SCÈNE XI
MADEMOISELLE VERTEBONNE, LONGJUMEAU, MADAME LONGJUMEAU, cachée.
MADEMOISELLE VERTEBONNE, à part.
Qu’est-ce gu’il a doncà renifler ainsi?... est-ce qu’il sentirait la chair fraîche?
LONGJUMEAU
Allons, Tépileuse... ma femme est ici...
Moi, je vous assure... (a part.) heureusement qu’elle est partie.
MADAME LONGJUMEAU, entr’ouvre et relerme la porte.
Ah I mon mari t
MADEMOISELLE VERTEBONNE, qui l’a VUe.
Ahl
LONGJUMEAU
Quoi, ah!...
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
J’ai dit : Ah I
LONGJUMEAU
Oui.
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Vous VOUS tfompez: j’ai dit : Oh!
LONGJUMEAU
Oh ! ou ah!... je vais faire une perquisition... (Désignant la pièce oii se trouve madame Longjumeau.) Quelle est cette pièce? MADEMOISELLE VERTEBONNE.
La cuisine !
LONGJUMEAU
Je vais la visiter, (a ces derniers mots et pendant ce qui suit, madame Longjumeau est sortie sans être vue de son mari et elle est entrée nar la porte h cûié.) Et VOUS enteudez-bieu... si ma femme est là dedans... on verra... on verra... (il entre dans la cuisine.)
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Que va-t-il arriver, bon Dieu!... Je tremble pour cette pauvre petite femme!... (a ce moment madame L'mgjumeau entr’ouvre la porte de la chambre oii elle se trouve. Mademoiselle Vertebonne la voit et s’écriq : ) Oh !
LONGJUMEAU, entrant.
Pourquoi dites-vous... oh?...
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Je n’ai pas dit : Oh... j’ai dit : Ah!...
LONGJUMEAU
Âb! OU oh!... je n’ai rien trouvé dans la cuisine... mais quelle est cette pièce? (ll désigne celle oU est madame Longjumeau.)
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Ma chambre à coucher.
LONGJUMEAU
Je vais l’explorer de fond en comble, et si j’y trouve mon épouse.... (Même jeu de madame Longjumeau qui sort de la chambre et prend la porte du fond. Longjumeau est entré.;
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Sauvée!
MADAME LONGJUMEAU, revenant vivement du fond.
Vite, mon ombrelle.
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Voilà I
MADAME LONGJUMEAU
Et le parapluie.
MADEMOISELLE VERTEBONNE ^
Voici. (Elle met le parapluie de Longjumeau à la place de l’i mbrelle. ) MADAME LONGJUMEAU.
Merci !
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Adieu... Oh!...
LONGJUMEAU, rentrant.
Pourquoi ah 1...
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Ah ! cette fois- ci... je n’ai dit ni oh 1 ni aht... Je vous dis zut en musique!... c’est tout ce que je peux faire pour vous... filez... voilà votre chapeau... votre...
Tiens I mon parapluie!...
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Eh bien?
LONGJUMEAU
C’est bizarre !
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Bizarre ou non... decampaverunt gentes... quoniam... bontrain...
LONGJUMEAU
Mais je ne puis pas m’en aller comme ça en chinchilla...
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
C’est Juste... je vais vous rafistoler ça...
LONGJUMEAU, s’assied.
Âhl enfin!
MADEMOISELLE VERTEBONNE, à part.
Quand on pense que ce Totole... m’a découvert... je cours chercher un logement... Après la teinture du vieux... (a Longjumeau.) Vous y êtes?
LONGJUMEAU
J’y suis.
MADEMOISELLE VERTEBONNE, tout en le frottant.
Ah ! si comme lui, j’avais le don d’endormir, si j’avais du fluide, si en faisant des passes magnétiques... j’arrivais... (El'tfait le geste.)
Finissez donc!
MADEMOISELLE VERTEBONNE, continuant.
Je lui rendrais la pareille et ça serait drôle...
LONGJUMEAU
Mais finissez donc... je sens... je ne sais... dors-je ou non?...
' AUDEMOISELLE VERTEBONNE.
Grands dieux I... (Elle continue A le magnétiser.)
LONGJUMEAU
Oui... je suis affaissé... ouf I...
MADEMOISELLE VERTEBONNE, avec explosion.
Endormi... et moi aussi... Ah! bien! ça va être pi-
3 uant!... A mon tour, mon châle, mon chapeau... Totole emeure tout près d’ici... Garre la casse... adieu! vieux... adieu... ! (Elle lui lance des effluves magnétiques en partant.)