‹ Macaire chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Venise, avec un essai de restitution en regardChapitre 34 sur 118 · SOMM AIR E · texte numérisé non relu

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quitte à regret. Jamais reine, je puis vous l'assurer, ne fut tant honorée par son époux que votre fille par le roi Charles; mais pour elle, elle a oublié tous ses devoirs envers lui. Il l’a trouvée en péché avec un nain , et c’est pourquoi il vous mande par ma bouche de ne point trouver mauvais qu’il fasse justice.» L’empereur l’entend et est saisi d’étonnement; mais Pim- ' pératrice, qui a élevé sa fille et qui connaît son cœur, ne peut se tenir de répondre au messager : « Frèré , vous avez perdu le sens. Je connais bien celle que j’ai portée dans mes flancs , et ce que vous dites n’est rien que fausseté. Il ne se peut faire que ma fille ait été assez osée pour manquer à la foi qu’elle doit à son seigneur. C’est à tort qu’on l’accuse; à droit, je le nie, Il n’est dame plus loyale dans toute la chrétienté, etc’est le roi qui fait mal de la croire coupable. » L’empereur ajoute : « Oui , c’est à la légère que le roi de France accuse ma fille.... Avec un nain ! J’en suis si confondu que j’en perdrais la raison. Quand vous serez de retour, vous direz de ma part à votre roi qu’il se garde bien de jamais faire aucun mal à mr fille. S’il l’a trouvée en péché, qu’il me l’envoie, et sans retard, pour que je sache d’elle la vérité. Si elle s’avoue coupable, malheur à elle! mais en attendant ne la. venez point accuser devant moi, car je ne saurais mal penser de ma fille , et elle doit être calomniée par quelque mauvais renégat. N’oubliez pas ce que je vous dis là. Si son époux la fait juger sans que je l’aie entendue , sans que j’aie appris d’elle la vérité , ce sera pour mon cœur un grand deuil et je mettrai toute ma puissance à la venger. — Sire , dit le? messager , votre réponse sera fidèlement rapportée

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au roi de France. » Puis il prend congé de l’empereur et repart. P. 147-1 55.

Chemin faisant, il apprend avec une surprise extrême la nouvelle de la mort d’Aubri et du supplice de Macaire. De retour à Paris, il s’empresse d’aller à la cour rendre compte de son message. Grand est l’embarras de Charlemagne quand il apprend que l’empereur de Constantinople lui redemande sa fille. « Que faire? dit-il au duc Naimes. Conseillez-moi , je vous prie. — 11 faut, répond le duc Naimes, faire dire à l’empereur que vous aviez chargé un de vos chevaliers de conduire la reine en exil, qu’il a été suivi et tué par un traître, que vous ne savez ce que la dame est devenue, mais que le traître a été brûlé. — Vous êtes le meilleur conseiller du monde, reprend l’empereur, et l’on peut se fier à vous sans crainte. Quel bon prêtre vous auriez fait, et quels sages conseils vous auriez donnés aux fidèles! — Mon noble seigneur, dit Naimes, il arrive qu’on rend un jugement injuste et blâmable avec la confiance d’en être récompensé au ciel. C’est ainsi qu’a été jugée ictart la plus belle et la plus sage du monde. Mais aussi comment penser que ce Macaire, votre ami, votre compagnon , vous eût fait pareille trahison et eût tué Aubri pour arriver jusqu’à la reine ? Malheureuse reine! Qu’est-elle devenue? Nous l’ignorons; mais je ne perds pas l’espoir, et il me semble que nous la reverrons vivante. Ayons patience, -r-. Plaise à Dieu ! dit Charlemagne. — Puisque vous ne pouvez la retrouver, poursuit le duc Naimes, faites offrir de l’or à son père, s’il veut une réparation. — Volontiers, dit Charles; mais qui pourrons-nous charger de ce

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nouveau message ? » Sur l’avis du duc Naimes, Berart de Mondidier est encore choisi pour messager. Il part et arrive à Constantinople lorsque déjà Blanchefleur est réunie à son père et l’a instruit de ses malheurs. P. 155-167.

L’empereur de Constantinople, lorsqu’on lui annonce la venue de Berart, lait défense à qui que ce soit de parler de sa fille, en sorte que le messager ne puisse remporter de ses nouvelles. Berart est admis au palais et s’acquitte de son message. « Sire messager, lui répond l’empereur, retournez près de votre roi et dites-lui que je lui donnai jadis ma fille pour épouse et qu’aujourd’hui j’entends qu’elle me soit rendue. Comment a-t-il pu se persuader, votre roi, que, même avec tout l’or de la chrétienté, il pourrait obtenir qu’il ne fût plus parlé de ma fille? Il l’a chassée de son royaume ; elle est morte peut-être, dévorée par les bêtes fauves, et il s’en vient me demander merci , comme si pareil méfait pouvait se racheter ! Je vous le répète, vous pouvez repartir, et quand vous serez, de retour, vous direz de ma part au roi de France que je le défie, et que s’il ne me rend celle que je lui ai donnée, je suis à Paris avant trois mois ! » Berart s’en retourne avec cette réponse et la rapporte à Charlemagne, qui en demeure tout consterné.

« Nous en avons mal usé, dit le duc Naimes, avec un roi si puissant par le nombre et par la richesse de ses vassaux et de ses parents. Ce fut une grande faute que de bannir sa fille. S'il nous fait la guerre, nos domaines seront perdus. Il ne laissera debout château ni forteresse, et brûlera villes et bourgs. — A la vo-

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lonté de Dieu, dit le roi. — Oui, sire, reprend Naimes, la faute en est à vous et non à la reine, à vous qui avez toujours cru les parents de Ganelon, en dépit de leurs trahisons. Que vous dirais-je? Si l’empereur nous attaque, nous nous défendrons; mais c’est nous qui avons tort, et il a le droit pour lui. Remettons-nous-en à Dieu. Je ne saurais en dire davantage. P. 167-173.

Nous laisserons ici le roi Charles, et le comte Berart, et le duc Naimes, pour retourner à l’empereur de Constantinople. Il frissonne à la pensée de l’outrage fait à sa fille. S’il ne la venge, il ne se compte plus pour rien. Il assemble ses comtes et ses barons et leur demande conseil. — Avis de Florimont. — Avis de Saladin. — Tous deux s’accordent à perser que l’empereur doit sommer Charlemagne de lui rendre Blanchefleur ou son pesant d’or. S’il n’y consent, c’est la guerre. L’empereur suit ce conseil. Quatre de ses barons, Florimont, Gerart, Renier et Godefroi vont à Paris notifier au roi de France les volontés de leur seigneur. — Réponse de Charlemagne : II ne peut accorder ce qu’on lui demande ; car de Blanchefleur, il n’en a nulles nouvelles, et pour l’or, il ne saurait où en prendre assez. « En ce cas, disent les messagers, préparez-vous à la guerre. Nous vous défions au nom de l’empereur notre maître. — A la volonté de Dieu, dit Charlemagne. Nous saurons bien nous défendre. » A ces mots Naimes de Bavière dit aux messagers : « Frères, votre empereur a grand tort, je dois vous le dire. Dès que l’épouse est unie à l’époux, elle n’appartient plus ni à son père ni à sa mère. Celui qui l’a prise pour compagne devient son

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seigneur et maître. Il ne peut se séparer d’elle ; mais en cas d’adultère il la peut mettre à mort. Que votre empereur cesse donc de redemander sa fille. Morte ou vive, elle ne lui sera pas rendue, et il n’aura ni elle ni son pesant d’or. S’il veut porter la guerre en France, il y trouvera de vaillants chevaliers qui n’ont pas leurs pareils au monde. » Les messagers renouvellent leur défi et prennent congé de Charlemagne. Ils rapportent sa réponse à l’empereur de Constantinople. a Si vous le défiez, disent-ils, il vous défie aussi et ne manque pas de chevaliers qui ne craignent point les vôtres. — Avant qu’il soit longtemps, dit l’empereur, Charlemagne saura à quoi s’en tenir. L’un de nous deux sera réduit à néant. » L’empereur convoque tous ses vassaux; en moins d’un mois il en a réuni cinquante mille. Sa fille et son petit-fils l’accompagneront. Le preux, le vaillant Varocher ne restera pas en arrière. Il s’arme à sa guise et se taille un grand bâton noueux, gros et massif, dont il ne se séparera pas. L’armée se met en marche et chevauche vers la France. Que Dieu soit en aide à Charlemagne! P. i 73-189.

Arrivé sous les murs de Paris, l’empereur de Constantinople fait déployer les tentes et les pavillons. A cette vue, le roi de France ne peut retenir ses larmes. Il appelle le duc Naimes, son sage conseiller: « Naimes, lui dit-il, j’ai bien sujet de m’attrister quand je me vois dans une telle détresse. Ce fut pour mon malheur que j’épousai Blanchefleur, et toi, Macaire, traître maudit, pourquoi t’ai-je accordé mon amitié ? Tu m'en as récompensé par la trahison! — Pourquoi ces lamentations? dit le duc Naimes. Ne

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vous souvient-il plus du temps passé, et la race de Mayence ne vous a-t-elle pas toujours trahi ? C’est encore par elle que nous voici réduits à une telle extrémité. C’est par le crime de Macaire que nous avons en {ace de nous de mortels ennemis qui devraient être nos amis. La guerre et ses malheurs sont à nos portes. On ne vit jamais en France pareille calamité. Que Dieu et sainte Marie nous soient en aide! Pour moi, je ne sais que vous dire. Le mieux serait encore de nous armer et de sortir de la ville pour nous défendre. Mieux vaut mourir que de rester ici en prison, puisque l’empereur ne veut entendre parler ni de merci ni de pardon et refuse toute rançon. — Qu’il en soit donc ainsi , » dit Charlemagne. Puis il fait assembler ses barons. Ils sont plus de trente mille qui montent à cheval sous la conduite du Danois , de Naimes et d’Isoré. Les portes de la ville sont ouvertes; ils se mettent aux champs. P. 189-197.

De son côté, l’empereur de Constantinople fait prendre les armes à ses chevaliers; ils sont bien quarante mille. Varocher ne se comporte pas en truand : s’il n’a ni palefroi ni destrier, il n’en marche pas moins derrière avec les gens de pied, armé de son grand bâton, qu’il n’a pas oublié. En voyant l’armée de Charlemagne, il donne un souvenir à sa femme et à ses enfants, qu’il n’a plus revus depuis le jour où il rencontra la reine. A le voir jouer de son bâton, on dirait un diable. •— Il faut raconter un exploit de ce bon Varocher. Comme il connaît bien chemins et sentiers ( 1 ), il en profite pour pénétrer la nuit au camp de

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