RENDEMENT MECANIQUE DES MACHINES
§ 1. — Graissage.
110. — Conduite et surveillance des machines, — Dans tous les orp^anes en mouvement d'une machine, les surfaces frottantes doivent être parfaitementlubrifiées. Elles doivent être uniquement soumises aux forces dues à la pression motrice de la vapeur, à la pesanteur, à Tinerlie, sans aucune surcharge provenant des serrages et pouvant amener des échauffements. Elles ne doivent laisser entre elles que le jeu nécessaire pour éviter cette surcharge, sans aucun excédent pouvant produire un choc, quand la direction variable des forces produit le portage alternativement sur des surfaces différentes.
La tâche principale des mécaniciens est d'obtenir ce fonctionnement régulier de tous les organes, sans choc ni échauffement, pendant un temps prolongé. Elle exige des précautions minutieuses, prises avant le départ, et une surveillance attentive, exercée pendant la marche.
La vérification des serrages demande les plus grands soins, parce qu'une articulation serrée à bloc, au repos, peut devenir, en marche, un véritable frein. Le fonctionnement normal produit, en effet une élévation de température, toujours un peu plus sensible sur les tourillons que sur les coussinets, parce que les pièces intérieures concentrent davantage la chaleur. Or il suffit d'une élévation de température de 25^ pour produire une dilatation d'un dixième de millimètre, sur un tourillon de 0",40 de diamètre. Avec ce jeu d'un dixième, on est donc tangent aux dangers d'échauffement, dans les conditions démarche normale. D'autre part, un jeu initial de plusieurs dixièmes, qui ne peut manquer de s'accroître par le fonctionnement, suffit pour exposer à des chocs également à éviter. Le juste équilibre est donc délicat à saisir.
Nous aurons occasion de voir, en étudiant les glissières et les bielles au chapitre X, que les chocs ne peuvent rester inappréciables que
moyennant certaines conditions relatives à l'instant où les forces en jeu changent de direction à la tin de la course. Ces conditions ont souvent exigé des retouches dans la régulation des tiroirs, â la suite des premiers essais ; sur quelques machines, on n'est pas parvenu à les réaliser d'une manière parfaite. Dans ce dernier cas, le meilleur mécanicieB ne peut évidemmenl pas rendre silencieuse ta marche de sa machine. -
Les échaufFements, au contraire, peuvent toujours être évités par le réglage des jeux, par une surveillance assurant la propreté parfaite de toutes les surfaces frottantes, et surtout par l'attention incessante apportée au graissage pendant la marche.
111. — Graissage extérieur des machines. — Le graissage des paliers, des glissières, de toutes les articulations, et en général de tous les organes fonctionnant à l'air libre, se fait à l'aide de godets qui renfer-
rig. ISG.
ment l'huile et l'envoient, par une lumière centrale, à la surface frottante qu'il s'agit de lubrifier.
La lumière M se prolonge par un téton N, â travers le godet, fig. 185, jusqu'un peu au-dessus du niveau de l'huile. Une mèche prend l'huile par capillarité, et la déverse dans la lumière, comme ferait un siphon, en quantité d'autant plus abondante que le niveau dans le godet est plus élevé.
Pour forcer le graissage, on versait autrefois de l'huile dans la lumière>
après avoir relire la mèche. Une vis placée en V permet aujourd'hui de faire fonctionner le godet à la manière d'un cocalrix.
Pour interrompre toute dépense d'huile pendant les stoppages, il suffit d'enlever les mèches des godets.
Pour bien faire affluer l'huile sur la surface qui travaille le plus, il est bon de placer le godet, non pas sur le diamètre vertical d'un tourillon ou d'une portée, mais plutôt à 30° environ de la, en A, comme l'indique la fig. 186. On profite souvent du vide que laisse la coupe du
Fig. ISG.
coussinet en B et B', pour établir en ces points l'arrivée d'eau d'arrosage D D'. Enfin une large lumière pratiquée en C, et fermée en temps ordinaire, est utile pour visiter la portée, forcera l'occasion le graissage ou l'arrosage, et, de plus, donner une issue à l'émulsion savonneuse qui se forme abondamment par le mélange de l'huile et de l'eau pendant les écbauffements. Toutes ces dispositions de détail ont été réunies sur la flg. i86.
Tous les pahers d'une certaine longueur reçoivent plusieurs godets graisseurs A, A. On en place un par anneau sur les paliers de buléei enB,B, B, fig. 187.
La fig. 187 représente un palier de butée complet, avec anneaux amovibles en fer à cheval. Sur la coupe, 6g, 188, on voit que la partie basse du réservoir forme un réservoir d'huile dans lequel trempent les collets C de l'arbre, qui, en remontant, graissent eux-mêmes les anneaux.
Celle disposition rappelle celle des anneaux mobiles quelquefois employés à lerre, pour les machines rapides.
L'emploi de la burette est incommode, et devient impossible au delà d'un certain nombre de tours, pour verser l'huile dans les godets de
Fig. 187.
tète et de pied de bielle. On peut se servir alors d'un entonnoir oscillant autour d'un point fixe, réuni au godel par un Lube à coulisse ; mais ce dispositif a été abandonné pour le lécheur représenté fig. 189. L'huile, versée dans le godet tixe A, se répand sur la brosse D, d'où elle est enlevée par le lécbeur L, Lame fixée au godet de la bielle, qui vient frapper le pinceau D, une fois par tour pour la tète de bielle, et deux fois pour le pied .
''■ La force centrifuge, qui contrarie
et favorise alternativement la descente de Thuile dans la lumière de graissage de la tète de bielle, peut s'opposer au fonctionnement du lécheur ; un calcul très simple le prouve, et l'expérience l'avait vérifié auparavant. Dans ce cas, on uliltse la force centrifuge elle-même pour faire arriver l'huile excentriquement à l'intérieur de la soie de la manivelle, et, de là, à sa périphérie.
I^e graisseur centrifuge, qui est en même temps, un graisseur très commode, se compose d'un réservoir en forme de demi-loreTT,embrassanl complètement l'arbre à vilebrequins, et appliqué à l'extérieur de la manivelle comme on le voit sur la fig. 190 empruntée à M. Sennett ; un tuyaulage de distribution d'huile, partant de l'extérieur du tore aboutit
à rintérieur de la soie ; ce tuyauUge se reioplil d'haile à chaque tour pendant son passage à sa position inférieure. Le graissage centrifuge avait été déjà appliqué autrefois par Joessel aux boutons des tourteaux
de ligne d'arbre, pièces qui travaillaient fortement, sur les navires en bois.
La conduite des machines se simplifie beaucoup par l'emploi du graissage aulomalique, en même temps qu'une économie d'huile notable esL réalisée, par rapport à la dépense des burettes. Un réservoir unique, placé au-dessus de la machine reçoit toute t'huile nécessaire à une marche de plusieurs heures. De ce réservoir, part tout un réseau de petits tuyaux qui vont aboutir à tous les godets fixes, aux pinceaux des lécbeurs, aux ajutages versant l'huile dans les tores des graisseurs centrifuges. Chaque tuyau porte un cocatrix, fig. 191, en un point de
Flg. 191.
son parcours. 11 ne reste qu'à régler une fois pour toutes Le serrage de la vis de chaque cocatrix, de manière à proportionner le débit d'huile au travail de chaque pièce. En marche, on fait varier l'ouverture des cocatrix, à la demande des organes, lorsqu'un tiédissement se manifeste sur l'un d'eux.
Le tuyautage de graissage automatique, qui atteint une longueur se chiffrant par kilomètres, exige un entretien assez délicat- On le nettoie, en y faisant circuler la vapeur de temps à autre.
Pour les paliers d'arbres et les chaises d'hélices situés en dehors de la coque, la question du graissage se trouve résolue par l'emploi des garnitures en gaïac, auxquelles l'eau de mer sert de lubrifiant. On a soin d'abattre les angles de toutes les barrettes de gaîac, comme le représente la fig. 192, de manière à donner partout accès à l'eau, sur la surface frottante du palier.