint :
Mais un malheur a suivy l’heur des François, que comme ils ont esté vaillans en guerre et justes en leurs jugemens, ils ont aussi esté simples et peu soigneux à escrire leurs gestes, tellement que ceste histoire si remarquable est si obscurément traictée que la seule painture est celle qui nous l’a remise sus, sans que nous ayons cest heur de scavoir ny le nom du roy, ny le temps que cela advint , ny le nom de ceulx pour qui la partie a esté dressée (*).
i . Histoires prodigieuses extraites de plusieurs fameux autheurs , divisées en deux tomes, le premier mis en lumière par P. Boaisteau, surnommé Launay, natif de Bretagne; le second, par Cl. de Tesserant, et augmenté de dix histoires, par F. de Belleforest, Comingeois. Paris, 2 vol. in— 1 8, 1 $7» . — Le récit de Belleforest se trouve au t. II , fol 295-298. — Le même auteur traduisit et augmenta la Cosmographie de Munster ‘ Paris, in-fol., 1575 , dans laquelle il fait mention de la peinture du château de Montargis, et renvoie pour l’explication du sujet à ses Histoires prodigieuses (p. îJt, col. 2).
Préface.
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Si Belleforest ne s’en fût pas tenu à la seule autorité de Scaliger, il eût été plus exactement renseigné. C’est ce que fit remarquer doctement, plus tard, un continuateur des Histoires prodigieuses, Jean de Marconville (»). Ce continuateur,
3ui connaît le récit d’Olivier de la Marche, trouve ans celui de Belleforest plusieurs poincts contrariansàlaveritédufaict. D’abord Belleforest avance que le combat a eu lieu à Montargis, sous ombre que le pourtrait en a esté veu dans le chasteau dudit Montargis. En second lieu, il croit à tort que le gentilhomme était arméde toutes pièces. Déplus, il oublie le principal , c’est que le meurtrier estoit enfouy dans terre jusques au fau du corps, n’ayant que les deux bras libres , sufpsans toutefois pour se aefendre contre l’animal, si autre n’eust combatu contre luy que la simple furie et animosité d’un chien, joint que nos ancestres sont notoirement taxez d’incuriosité et nonchalance, disant qu’ils n’ont tenu conte de remarquer le temps ny le nom du roy sous lequel ce spectacle est advenu , ny le nom de l’homicide ny du massacré. Pour les vindiquer donc de cet outrage, je vous en veux icy réciter l’histoire avec telle naifveté que nous l’apprend messire Olivier de la Marche, jadis premier maistre d’hostel de la maison de Philippes, archiduc d’Austriche , duc de Bourgongne, etc.
C’est en tête de cette critique et de l’histoire racontée encore une fois d’après Olivier de la Marche que se trouve la petite gravure dont j’ai parlé ci-dessus (*).
». Voyez ci-dessus ia note de la p. xxvtu.