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Mackensie: journal du R. P. Lecorre

je ressens pour Votre Grâce, et de voir de mes yeux l’excellent résultat de vos incessants travaux et de votre infatigable abnégation et dévouement aux intérêts de votre troupeau. J'ai confiance que la Providence de Dieu fera en sorte que vos ouailles ainsi que tout le pays aient encore longtemps à bénéficier de votre administration. Permettez-moi d'assurer Votre Grâce ét le clergé de votre diocèse qué nous sommes, lady Dufferin et moi, profondément reconnaissants pour la bonne et cordiale bienvenue que vous nous avez préparée.

JOURNAL DU R. P. LECORRE.

Le R,. P. Lrcorre, parti de France en 1870, avec Me CLur, a pris part pendant plusieurs années, en qualité de Missionnaire libre, aux travaux de nos Pères dans le vicariat du Mackensie. Au mois de septembre 1875 il fut admis à commencer son noviciat et le 40 septembre 1876, ü: a eu la bonheur ds faire son oblation. Voici en quels termes il rend compte lui-même de cette cérémonis dans une letire adressée à sa famille:

Dimanche 40 septembre 1816. — Alleluia ! Je puis baiser avec amour ma croix d'Oblat; je puis dire à Marie: «Je suis à vous pour la vie, je ne m'appartiens plus.» C'est vendredi matin, vers trois heures, qu’a en lieu cette beïle et touchante cérémonie de mon oblation. La veille encore, à midi, je pensais qu'il n’y aurait d’autres Pères à y assister que M'° CLuT, qui devait recevoir mes vœux; mais, par bonheur, une brigade nous a amené, le soir, les RR. PP. PeriTor et pe Kranevé. J'en étais si heureux! Comme les berges devaient repartir le lendemain, de bon malin, on a dd avancer la cérémouie de deux heures, afin qee les Pères pussent y assister.

Voici comment tout s'est passé : À trois heures j'entrais dans la chapelle qui avait été ornée par les sœurs comme aux plus beaux jours de fête et je m'agenouillais au milieu, en face d’une petite table où reposaient la formule d’oblation, le livre des Règles, la croix d'Oblat et le scapulaire de la Congrégation. Monseigneur avait revêtu ses habits pontificaux, assisté des PP. Perrror et DE KRANGUÉ. Oa commença par le chant du Veni Creator ; puis Monseigneur, prenant la parole, s’inspira des souvenirs intimes du passè, disant qu’il m'aimait déjà comme le fidèle compagnon de ses courses et de ses fatigues, mais qu’il allait pouvoir me chérir comme un frère en religion. Il passa en revue, d’une façon touchante, les différents épisodes de nos voyages, entre autres l'expédition d’Alaska ; puis il ajouta qu’il n'avait pas besoin d'appuyer sur le dévouement et le zèle qu’exige la carrière d’Oblat : ie passé en était déjà un garant. Ce qui me touchait dans ces paroles de Monseigneur, ce n’étaient pas les louanges accordées à mon courage et à mon passé de Missionnaire ; oh ! je sais que je suis loin de les mériter devant Dieu ; mais c’est que ces paroles venaient du cœur et respiraient tant de bonté que les larmes m'en venaient aux yeux, malgré ia bonne contenance que je voulais garder.

Vint le moment de prononcer mes vœux. Voici le texte de la formule :

+ Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en présonce de la très-sainte-Trinité, de la bienheureuse Vierge Marie, de tous les anges, de tous les saints, de tous mes Frères ici réunis et devant vous, Monseigneur Isidore Czur, Evêque d’Erindel, délégué du Supérieur général, qui me tenez La place de Dieu, moi, Auguste-Louis-Marie Lecorne, promets à Dieu et fais vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance pour toute ma vie. Je jure ot fais

pareillement vœu de persévérer jusqu'à ma mort dans le saint Institut et la Société des Missionnaires Oblats de la Très-Sainte et Immaculée Vierge Marie. Ainsi Dieu me soit en aide. Ainsi soit-il.

« Ensuite Monseigneur a béni ma croix et mon scapuaire d’Oblat qui, avec le livre des Règles, étaient réunis sur un plateau et entourés d’une couronne de fleurs blanches. Ces trois objets bénis m’ayant été donnés, je me suis habillé pour dire la sainte messe durant laquelle on a chanté divers morceaux bien touchants, surtout le cantique d'Oblation : « Mon Dieu, je renonce à la terre, » etc., avec le refrain :

Sacrifice d'amour, Holocanste sublime, etc.

« Au moment de communier, j'ai renouvelé mes vœux tacitement. La cérémonie s'est terminée par le Te Deum et je suis allé recevoir l’accolade fraternelle de Monseigneur, des Pères et des Frères auxquels je suis uni pour la vie et, je l'espère, pour l'éternité. Ah ! si la réception du sous-diaconat est une cérémonie si touchante et si capable d'émouvoir, il me semble qu'une Oblation, qu’une profession religieuse où l'on s’immole totalement, l’est encore bien davantage. Je bénis le bon Dieu de m'avoir appelé là, et vous tous, je vous prie en grâce de m'aider de vos ardentes prières, afin que je sois digne d’une vocation si belle.

« Inutile de vous parler du repas qui suivit. On fêta ce jour du mieux qu'on put; c’est tout dire. Il n’y eut ni vin ni même de cidre, mais cela n'empêcha pas une franche gaieté de régner parmi les convives. Les PP. Periror et pe KaanevÉ repartirent, immédiatement après le déjeuver, l’un pour son cher Good-Hope et l’autre pour la mission Saint-Raphaël, au fort des Liards.

« Dans le courant de la journée je suis allé bénir les sœurs et les enfants de l’école et j'ai reçu à mon tour mon obédience pour la mission Saint-Joseph, dans mon ancienne et fortunée île d’Orignal. C'est là que j'ai fait mes premières armes comme Missionnaire ; c’est là que je retourne pour y travailler cette fois comme Oblat. Aïnsi, je vais me rapprocher de vous d’une soixantaine de lieues! Vive Marie Immaculée ! Quand vous recevrez ce journal, remerciez-la tous avec moi du bonheur qu'elle m’accorde d’être son Oblat. »

En écrivant au T.-R. P. Supérieur général, le lendemain de son oblation, après avoir fait part de ses sentiments de respect pour le chef de la famille religieuse à laquelle il venait de se donner. et de son dévquement pour la Congrégation et les œuvres auxquelles #sainte obéissance voudrait l’employer, le R. P. LECORRE s’exprimait ainsi : « Comme je n’ai plus d’antre famille désormais, mon très-révérend Père, que celle des Oblats, vous.me permettrez de vous adresser régulièrement mes notes hebdomadaires, méthode que j'ai toujours suivie pour ma correspondance avec ma famille depuis que je suis dans le nord. Elles n'offriront guère d'intérêt, sans doute, la plupart du temps, mais je sais que vous aimez, comme un bon Père, à être tenu au courant de la vie de vos Missionnaires lointains, et c’est seulement pour répondre à ce désir bien légitime que je vous adresserai mon petit journal. En écrivant quelques mots chaque dimanche, je me trouverai toujours prêt au départ de l'express à remplir l'obligation, bien douce d'ailteurs, de vous faire connaître notre vie. »

Nous commençons aujourd’hui la publication de ce journal et nous avons la confiance que la promesse relatée dans les lignes précédentes sera fidèlement tenue.

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