‹ Madagascar sous Louis XIVChapitre 42 sur 49 · ANNEXE · texte numérisé non relu

ANNEXE

Pétition adressée à Louis XIV en 1663 pour la création, par l'initiative privée, d’une Compagnie des Indes orientales.

Malgré les proportions qu'elle présente, nous n'hésitons point à donner place ieï à la pièce inédite suivante; car il n'y en a point, selon nous, qui puisse être plus intéressante pour l'histoire du commerce de la France aux Indes. Elle doit avoir été le résumé, fait à destination du roi, d’une demande beaucoup plus étendue, à lui adressée par «plusieurs notables marchands de Tours, Nantes, la Rochelle et autres lieux », dans le but d’obtenir le monopole du commerce aux Indes et le concours

1. Archives colon. du Ministère de la marine et des colonies. Fonds COMPAGNIE DES INDES ORIENTALES, administration en France (1649-1669), registre C:.

384 PÉTITION ADRESSÉE A LOUIS XIV EN 1663 encore plus moral que matériel, de Louis XIV pour la Compagnie qu'il s'agissait de créer.

L'exposé méthodique de la question, les raisons produites par les « proposans » pour mettre en relief les avantages que la France pouvait retirer du commerce des Indes, l’'énumération des preuves Jusquelà fournies par la nation française de son goût et de de ses aptitudes pour les voyages au long cours et le commerce d'outre-mer, puis l’insistance des signataires à vouloir expressément que l’entreprise ne relevât que d'eux-mêmes, sans ingérence quelconque de la part du roi où de ses « officiers », tout cela, comme sa lecture va le montrer, donne à ce document une valeur historique de premier ordre.

Si Louis XIV s’en fût tenu à ce projet, se conten- {ant ainsi, comme Ja chose avait eu lieu en Hollande et en Angleterre, d'accorder son appui à la Compagnic, il n’est pas douteux qu'en une dizaine d'années colle-ci aurait atteint un certain développement, el que nous aurions été en passe d’avoir en peu de temps un commerce avec les Indes, constitué sur des bases sérieuses etrationnelles. Mais Louis XIV eut malheureusement de trop grandes visées. S’étant proposé de supprimer le temps, qui est le facteur principal dans des œuvres de cette nature, il voulut réaliser en une seule fois et en quelques années, ee qui avait demandé à l'initiative des citoyens hollandais ou anglais des efforts de plus d’un demisiècle, De là son échec, « Échec » même, n'est pas

POUR LA CRÉATION D'UNE COMPAGNIE DES INDES 385 assez fort, attendu que sa tentative malheureuse eut pour effet d'engager l'avenir, et que les pertes dont elle fut suivie détournèrent à jamais les capitaux et nombre d’intelligences de la création d’une Compaonie des Indes, sur le modèle de celles de Hollande ou d'Angleterre.

On sait la jalousie dont Louis XIV fut constainment tourmenté à l'égard de Fouquet, et avec quel soin 11 Pimita chaque fois que, par un moyen ou par un autre, il ne pouvait parvenir à le dépasser. Or, comme dans la demande des marchands de Tours, Nantes, la Rochelle et autres lieux, il était question d'un «mesme dessein que celui qui avoit esté accepté par M. Fouquet quelque temps avant sa détention au subjet de Belleisle, qui estoit de former une Compagnie soubz lauctorité du Roi et uniquement la conduitte et bonne foy desdits marchands », il n’est point téméraire de supposer que l’idée de faire à la fois plus grand et plus rapidement que Fouquet, a probablement contribué en quelque chose à la concepüon que Louis XIV se fit de la Compagnie de 166%, et aux combinaisons de politique européenne dans lesquelles il se lança, afin de permettre à cette Compagnie d'acquérir à bref délai la plus grande extension.

Nous nous contentons d'indiquer ectte opinion.

En transcrivant cette pièce, nous nous sommes fait un devoir de lui conserver son orthographe, ainsi que toutes ses tournures de phrases, même celles

qui pourraient être regardées de nos jours comme incorrectes où ayant trop vieilli.

La voici donc dans toute son originalité :

En 1663, plusieurs notables marchands de Tours, Nantes, la Rochelle et autres lieux qui ont accoutumé et de tout temps ont fait le grand commerce à la mer dans touttes les costes du monde, particulièrement dans celle de Guinée, où récemment ils ont envoyé des navires de 600 tonneaux montez par 200 hommes et 40 pièces de canon -pour la traitte des neigres qu’ils ont amenez vendre au nombre de quatre ou cinq cens chaque fois dans les îles d'Amérique, et françois proposent un mesme dessein que celuy qui avoit esté accepte par M. Fouquet quelque temps avant sa détention au subjet de Belleisle, qui estoit de former une compagnie soubz l’auctorité du roy et uniquement la conduitte et bonne foy desdits marchands qui autrement n’auroient pas voulu s'y engager à cause des grands fraits et inconvénients qui arrivent quand les officiers s’y meslent, dont le magazin tant pour l'embarquement que desbarquement ou retour seroit à Belleisle, où l’on auroit équippé

trois navires, sçavoir un de trois à quatre cens tonneaux

monté par 100 hommes et 30 pièces de canon, l’autre de deux à trois cens tonneaux par 75 hommes et 20 pièces de canon, Fautre de 130 tonneaux et 50 hommes et 12 pièces de canon.

Lesquels doibvent partir au mois de mars ou avril pour Sumatra ou Java-Mayor qui sont deux royaumes séparez dans l'Inde orientale soubz la ligne équinoxiale, où librement et indifférament on traitte et négocie avec toutes les nations du monde, ef qui demandent des François.

Le fonds de la compagnie debvoitestre de cent mille escus

cé

ou pièces de 8, non compris l'armement et achapt desdits trois navires qui auroyent estés négociés audit lieu et ménagez par un desdits marchands qui offre de faire le voyage et dont la suffisance et solvabilité de ce qui luy peut estre confié est reconnu, aagé de 35 ans, de la ville de Tours et qui parle fort bien, outre sa langue naturelle, la flamande et hollandoise pour avoir longtemps demeuré avec lesdites nations et fait plusieurs voyages avec eux, où il a estudié leurs maximes les plus voilées pour le soustien de leur commerce, dont il

rendra raison quand il plaira à Sa Majesté de l'entendre.

de vive voix bien mieux que par eseript où il est obligé d’estre succinct. Et comme cette entreprise ne se peut faire sans estre soustenue par une puissance majeure, à cause des Hollandois qui la traverseront autant qu'ils le pourront et comme ils ont desjà fait comme il est dist cy après,

Lesdits marchands qui la proposent supplyent très humblement Sa Majesté d'y vouloir entrer d’une portion telle qu'il lui plaira, pour laquelle on lui donnera seureté, affin que par ce moyen lesdits estrangers n’ozent traverser ladite Compagnie par le bruslement ou prinses de ses navires, comme ils ont déjà fait; auquel cas luy accorder dès à présent représailles sur les leurs, et privilège que personne dans la suitte n'ozera s'ingérer de faire mesme commerce, n'estant pas juste que les estrangers, ni mesme les autres François, jouissent de l’advantage que l’on prétent qui se peut rencontrer dans la suitte de ces voyages des Indes, après que les proposans y auront estably la seureté aux risques de leurs personnes, leurs coust et despens.

Le principal négoce qui s’y peut faire est la soye et les espiceries ; personne ne doubte que ce ne soit un advantage très considérable pour toutte la France, si

lh

l'on pouvoit se passer des Hollandois pour aller quérir lesdites espiceries, desquelles il faut en France, suivant le calcul des bureaux où elles passent par chacun an et sur le prix qu'ils nous les font valoir, pour 3,193,130 livres et en soierie qui viennent du Levant dont nous nous pourrions fort bien passer en France, et notamment à Tours où la fabrique est la plus considérable, pour plus de 2,000,000 livres. Ce qui fait une somme assez considérable pour donner à panser que le proffit pour les Hollandois ne peut estre médiocre, notamment sur lesdites espiceries qui ne leur peuvent revenir, suivant la connoissance qu'en ont prinse lesdits proposans par les navires qu'ils ont envoyez ausdites costes et par les grandes correspondances qu’ils ont en Hollande et partout ailleurs, mesme par celle que leur donne celuy qui offre de faire ledit voyage, qu'à un sixième tous fraits payés de ce qu'ils nous les font valoir. Et comme touttes les autres nations qui ont estably touttes leurs fameuses compagnies qu'ils ont maintennent parce qu'elles leur apportent beaucoup d'or et d'argent, n'ont pas eu de commancements plus considérables,

IL est à espérer que lesdits marchands proposans sil

plaist à Sa Majesté de les y maintenir, que le royaume de France en recepvera un notable avantage principalement à cause que l’establissement s'en peut faire dans un temps de paix si glorieux à toutte la France et qui obligera le peuple reculé des Indes à confesser que nostre monarque est à luy seul comparable en ces entreprises, et que nos François sont pour le moins aussy industrieux que les Hollandois, Espagnols et Portugais à s’establir dans le Nouveau-Monde, et par la suitte de s'y faire admirer. Et affin de prouver par des exemples les advantages qu'ont receu ceux qui se sont poussez dans les Indes,

Nous commancerons par Colomb pour les Castillans, qui descouvrit én 1492 les Indes d'Espagne, et pour dix mil escus seulement qu'il cousta à Ferdinand de Castille pour esquipper trois ou quatre médiocres vaisseaux, il descouvrit une coste et s’en rendit maistre, d'où il vint en Espagne en une seule année 60,000,000 de livres d'or. Et il se voit par les registres de Séville en Espagne que depuis l'an 1519 Jusques en 1615 on apporta dans cette seule place, des Indes occidentales, 1,536,000,000 d': livres d’or. Ces sommes prodigieuses et presque incroyables à de si petit commancement et gaignées à si peu de frait, dont nos François seroyent plus capables par leur courage et par leur ardeur qu'aucune nation du monde.

A l'exemple dudit Colomb plusieurs entreprirent, tant pour le Roy de Portugal que pour celuy de Castille, de nouveaux commerces. Fernand Cortez s'estant mis en mer avec peu d'hommes et de vaisseaux descouvrit l'Amérique ditte Nouvelle-Espagne en 1519, puis en 1525 il se fit une société entre trois personnes seulement, sçavoir : François Pizarre, Don Diègue Almagro et un prestre appelé Fernando de Leucques, lesquels ayant esquippé un seul navire de 450 tonneaux avec 114 hommes descouvrirent le Pérou dont ensuitte sont venues de grandes richesses en Europe.

Mais comme ce qui est bien remarquab!ls à ce sujet est que le commancement de ces cho:es aye esté si petit, il a fallu que les roix se soyent intéressez dans les Compagnies et ayent donné des immunitez pour les maintenir. L'on ne parlera point des commancemens des Compagnies d'Angleterre si célèbres à présent, comme de celle de Moscovie qui a commancé par un seul navire soubz la conduitte de Dracq.

Les Hollandois ayant. porté leur dessein de faire une

république indépendante de l'Espagne, ils songèrent d’abord pour plus asseuré moyen et plus efficace de sçavoir le chemin des Indes pour participer comme les autres aux richesses qui se tirent de ‘ces pais-là, et pour cet effect donnèrent des immunitez à une Compagnie qui en 1595, le 43 avril fit sortir deux vaisseaux d’Amsterdam de 200 tonneaux chacun avec une patache de 60 tonneaux, qui tous trois retournèrent richement chargez et ont esté le commancement de la célèbre Compagnie des Indes orientales en Amsterdam qui entretient à présent pour cela 4B navires de guerre et plus de vingt-

deux mil hommes tant sur mer que sur terre en plusieurs places des Indes, touz prest, en cas de besoin

pressant, au service de lEstat.

Nous ne parlerons point aussy de celle des Provinces- Unies en 1608 pour la négociation depuis le tropie du Cancer jusques au cap de Bonne-Espérance et depuis le destroit de Magellan jusques aux terres neufves, ny de celle establie aussy en Amsterdam en 1621 des Indes occidentales où les Hollandois ont si notament profité et

tiennent à présent presque toutte cette coste. IL y a de

plusieurs autres Compagnies audit Amsterdam comme pour le Levant et pour le Nord, au moyen desquelles ils trafiquent en Moscovie et vont à Spitsberge au nord, en Suède, Danemarck, Pologne, Russie. Ils ont encores une autre Compagnie d’asseurance qui entretient 60 vaisseaux de guerre, tient la mer asseurée contre les pirates, escorte leurs vaisseaux marchands dans leurs voyages et tousjours prest à fortiffier le pais en cas d’allarmes.

Et ce qui est encores à remarquer est que non seulement ceux de la Compagnie ont liberté de trafiquer dans la pluspart des païs estrangers, mais tous les estrangers peuvent y aller soubz la protection de ces Com-

pagnies, ce qu'ils font fort souvent et fort heureusement. Enfin il faudroit estre trop long si l’on vouloit descrire tout ce qui se passe dans l’économie et bonne conduitte de ces Compagnies. Mais ce qu'il faut le plus remarquer c'est que tout se fait et conduit par le ministère des marchands seulement, sans participation d'officiers et de bonne foi, soubz l’auctorité qui leur est concédée ou par leurs Roix ou leurs Estats qui leur donnent les prérogatives nécessaires.

Que si l'on prétendoit dire que nos François ne sont pas propres à ces entreprises et qu'ils ne les ont jamais faittes, nous répondrons qu’en 115 Urbain de Bracquemont admiral de France envoya Jean de Bétoncourt avec une flotte qui conquit les sept isles des Canaries depuis si connues et les laissa à un sien parent qui depuis les engagea à don Henry, troisième fils du roy de Portugal. Les Indes occidentales ont esté découvertes par un pescheur françois qui en donna l'instruction à Colomb. Les Bretons et Normands ont trouvé le Brésil avant Américq l'an 1504. Les Bretons et Normands descouvrirent le Grand Bancq vers cap Breton. L'an 1520 trois frères nommez les Parmentiers, natifs de Dieppe, descendirent à Fernambourqt où ils chargèrent de riches marchandises, puis firent encores voyage en Guinée, au cap de Bonne-Espérance et aux Molusques. En 1524 Jean Vézaran, Florentin, envoyé par François Ier, descouvrit la coste d'Américq depuis le cap Breton jusques à la Floride et Virginie et environ ce temps là aussy les capitaines Gérard et Roussel de Dieppe descouvrirent le Marignan avant que aucun Espagnol y eust esté. L'an 1524 Jacques Cartiers avec deux vaisseaux que luy donna Philippe Chabot admiral de France descouvrit tout le Canada. En 1616 et 1617 trois vaisseaux françois partirent de Dieppe, entreprirent le voyage des Indes orien-

tales, arrivèrent à Sumatra et à Java où les proposans ont dessein d'aller pour le premier voyage, où les Hollandois et Anglois qui y traficquent les combatirent cruellement dans la crainte qu'ils ont encores à présent que l’on n'y mette le nez; nonobstant que le roi de Bentam les receut fort bien leur donnant faveur et protection pour leur commerce, les asseurant qu'il honoroït les roix de France et chérissoit la nation françoise. En 1619 se fit encores de Dieppe un autre embarquement de trois gros vaisseaux dont l’admiral, nommé le Montmorancy, estoit commandé par un marchand de Rouen, lequel mouilla dans toutes les costes des Indes et puis chargea à Sumatra du poivre qui est le plus gros et meilleur de toute l'Inde, et retourna en France en 1622.

Mais les guerres civiles estant survenues par l'émulation de nostre François premier avec Charles-Quint, rompirent tous ces beaux commancemens des François dont les autres nations ont profité à nostre désavantage. Puis ont suivy les guerres en France sous les règnes de François second, Charles neuf, Henri trois et quatre qui ont esté encore plus grands soubz Louis treize. Ce qui ayant glorieusement fini soubz nostre glorieux monarque il est à espérer plus que jamais que nostre France y peut rencontrer des advantages tout autres que ceux que les Espagnols, Hollandois et autres nations tirent à présent des Indes, puisque l'on y demande les François avec empressement, qui jusques dans le Nouveau Monde se peuvent targuer d’estre eux seuls pour touttes entreprises ce que les autres nations sont ensemble. Jamais l’occasion ne fut plus favorable puisque nous sommes dans une ferme paix qui nous promet abondance dans ce voyage qui se peut commancer à frais assez médiocres et par des marchands assez huppez pour donner seureté de ce qu’ils manieront, et qui

sont expérimentez et eslevez au commerce de la mer et ont esté nourris la pluspart chez les estrangers, partiticulièrement chez les directeurs de la Compagnie des Grandes Indes en Amsterdam, dont ils ont cstudié les maximes, qui s'offrent d'aller en personne faire le voyage, qu'il y a plusieurs pilottes et matelots françois qui servent les estrangers dans ces longues routes, qui ne respirent que le dessein d'y bien servir le Roy.

Et aussi quiconque voudra considérer la situation de Belleisle advouera facilement qu'elle a des commodités non pareilles qui la firent choisir pour le théâtre de ce dessein, puisqu'elle est scituée au milieu du grand Océan sans pourtant estre bien esloignée de la terre ferme, ce qui est un advantage très considérable et presque unique au monde pour les magazins dans les grandes assemblées de mer et qu’elle est comme au milieu de l'Espagne et l'Angleterre pouvant aller de l’un à l’autre à moins de 20 heures de temps, et que de tous les autres royaumes voisins et estrangers lon ne se puisse dispenser de passer par là et que de par là et de partout abord y est commode et que de plus elle est arrozée par la cheute de larrivière de Loire dont l’'embouchure est la porte la plus commode, la plus proche et la plus grande que les marchands estrangers ayent en France pour y venir faire leur commerce, puisque à l’adveu de tout le monde c’est le plus beau fleuve de la France, le plus large en son lit, le plus long en son cours, estendu en plus de provinces, fortifié de plus grand nombre de rivières et ruisseaux, ur laquelle on peut aller à voile dans le royaume plus de 160 lieues et ce qui ne se trouve en aucun autre a plus de vingt grandes villes de conséquence et de renom sur ses bords, il communique dans presque touttes les provinces de France par le moyen des autres rivières qui viennent se

confondre dans ses eaux, comme dans le Poictou, haute et basse Bretagne, le Mayne, l’Anjou, le Vandoumois, Montreuil-Bellay, Tours, Limouzin, Berry et jusques à Paris qui est le licu de la consommation de touttes sortes de fruit par le moyen du canal de Briare qui va descendre dans k Seyne, Nevers, Auvergne, Bourbonnois, et finalement sa source n’estant esloignée de Lion que de douze lieues, on reçoit et on envoye facilement à peu de frais les marchandises d'Orient par la mer Méditerranée dans toutes les. villes et provinces de France, de sorte qu'il paroist évidemment que par l’union et communication de tant de rivières avec celle qui vient perdre son nom dans l'Océan au pied de notre Belleisle, il se peut establir un trez bon, trez notable et trez profitäble commerce et avec toutes les villes du Royaume et les plus considérables provinces.

Il ne faut pas oublier à tant de commoditez les quatre principales choses que les estrangers sont précipitez d’emporter de la France, qui sont le bled, le vin, le fil et les toiles. Les vins y viendront comme à Nantes, d'Orléans, Blois, Anjou, Poictou et Bretagne, en abondance, le fil de Bretagne en quantitez où il se fait, les bleds y croissent et s’y apporteront comme les toilles de tous costés de la Bretagne où il s'en fait grand trafficq ; touttes autres sortes de denrées n’y manqueront pas et mesmes des manufactures considérables sy peuvent establir comme la fabrique de soye, au cas que l'on y en apporte de Sumatra dans le voyage que l’on propose, qui sera facile à y establir en peu de temps et par ce moyen en faire une des plus marchandes et plus considérables places pour le trafficq de toutte la France, pour ce que en elle seule elle contient éminemment, à cause de sa sçituation advantageuse, ce que touttes les provinces de France ne peuvent contenir que

réunies, et en effet Les estrangers qui ont ouy parler que notre roy en vouloit faire, outre une place de conséquence par sa force, une place de commerce considérable ont bien témoigné leur crainte qu’elle leur fut une espine qui les molesteroit dans la suitte du temps. Touttes ces propositions ne sont pas la juste mesure de ce que l'on peut faire à Belleisle pour l’establissement d’une Compagnie des Indes suivant la proposition

- cy-dessus, mais l'ouverture à ce que l'on y peut entre- prendre sans beaucoup de paine et advances avec

grande gloire pour nostre monarque et grands fruits pour ses sujets. Puisse sa majesté désirer entendre et en faire les advances. L'on luy fournira les asseurances nécessaires de marchands de conséquence et de renommée dans les villes de Tours, Nantes et La Rochelle qui proposent le voyage, aux conditions que lon se fiera à leur bonne foy et que l'on-leur laissera diriger les choses comme l’on à accoustumé de faire parmi les négotians en telles entreprises, protestant tous de ne rien inventer ny dissimuler, mais de proposer à découvert et le plus succinctement que peuvent faire les marchands dans leur stille ordinaire de négoce ce qui sera nécessaire dans la suitte, et que ce n’est ny la présumption non plus que l’adversion contre les Hollandois qui les pousse à donner cet advis salutaire, mais le seul désir de glorifier Leur roy, de proffiter à leur patrie dans l'équité que Dieu commande à tous, avec supplication que le dessein en demeure secret, à cause que les estrangers qui sont advertis de tout ne manqueroyent pas de faire tous leurs efforts pour empescher ce coup qui assurément ne peut leur estre que bien sensible.

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