‹ Madagascar et la mission catholiqueChapitre 80 sur 82 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

major de Moutard, M. Delhorte et deux missionnaires, les Pères Dupuy et Chervalier.

Partie le 27 octobre de Tananarive, cette colonne ne parvenait à Majunga que le 20 novembre. Les Hova avaient compté qu'elle ne parviendrait pas du tout. Un #s#randoa (courrier royal) la précédait, faisant le vide autour d'elle ; jusqu'à Maevatanana, l'ennemi, en nombre, la harcelait, la forçant à brüler vivres et bagages, espérant la jeter et l’écraser dans les marais de Marovoay. Grâce à Dieu et à son propre sangfroid, l'escorte, après vingt-quatre jours de fière retraite, atteignait la côte sans un malade et sans un blessé.

Il n'y avait plus évidemment à parler de paix à un ennemi si puérilement provocateur. La Chambre, le 26 novembre, et le Sénat, le 5 décembre, votaient la guerre, et la formation d’un corps expéditionnaire de quinze mille hommes était résolue.

Notre armée coloniale sn’existant pas, la création de cette armée constituait une opération délicate, car elle ne devait ni désorganiser notre mobilisation, ni dégarnir nos colonies. Elle fut fermement menée. La marine fournit une brigade et trois batteries de montagne. Un des régiments de la brigade était composé de volontaires de la Réunion, de tirailleurs malgaches et haoussas ; l’autre régiment d'infanterie de marine était prélevé sur les brigades de Cherbourg, de Brest, de Rochefort et de Toulon. Le général Voyron prenait le commandement de cette brigade. L'autre était confiée au général Metzinger. Celle-ci était composée

d'un réoiment d'Alger, ‘(légionnaires et. turcos,) et

ste avance.

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ÉPILOGUE 311 , ’ . ® , r L] d'un régiment de ligne, prélevé, compagnie par com-

paynie, sur douze corps d'armée, et concentré dès le

Le général Duchesne, Commandant en Chef.

mois de mars à Sathonay ; un escadron de chasseurs

d'Afrique, un bataillon de chasseurs à pieds, deux

batteries montées, deux batteries de montagne, le

312 MADAGASCAR génie, le train et les services auxiliaires étaient aussi fournis par la guerre.

Outre leurs deux généraux, héros d

es guerres du

Tonkin, ces troupes d'élite voyaient à leur tête des

chefs éprouvés. Le colonel Palle commandait l’artillerie, le lieutenant-colonel Marmier le génie ; le général de Torcy, chef d'état-major, avait comme sous-chef l'auteur du levé topographique de la route qu’on devait suivre, le lieutenant colonel de Beylié. Enfin le seul nom du général Duchesne, commandant en chef, illustré à Formose, promettait à l’armée une forte discipline, et à la France un triomphe certain.

Dès le 12 décembre, 600 hommes d'infanterie de marine s'étaient emparés de Tamatave. La garnison de Tamatave, fortement éprouvée par la fièvre, garde depuis lors son poste, se livrant, sur les forts de Farafate, à des canonnades périodiques auxquelles répondent les Hova, ceux-ci manquant toujours leur but, et souffrant au contraire beaucoup de notre tir fort précis. Ce n'était point du reste de ce côté, c'était par Majunga que l'armée d'occupation devait avancer.

Le programme du trajet de Majunga à Tananarive, (environ 450 kilomètres) fut divisé en deux parties : pendant 200 kilomètres on devait remonter le Betsiboka et son confluent l'Ikopa, puis on devait suivre la voie de terre en côtoyant de loin l'Ikopa. Afin de régulariser les transports et d'assurer en pays ennemi la subsistance des troupes échelonnées, une batterie fluviale avait été commandée : six canots à

vapeur, douze canonnières, quarante-deux chalands,

ÉPILOGUE 313 quatre pontons d’accostage. Tout cette batterie démontée était expédiée dès les premiers jours d'avril.

Par suite d'accidents connus et de retards imprévus, cest la première partie du programme qui a été jusqu ici la moins fidèlement exécutée. Les canonnières qu'on pensait pouvoir monter en quarante-huit heures, ne l’étaient pas après deux mois. Sur quarante chalands, trois étaient perdus pendant le débarquement, seize seuls étaient prêts au moment où on les requérait. Des douze canonnières, une seul, /z/ernale, était essayée le 24 mai. Une trentaine de gros transports encombraient Majunga sans pouvoir être débarqués. Aussi malgré l’activité effrayante des troupes, malgré l’ardente initiative du commandant Bienaimé, le transport immédiat des troupes à l'intérieur par voie d’eau n’a pu seffectuer. Nos hommes ont dû traverser à pied des régions marécageuses et leur santé s'en est ressentie.

Mais ces retards regrettables n'ont effrayé personne. Dès le 27 janvier, le général Metzinger était parti avec une partie de sa brigade. Jusqu'à la fin de mars il S'occupait, malgré les pluies malsaines, à dégager au loin les deux rives du Betsiboka. Le 26 mars il prenait Makolo, et le 2 mai Marovoay. Poussant toujours en avant-garde, la brigade Metzinger enlevait, le 15 mai, Manonga, le 23 Ambalo. Le 9 juin, elle s'emparait de Mevatanana où les troupes ennemies avaient tenté de se concentrer ; le 20, à Tsarasoatra, elle culbutait les Hova en position sur le Beritzoka, et les rejetait dans les ravins. L'ennemi nous laissait son

drapeau, son camp, et quelques pièces de canon, sur

Campement près de Tamatave

(Photographie de M. Perrot.)

ÉPILOGUE 315 l'une desquelles on lisait encore l'adresse du colonel Shervington auquel elle avait été adressée, mais qui, en allié prudent, n'avait pas jugé à propos d'attendre à Madagascar l'arrivée de nos troupes.

Quelles que soient les difficultés de détail qui

En vue de Farafate.

(Photographie de M. Perrot.)

puissent retarder l'action de notre armée, nous avons

lieu de croire que des hommes aussi aguerris et aussi

bien menés en viendront aisement à bout.

Si des victimes de choix sont déjà tombées ja-bas,

leur mort, sacrifice volontaire, fait un contraste vi:i-

fiant avec les exemples d’égoïsme qui abondent autour

de nous. Qu'il nous soit permis, en terminant, d’en

saluer deux surtout, un prêtre et un soldat, tombés à Majunga même au début de la campagne. L'un, le colonel Gillon, savait que le climat de Madagascar lui serait mortel. Désigné pour partir, il préféra le devoir à la vie, nous léguant ainsi un de ces exemples d'obéissance chevaleresque qu'il faut bénir tant ils sont salutaires.

L'autre, le P. Berbizier, missionnaire à Madagascar depuis seize ans, avait déjà servi d’aumônier à nos troupes en 1883. Homme énergique, dévoué jusqu’à l'imprudence, il était arrivé depuis assez longtemps à Majunga, quand, le 9 mai, un accès pernicieux l’emporta. À ses funérailles, en présence des généraux de Torcy et Voyron, du commandant Bienaimé et d’un nombreux état-major, le général en chef prononçait ces paroles :

« Messieurs, je n'ai pas eu l'honneur de connaître le P. Berbizier, mais il devait être attaché comme aumônier militaire à la première colonne de l'expédition, et je tiens à lui dire, au bord de cette tombe, au nom de tous, nos adieux et nos sympathiques regrets. Nous savons avec quel cœur ileût rempli sa mission auprès de nous, combien il aurait prié pour les intérêts que nous défendons ; maintenant qu'il siège à côté du Dieu des armées, je lui demande de prier pour nous, afin d'attirer les bénédictions d’en haut sur l’entreprise que nous commençons : elles ne nous manqueront pas, j'en

ai la confiance. Et maintenant, mon Révérend Père,

ÉPILOGUE 317 en mon nom et au nom de tout le corps expéditionnaire, je vous dis, non pas adieu, mais au revoir. »

Depuis sa fondation, il y a trente-cinq ans, la mission catholique de Madagascar a coûté la vie à cent trente-trois missionnaires. (1) C'est à eux tous que nous adressons la demande du général Duchesne au P. Berbizier. Nous les prions d’être à jamais les protecteurs dé cette terre malgache qu’ils ont aimée au point de lui tout sacrifier; nous les prions de seconder et de bénir les destinées de la France à

(1) Seize Frères de la Doctrine Chrétienne ; vingt Sœurs de Saint-Joseph de

Cluny ; quatre-vingt-dix-sept Pères ou Frères de la Compagnie de Jésus.

Une Mosquée aux Comores

Chapitres.

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